Dernière minute
Société
L’expression très philosophique « Utilisez la douleur comme carburant » signifie transformer une souffrance émotionnelle ou physique en une force pour avancer et réussir.
Le principe de base est de transformer le négatif en positif, la douleur étant considérée comme quelque chose de…
Culture
Forum éco
Enjeux de l’heure
La Première Dame de la République démocratique du Congo, Mme Denise Nyakeru Tshisekedi, séjourne à Kananga pour une visite de quatre jours. Un séjour consacré principalement à l’éducation, au…
Étranger
Le Maroc et le Sénégal entretiennent des relations denses, riches et constantes et revêtent un caractère unique en Afrique, a affirmé le ministre sénégalais de l'Intégration africaine, des…
Nation
Présenté comme l’une des figures engagées dans la mobilisation contre l’agression rwandaise, le professeur, député national et PCA des Wazalendo, Willy Mishiki, fait l’objet de vives attaques et…
RETOMBÉES DES ASSISES D’ISTANBUL SUR LES SYSTÈMES DE PAIEMENT, la BCC engage la RDC sur la voie de l’innovation technologique
• En Turquie, le gouverneur André Wameso annonce une feuille de route pour moderniser l’écosystème congolais des paiements.
La République démocratique du Congo entend accélérer la modernisation de son système de paiement et renforcer sa résilience financière. À Istanbul, au cœur de la Turquie, où il conduit la délégation de la Banque Centrale du Congo (BCC) à la 10ème Conférence des paiements des banques centrales, le gouverneur André Wameso Nkualoloki a réaffirmé l’ambition de l’institution de faire entrer l’écosystème financier congolais dans une nouvelle ère, au croisement de l’innovation technologique, de la souveraineté financière et de l’inclusion.
Tenue du 31 août au 2 septembre 2026, cette conférence a réuni gouverneurs de banques centrales, régulateurs, infrastructures de marché et experts du secteur venus de quatre coins du globe. Au cœur des échanges : l’avenir des systèmes de paiement dans une économie mondiale soumise à des mutations technologiques rapides, mais aussi à une instabilité géopolitique grandissante.
Pour la délégation congolaise, l’enjeu dépasse la simple observation des tendances internationales. Il s’agit de confronter l’expérience de la RDC aux meilleures pratiques mondiales, d’anticiper les bouleversements technologiques et de nouer des passerelles de coopération avec les grandes institutions financières internationales. Une démarche qui traduit la volonté de la BCC de ne plus subir les transformations du secteur, mais de les intégrer dans une stratégie nationale cohérente.
DÉVELOPPER DES INFRASTRUCTURES DE PAIEMENT NATIONALES
Les discussions d’Istanbul ont également mis en lumière les vulnérabilités auxquelles exposent les tensions géopolitiques, les sanctions internationales et les restrictions transfrontalières. Ces facteurs peuvent perturber la circulation des capitaux et fragiliser les économies dépendantes de réseaux de paiement exclusifs.
Face à ce risque, une orientation se dessine : développer des infrastructures de paiement nationales ou régionales suffisamment robustes pour garantir la continuité des transactions, tout en maintenant leur interopérabilité avec les réseaux internationaux. Pour les économies africaines, cette approche doit permettre de concilier souveraineté, sécurité des transactions et fluidité des échanges transfrontaliers.
La RDC veut désormais traduire cette réflexion en actes. À l’issue des travaux, le gouverneur de la BCC a instruit ses services techniques de formaliser une feuille de route destinée à inscrire durablement le système congolais des paiements dans la dynamique des innovations actuelles. L’objectif affiché est multiple : rassurer le secteur privé, favoriser l’attractivité des investissements directs étrangers et renforcer la sécurité des flux financiers sur l’ensemble du territoire national.
IA, TOKENISATION ET MONNAIE NUMÉRIQUE À L’HORIZON
Autre enseignement majeur de la conférence : la finance mondiale change de visage sous l’effet des technologies de rupture. L’intelligence artificielle, la tokenisation, les stablecoins et les monnaies digitales de banque centrale ou CBDC s’imposent désormais dans les réflexions stratégiques des banques centrales.
L’intégration d’agents d’intelligence artificielle dans les architectures de paiement pourrait notamment transformer la gestion des risques et la détection des fraudes en temps réel. La tokenisation et les nouvelles formes de monnaie numérique sont, elles, présentées comme des leviers susceptibles de réduire les coûts, d’accélérer les règlements transfrontaliers et de fluidifier le commerce international.
Pour la BCC, le défi n’est cependant pas de suivre aveuglément la technologie. Il consiste à sélectionner les innovations pertinentes, à les adapter aux réalités congolaises et à préserver, dans le même mouvement, la stabilité monétaire.
LE PAIEMENT HORS LIGNE, L’AUTRE INNOVATION
Derrière la modernisation se pose une question fondamentale : celle de l’accès. La BCC entend éviter qu’une transformation numérique trop dépendante de la connexion internet ou de l’électricité ne laisse une partie de la population au bord du chemin.
En RDC, les insuffisances en matière d’accès à l’électricité et de couverture internet de qualité restent en effet des obstacles majeurs, particulièrement dans les zones rurales. Dans ce contexte, le développement de solutions de paiement capables de fonctionner hors ligne apparaît comme une priorité pour élargir l’accès aux services financiers.
Cette orientation place ainsi l’inclusion financière au même niveau que l’innovation technologique. Pour la BCC, le progrès numérique ne doit pas accentuer les fractures existantes, mais, au contraire contribuer à les résorber.
CAPITALISER LES MUTATIONS TECHNOLOGIQUES
Au-delà des technologies, la réussite de cette mutation repose, enfin, sur la régulation, la confiance et la qualité des infrastructures. En tant qu’autorité de régulation et de contrôle, la Banque Centrale du Congo entend jouer un rôle moteur dans la sécurisation et l’optimisation de l’écosystème financier national.
À Istanbul, le message congolais s’est donc voulu clair : moderniser les paiements, sans toutefois sacrifier la stabilité, la souveraineté ni l’inclusion. En préparant une feuille de route nationale inspirée des enseignements de la conférence, la BCC ambitionne de transformer les mutations technologiques en instruments de croissance et de résilience.
La RDC ne veut plus seulement regarder passer le train de la révolution financière. Elle entend désormais contribuer à en définir la trajectoire.
Jérémie ASOKO