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Contrairement aux deux jours précédents, les Kinois ont été privés de leurs embouteillages traditionnels.
La journée « ville morte », décrétée hier mercredi 03 juin par l’opposition…
Ville morte : la rue a parlé !
Contrairement aux deux jours précédents, les Kinois ont été privés de leurs embouteillages traditionnels.
La journée « ville morte », décrétée hier mercredi 03 juin par l’opposition congolaise, a eu des incidences sur la circulation urbaine qui a été plus fluide qu’à l’accoutumée. Contrairement aux deux jours précédents, les Kinois ont été privés de leurs embouteillages traditionnels. Notamment sur plusieurs axes stratégiques. Matete, Limete, Kinshasa, Ngaliema, UPN et au Rond-point Victoire. La majorité présidentielle, pour sa part, a jugé l’occasion propice pour investir les rues à travers une marche de soutien au projet de réforme constitutionnelle, tenant à transformer cette journée de contestation en démonstration de force politique concurrente.
Dès les premières heures de la matinée, les signes d’un ralentissement étaient perceptibles. Sur le boulevard Lumumba, de Pont Matete à la 16ème Rue Limete, la circulation évoluait à un rythme inhabituellement modéré. Les bus jaunes de transport en commun se faisaient rares et plusieurs arrêts présentaient une affluence réduite.
Au fil des heures, commerçants, conducteurs de mototaxis, vendeurs ambulants, travailleurs du secteur informel et petits entrepreneurs ont progressivement repris possession de l’espace public.
À Pont Matete, principal point d’observation de cette journée, l’activité demeurait certes timide, mais bien réelle. Les habitants ont préféré poursuivre leurs occupations quotidiennes plutôt que de répondre au mot d’ordre politique.
« LA POLITIQUE NE REMPLIT PAS L’ASSIETTE »
Dans une ville où une large partie de la population dépend des revenus journaliers pour assurer sa subsistance, la survie économique a largement pesé dans les choix des habitants.
Sur les marchés, dans les rues et aux arrêts de bus, le même argument revenait avec insistance : une journée sans activité représente souvent une journée sans revenus.
« La politique ne remplit pas l’assiette », résumaient plusieurs habitants interrogés à Pont Matete.
IMPORTANT DISPOSITIF SÉCURITAIRE
Conscientes des risques de tensions, les autorités ont déployé un important dispositif sécuritaire dans plusieurs points névralgiques de la capitale.
Policiers et éléments de la Garde républicaine étaient visibles le long du boulevard Lumumba ainsi que dans plusieurs carrefours stratégiques. Leur présence visait à prévenir tout débordement et à garantir la libre circulation des personnes et des biens.
Cette vigilance a contribué à installer une atmosphère particulière dans la ville : celle d’une capitale prudente, attentive aux événements, mais soucieuse d’éviter toute confrontation ouverte.
À mesure que la journée avançait, l’incertitude des premières heures laissait progressivement place à un constat de plus en plus évident : l’opération « ville morte » peinait à se transformer en mouvement de masse capable de bloquer durablement Kinshasa.
LA MAJORITÉ INVESTIT LA RUE
Alors que l’opposition tentait de démontrer sa capacité de mobilisation à travers l’arrêt des activités, les partisans du pouvoir ont choisi une stratégie inverse : occuper l’espace public.
À partir de 11 heures, plusieurs centaines de militants favorables au président Félix Tshisekedi ont investi les rues dans le cadre d’une marche de soutien au projet de réforme constitutionnelle et à l’avènement d’une éventuelle Quatrième République.
Accompagné de longues files de mototaxis, le cortège a parcouru plusieurs axes de la capitale dans une ambiance marquée par les chants, les slogans et les démonstrations de soutien au chef de l’État.
« Fayulu, kanga motema, pouvoir ya Fatshi eko sila te », scandaient les manifestants.
À travers cette mobilisation, la majorité a cherché à envoyer un message politique clair : la rue ne constitue pas un monopole de l’opposition.
Prenant la parole devant les participants, William Mukambia, ancien président du Conseil national de la jeunesse congolaise, a présenté cette marche comme une démonstration de soutien populaire au processus de réforme institutionnelle.
« Aujourd’hui, il est question de l’avenir de notre pays. Le peuple s’engage un peu partout pour montrer son approbation d’aller au référendum et à l’avènement de la Quatrième République », a-t-il déclaré.
Au-delà du débat constitutionnel, cette mobilisation illustre surtout l’intensification de la bataille politique qui se joue désormais sur le terrain de l’opinion publique et de l’occupation de la rue.
DES ACTES DE VANDALISME
Comme souvent lors des périodes de fortes tensions politiques, des actes de vandalisme ont été signalés, venus pour assombrir la journée dans certains quartiers de la capitale. À la 12ème Rue Limete, plusieurs témoins ont rapporté des actes de violence et de vandalisme attribués à des individus se réclamant de la « Force du progrès », mouvement régulièrement associé à l’UDPS.
Selon les témoignages recueillis sur place, un convoyeur d’un bus Hiace aurait été agressé et dépouillé d’une somme d’argent avant que ses vêtements ne soient déchirés par ses assaillants.
Plusieurs passagers affirment également avoir été victimes de vols de téléphones portables, sacs à main et autres effets personnels.
Ces scènes, décrites par des riverains comme des actes de pillage en plein jour, ont suscité colère et indignation parmi les habitants, d’autant plus qu’elles se seraient produites à proximité d’un dispositif sécuritaire.
Si les responsabilités individuelles restent à établir, ces incidents rappellent combien les démonstrations de force politiques peuvent rapidement être éclipsées par des comportements violents qui nourrissent le sentiment d’insécurité au sein de la population.
LE RAS-LE-BOL
À l’heure du bilan, cette journée laisse apparaître une réalité contrastée.
L’opposition n’est pas parvenue à imposer l’arrêt général des activités qu’elle espérait. La majorité, quant à elle, a tenu à démontrer sa capacité à mobiliser ses militants et à occuper l’espace public.
Mais le principal message est venu des Kinois eux-mêmes. À Pont Matete, Matete, Limete, UPN ou encore au Rond-point Victoire, beaucoup n’ont choisi ni le camp du pouvoir ni celui de l’opposition. Ils ont choisi de travailler. Une leçon pour les deux camps.
Dans une capitale confrontée à des difficultés économiques persistantes, la quête quotidienne de subsistance demeure souvent plus forte que les mots d’ordre politiques. Une réalité que toutes les forces politiques devront désormais intégrer lorsqu’elles prétendent parler au nom du peuple.
Jérémie ASOKO