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Conseil de sécurité de l'ONU, Washington durcit le ton contre Kigali
* Et de son côté, Kinshasa exige plus de mécanismes de suivi du cessez-le-feu.
La situation sécuritaire dans l'Est s'est, une nouvelle fois, invitée au cœur des débats du Conseil de sécurité des Nations unies, hier mercredi 15 avril. D'un côté, les États-Unis ont haussé le ton en brandissant la menace de sanctions ciblées. De l'autre, Kinshasa a insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes internationaux de suivi du cessez-le-feu, tout en dénonçant ce qu'elle considère comme une instrumentalisation des "discours de haine".
Prenant la parole devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, la porte-parole du Département d'État américain, Tammy Bruce, a prévenu que tout acteur qui compromettrait les efforts de paix dans la région des Grands Lacs s'expose désormais à des conséquences concrètes.
"Le mois dernier, les États-Unis ont proposé des sanctions ciblées contre les forces de défense du Rwanda et quatre généraux responsables de la déstabilisation. Ceux et celles qui sapent la paix devraient s'attendre à ce que des conséquences leur soient opposées", a-t-elle averti.
Insistant sur la nécessité d'une paix durable, elle a souligné que "la paix sécuritaire est indispensable si nous voulons interrompre les cycles de méfiance qui alimentent le conflit depuis des décennies" et avant ajouter que Washington n'exclut pas "d'autres outils pour promouvoir la reddition de comptes".
Les États-Unis ont par ailleurs salué les efforts diplomatiques en cours, notamment les accords de Washington, facilités sous l'impulsion de Donald Trump, ainsi que les initiatives parallèles menées à Doha avec l'appui du Qatar et celles portées par l'Union africaine.
Toutefois, le ton s'est durci à l'égard de Kigali. Washington s'est dit "très déçu" par la poursuite des actions du Rwanda, appelant à "un retrait immédiat des troupes rwandaises" du territoire congolais.
Kinshasa plaide pour un renforcement de la Monusco
Face à cette situation, la délégation congolaise, conduite par Zenon Mukongo Ngay, a recentré le débat sur la nécessité de consolider les mécanismes internationaux de suivi du cessez-le-feu.
"Ma délégation réitère sa position concernant le renforcement du rôle de la Monusco dans le monitoring du cessez-le-feu pour stabiliser la situation en RDC", a-t-il déclaré devant le Conseil.
Kinshasa a également plaidé pour un appui accru au bureau de l'envoyé spécial pour la région des Grands Lacs, soulignant que "la dimension régionale de ce conflit doit être réaffirmée pour une meilleure approche des solutions".
Dans cette optique, la RDC met en garde contre toute réduction des moyens alloués à ces mécanismes. "Le moment n'est pas […] de priver ces deux entités de ressources adéquates", a insisté le diplomate, évoquant le risque d'un embrasement régional.
Réaffirmant la ligne du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, il a assuré que la RDC continuera "de bonne foi" à s'engager dans les processus diplomatiques, de Doha à Washington, en passant par les mécanismes de l'Union africaine et du Conseil de sécurité.
"Discours de haine"
Au-delà des questions sécuritaires, la délégation congolaise a vivement critiqué l'usage du concept de "discours de haine" dans les débats internationaux. Pour Kinshasa, cette notion est détournée de son sens pour occulter les causes profondes du conflit.
"Les discours de haine ne sont pas à la base de la situation […]. C'est eux qui sont justement à la base du discours de haine", a affirmé Zenon Mukongo Ngay, établissant un lien direct entre violences armées et tensions verbales.
Le diplomate congolais a également rejeté les justifications liées à la protection des populations rwandophones en RDC. "Ils parlent des Banyamulenge. Ce sont des Congolais, ce ne sont pas des Rwandais", a-t-il insisté. Dans la même ligne, il a dénoncé toute tentative d'ingérence sous couvert de protection communautaire.
Dans une charge directe, il a aussi pointé l'exploitation des ressources naturelles comme l'un des véritables moteurs du conflit. "La vérité, elle est connue : c'est l'exploitation des ressources naturelles de la République démocratique du Congo", a-t-il martelé.
Paris réaffirme un principe "non négociable"
Dans ce débat tendu, la France a adopté une position de principe, axée sur le respect du droit international. Le représentant permanent adjoint, Jay Dharmadhikari, a rappelé que "le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la République démocratique du Congo est non négociable".
Tout en reconnaissant les avancées diplomatiques, il a déploré leur faible impact sur le terrain. "Les populations continuent d'être victimes de groupes armés […], engendrant une situation humanitaire catastrophique", a-t-il alerté.
Il a également mis en lumière la situation des femmes, particulièrement exposées "aux violences sexuelles utilisées comme armes de guerre".
La France a appelé à la mise en œuvre stricte de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui exige notamment la cessation des offensives du M23, le retrait des forces rwandaises et la neutralisation des FDLR.
Au terme de cette session, une convergence apparaît sur la nécessité d'une paix durable dans la région des Grands Lacs. Mais, les divergences persistent sur les responsabilités, les priorités et les moyens à mobiliser.
Christian-Timothée MAMPUYA