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Surpopulation carcérale : Guillaume Ngefa suspend les nouvelles admissions à Makala
Makala déborde avec plus de 16.000 détenus pour 2.500 places.
Le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, ferme la porte aux nouveaux détenus. Lors d’un briefing de presse tenu le jeudi 22 octobre, avec le ministre le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, il a annoncé la suspension des nouvelles admissions dans les prisons « tant que la situation ne s’est pas améliorée ». Il ne s’agit pas d’une fermeture générale : les cas seront examinés un à un, selon la dangerosité des personnes et les nécessités judiciaires.
La surpopulation carcérale impose des mesures urgentes en République démocratique du Congo. À l’issue d’une mission d’évaluation des conditions de détention dans plusieurs établissements du Kongo Central, notamment à Madimba, Matadi et Boma, le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a annoncé une série de mesures visant à désengorger les prisons et à améliorer la prise en charge des détenus.
« Nous avons décidé de ne pas accueillir les nouveaux prisonniers tant que la situation ne s’est pas améliorée », a-t-il déclaré, précisant que les nouvelles admissions seraient examinées au cas par cas, notamment en fonction de la dangerosité des personnes concernées.
Cette décision intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Selon les chiffres communiqués par le ministre, la RDC compte environ 52.000 détenus, dont près de 50.000 hommes. La majorité sont des prévenus en attente de jugement, tandis que les infrastructures pénitentiaires peinent à répondre aux besoins élémentaires des personnes incarcérées.
MAKALA AU BORD DE L’ASPHYXIE
La prison centrale de Makala illustre l’ampleur de la crise. Conçue pour accueillir 2.500 personnes, elle en héberge aujourd’hui plus de 16.000, selon les chiffres présentés par le ministre.
« Comment voulez-vous qu’on puisse nourrir 16.000 personnes avec le même budget qu’il était possible d’utiliser pour nourrir 8.000 personnes ? », s’est-il interrogé, soulignant le décalage entre les ressources disponibles et le nombre de détenus.
Au-delà de l’alimentation, les conditions de détention soulèvent de sérieuses inquiétudes sanitaires et humanitaires. Faute d’espace, certains prisonniers dorment dans des conditions précaires, parfois les uns sur les autres. À cela s’ajoutent les retards dans le versement des subventions destinées au fonctionnement de certains établissements pénitentiaires.
Le tableau sanitaire est tout aussi préoccupant. Le ministre a évoqué la résurgence de plusieurs maladies ainsi que la présence de nombreux malades mentaux à Makala, dont la prise en charge nécessite une réponse adaptée.
Pour faire face à cette urgence, le gouvernement entend identifier les détenus malades afin de leur permettre de bénéficier d’une assistance humanitaire. L’accélération des procédures de libération provisoire figure également parmi les pistes retenues pour réduire la pression sur les prisons.
INSUFFISANCE DES INFRASTRUCTURES PÉNITENTIAIRES
Pour Guillaume Ngefa, la crise carcérale ne peut être dissociée des dysfonctionnements de la chaîne judiciaire et de l’insuffisance des infrastructures.
« La majorité de nos prisons ont été construites avant l’indépendance », a-t-il rappelé, soulignant que ces établissements avaient été conçus pour une population bien moins importante que celle que compte aujourd’hui le pays.
Selon les données présentées, la RDC dispose de 214 établissements pénitentiaires, dont 116 bénéficient de subventions, tandis que 24 n’en reçoivent pas. Le ministre a également fait état de 5.683 condamnés sur l’ensemble du territoire national, la majorité des détenus étant encore en attente de jugement.
La saturation des prisons militaires aggrave également la situation. Faute de structures suffisantes, des militaires détenus sont accueillis dans des établissements civils, augmentant davantage la pression sur des infrastructures déjà surchargées.
Les disparités entre les capacités d’accueil et le nombre réel de détenus sont particulièrement frappantes en province. À Luiza, une prison conçue pour 20 personnes en hébergerait aujourd’hui 200. À Beni, un établissement prévu pour 250 détenus en accueille plus de 2.500, selon les chiffres évoqués lors de l’échange avec la presse.
Face à cette situation, le ministre estime nécessaire de réhabiliter les infrastructures existantes, d’augmenter leur capacité d’accueil et de construire de nouveaux établissements pénitentiaires.
LENTEUR DES PROCÉDURES ET INSUFFISANCES DES MAGISTRATS
Au-delà de la vétusté des infrastructures, la surpopulation carcérale est alimentée par la lenteur des procédures judiciaires et l’insuffisance des magistrats dans certaines localités.
Le ministre a notamment relevé les difficultés rencontrées par les prévenus pour accéder à leur juge naturel, une situation qui peut prolonger leur détention dans l’attente d’une décision judiciaire.
Il a également déploré l’insuffisance des mécanismes permettant de recourir à des mesures alternatives à l’emprisonnement.
Pour le gouvernement, la réduction de la population carcérale passe donc aussi par une meilleure administration de la justice, l’accélération du traitement des dossiers et l’examen des possibilités de libération provisoire lorsque les conditions légales sont réunies.
À ces mesures pourrait s’ajouter une convention avec le Service national, destinée à favoriser la formation professionnelle et la réinsertion des détenus.
DE LA PUNITION À LA RÉÉDUCATION
Au-delà des mesures d’urgence, Guillaume Ngefa plaide pour une évolution de la conception même de la détention en RDC. « La prison est comprise comme un lieu de punition, mais elle doit être un lieu de rééducation », a-t-il défendu, insistant sur la nécessité de préparer les détenus à leur réinsertion sociale.
À ses yeux, l’incarcération ne doit pas conduire à une dégradation supplémentaire des conditions de vie des personnes détenues ni favoriser la récidive. Elle doit plutôt leur permettre d’acquérir des compétences et de se préparer à retrouver leur place dans la société.
Dans cette perspective, le ministre mise notamment sur une convention à conclure avec le Service national, qui pourrait contribuer à la formation professionnelle des détenus et à leur réinsertion.
Il a également souligné que la construction de nouvelles prisons ne relevait pas de simples annonces, mais d’un processus nécessitant des moyens et une planification. Une prison moderne est notamment prévue à Mbandaka, tandis que des travaux de réhabilitation sont également envisagés.
DES ADMISSIONS LIMITÉES, DES DÉTENUS ÉVALUÉS AU CAS PAR CAS
Pour désengorger les établissements pénitentiaires, le gouvernement entend limiter les nouvelles admissions tant que les conditions de détention ne se seront pas améliorées. Il ne s’agit toutefois pas d’une fermeture générale des prisons, mais d’un encadrement plus strict des admissions.
Les nouvelles situations seront examinées au cas par cas, en tenant compte notamment de la dangerosité des personnes concernées et des nécessités judiciaires. Le ministre a néanmoins reconnu que les transferts de détenus d’un établissement à un autre demeuraient difficiles, les prisons étant confrontées à des problèmes similaires de capacité d’accueil.
L’enjeu est désormais de traduire ces annonces en résultats concrets. Entre désengorgement des prisons, amélioration des soins, accélération des procédures judiciaires et réhabilitation des infrastructures, les autorités sont confrontées à un chantier majeur : redonner aux établissements pénitentiaires congolais des conditions de détention dignes et à la prison sa vocation de rééducation et de réinsertion.
Jérémie ASOKO