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Révision constitutionnelle : Kabund s'oppose et somme Tshisekedi de « sortir par la grande porte »
À 11e rue Limete, sur l’esplanade du siège de l’Alliance pour le Changement (A.Ch), la scène a des allures de démonstration politique. Marée humaine, ferveur militante et tonalité combative : pour le quatrième anniversaire de son parti, Jean-Marc Kabund-A-Kabund a transformé la commémoration en tribune de rupture le 24 avril 2026. Sous le thème rassembleur « On construit la nation autour d’une table, pas dans les divisions », l’ancien président intérimaire de l’UDPS a livré un réquisitoire sans concession contre toute tentative de révision constitutionnelle.
Dès les premiers mots, le décor est planté. Le secrétaire général du parti salue la mobilisation, remercie « la base » et célèbre une famille politique en expansion. Mais très vite, l’instant protocolaire cède la place à un discours offensif, ciselé, pensé comme un électrochoc dans un contexte national qu’il décrit sans fard comme « sombre » et miné par les incertitudes
UNE LIGNE ROUGE INFRANCHISSABLE
Kabund frappe fort. Très fort. La révision constitutionnelle ? « Illusoire, inopportune, juridiquement irrecevable dans le contexte actuel », tranche-t-il, en s’arc-boutant sur l’article 219. Sa démonstration est martelée, presque implacable : état de guerre, état de siège, instabilité sécuritaire autant de verrous constitutionnels qui, selon lui, rendent toute révision non seulement prématurée, mais illégitime.
« Sommes-nous en guerre ou pas ? », lance-t-il à la foule, comme pour mieux acculer ses adversaires. Puis le verdict tombe, sans appel : « Il n’y aura pas de révision. » Un refus catégorique qui sonne comme une ligne rouge infranchissable.
Face aux procès en illégitimité intentés à la Constitution, Kabund oppose une défense vigoureuse, presque doctrinale. Pour lui, ce texte n’est ni importé ni imposé, il est le fruit des douleurs de l’histoire congolaise, un bouclier forgé contre les dérives autoritaires et les prises de pouvoir par la force.
Dans une séquence historique, il convoque les fantômes du passé : coups d’État, rébellions, effondrements institutionnels. 1965, 1997… autant de basculements où, rappelle-t-il, « le régime et la République ont changé avant la Constitution ». Une manière de dénoncer toute tentative de manipulation actuelle du calendrier institutionnel.
Puis, s’appuyant sur l’article 64, il légitime la résistance face aux forces insurrectionnelles, citant implicitement le M23 pour souligner que la Constitution demeure l’ultime socle de la souveraineté nationale.
“ IL A LE CHOIX DE SORTIR PAR LA GRANDE PORTE.”
Mais le moment le plus saisissant du discours survient lorsqu’il s’adresse, presque frontalement, au chef de l’État. Le ton se fait grave, la parole lourde de symboles. Kabund rappelle, avec une froide lucidité, le destin tragique des anciens dirigeants congolais : renversés, contraints à l’exil, assassinés, condamnés.
Puis, dans une formule qui claque comme un verdict politique, il interpelle Félix Tshisekedi : “ Il a le choix de sortir par la grande porte. “
Une phrase simple, mais chargée de sens. Une injonction à respecter l’histoire, à éviter les erreurs du passé, à privilégier l’honneur d’une sortie institutionnelle apaisée plutôt que le risque d’un basculement incertain.
Si le discours est tranchant, il n’est pas dénué d’une ambition plus large. En filigrane, celui qui se revendique comme le “véritable dépositaire du tshisekedisme authentique”, Kabund tente de réhabiliter l’idée d’un dialogue national, d’une refondation autour de la concertation et non de l’imposition. Mais ce plaidoyer pour l’unité se heurte à une posture résolument combative, presque insurrectionnelle dans le verbe.
À Limete, Jean-Marc Kabund n’a pas simplement célébré un anniversaire politique. Il a lancé une offensive, redessiné les lignes de fracture et affirmé sa volonté de peser dans le rapport de force national.
Dans un paysage politique sous tension, son message résonne comme un avertissement : la bataille autour de la Constitution ne fait que commencer et elle s’annonce sans merci.
Jérémie ASOKO