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SORTANT DE SON SILENCE MONACAL A TRAVERS DANS UNE TRIBUNE PARTAGEE DANS LA PRESSE : Joseph Kabila accuse Tshisekedi de "dérive autoritaire"
Dans une sortie médiatique inattendue, Joseph Kabila, ancien président de la République, a sévèrement critiqué la gouvernance de son successeur, Félix Tshisekedi, qu’il accuse d’instaurer "un régime de terreur" et de fragiliser davantage le pays.
Pour la première fois depuis son départ du pays en janvier 2024, Joseph Kabila a pris la parole sur plusieurs sujets brûlants, notamment la crise politique, sécuritaire et sociale qui secoue le pays. Dans une tribune partagée par ses proches au journal sud-africain Sunday Times le 23 février, l’ex-président a dénoncé un état de fait qu’il considère comme une menace pour la stabilité de la RDC et de la région.
Joseph Kabila accuse l’actuel président congolais d’avoir instauré un régime de «terreur», caractérisé par la répression des opposants politiques, les arrestations arbitraires et les exécutions extrajudiciaires. Il dénonce également l’exil forcé des journalistes, des leaders d’opinion et même des responsables religieux.
«Les intimidations, arrestations arbitraires, exécutions sommaires et extrajudiciaires, ainsi que l’exil forcé d’hommes politiques et de journalistes sont devenus les principales caractéristiques de la gouvernance de Tshisekedi», a-t-il déclaré.
"mauvaise gouvernance"
L’ancien raïs estime que ces dérives sont le symptôme d’une «mauvaise gouvernance» qui, selon lui, risque de plonger le pays dans un nouveau cycle de troubles politiques et d’instabilité institutionnelle.
«La RDC risque de s’enfoncer dans de nouveaux cycles de troubles politiques, d’insécurité, d’instabilité institutionnelle, de conflits armés, voire de guerre civile», avertit Joseph Kabila.
Les élections de décembre "truquées"
Joseph Kabila revient également sur les élections générales de décembre 2023. Il affirme qu’elles ont été «truquées» et organisées en violation du cadre juridique et des normes internationales.
Il rejoint ainsi les critiques de Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui avait, lui aussi, dénoncé des irrégularités massives.
«Ce cycle électoral a amplifié l’illégitimité du dirigeant, réduit artificiellement le poids de l’opposition et fait du chef de l’État le maître absolu du pays», accuse Kabila.
L'ancien Président de la République s’oppose également aux projets de Félix Tshisekedi de modifier la Constitution. Car, d’après lui, une telle démarche constituerait «un grave recul démocratique» et remettrait en cause les acquis du Pacte républicain issu du dialogue inter-congolais de Sun City en 2006.
Crise dans l’Est
En ce qui concerne la crise dans l’Est, Joseph Kabila oppose une ferme résistance à l’idée d’une aide militaire, particulièrement de la part de la SAMIRDC, la mission militaire de la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe).
Il juge cette opération inefficace et accuse Tshisekedi de vouloir «militariser la crise» au lieu d’apporter des solutions politiques et structurelles.
«Le monde observe pour savoir si l’Afrique du Sud, connue pour son humanisme et ses valeurs, continuera d’envoyer des troupes en RDC pour soutenir un régime tyrannique et combattre les aspirations du peuple congolais», a-t-il lancé.
Kabila a estimé qu’une telle intervention ne ferait que renforcer un régime autoritaire au lieu d’apporter des solutions durables à la crise.
La crise ne se limite pas au M23
Il a insisté sur le fait que «la crise ne se limite pas aux actions du M23», un groupe terroriste qui sème le chaos dans la région de Kivu, mais réside plutôt dans des problèmes politiques profonds.
Selon Kabila, la priorité devrait être la résolution de la question des groupes armés nationaux et étrangers qui opèrent en RDC. Il critique notamment la manière dont Kinshasa présente le M23 comme un simple «proxy d’un État étranger», en occultant, selon lui, des revendications plus profondes liées à la gouvernance du pays.
Kabila a ajouté que «les revendications du peuple congolais contre son gouvernement doivent être prises en compte», tout en soulignant que la situation actuelle est bien plus complexe qu’un simple conflit entre la RDC et le Rwanda ou les actions du M23.
Le 4eme président de la RDC, a également évoqué les multiples violations des droits de l’homme en RDC, notamment par les forces de sécurité sous le commandement de Tshisekedi. Il a insisté sur le fait que les réformes politiques profondes étaient indispensables pour éviter l’escalade de la crise.
Selon lui, la SADC et la communauté internationale devraient exiger des réformes politiques substantielles avant de soutenir davantage l’intervention militaire en RDC.
Il a averti que «les innombrables violations de la Constitution et des droits de l’homme, ainsi que les massacres répétés de la population congolaise par la police et l’armée de Tshisekedi ne cesseront pas après la conclusion, réussie, des négociations entre la RDC et le Rwanda, ni la défaite militaire du M23».
Réorganisation du PPRD
Cette sortie médiatique survient après que Joseph Kabila a réorganisé sa formation politique, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Aubin Minaku, ancien président de l’Assemblée nationale, a été nommé vice-président du bureau politique du parti, signe que Kabila pourrait chercher à revenir sur la scène politique congolaise.
Alors que son successeur l’accuse d’être le véritable instigateur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement rebelle dirigé par Corneille Nangaa et soutenu par le M23, Joseph Kabila semble vouloir se positionner en alternative au pouvoir en place.
Reste à savoir si cette prise de parole marque le début d’un retour actif sur la scène politique congolaise ou s’il s’agit simplement d’une critique ponctuelle contre le régime de Félix Tshisekedi. Quoi qu’il en soit, cette déclaration risque d’intensifier les tensions déjà vives au sein du paysage politique congolais.
CTM