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Procès Rebo Tchulo : condamnée à 12 mois avec sursis, la chanteuse échappe à la prison
Le couperet est finalement tombé. Après plusieurs semaines de procédure, le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Ngaliema a rendu, hier jeudi 27 août 2026, son verdict dans l'affaire impliquant la chanteuse Déborah Tshimpaka Mulanga, alias Rebo Tchulo. Reconnue coupable d'incitation des militaires à commettre des actes contraires à la loi et à la discipline des FARDC, l'artiste a été condamnée à 12 mois de servitude pénale principale avec sursis de 24 mois. Une condamnation qui, dans les faits, lui évite la prison.
Le tribunal, présidé par le capitaine Guy Kweshi Mushaliwa, n'a donc pas suivi jusqu'au bout le réquisitoire du ministère public, qui avait requis 14 mois de détention ferme contre la chanteuse. La juridiction a, par ailleurs, écarté les charges de torture qui pesaient sur elle.
UNE CONDAMNATION, MAIS PAS DE CELLULE
La décision met un terme à une affaire qui aura tenu en haleine l'opinion congolaise et placé la chanteuse au cœur d'une tempête judiciaire.
Condamnée pénalement, Rebo Tchulo ne sera cependant pas derrière les barreaux. Le sursis de 24 mois prononcé par le tribunal lui permet de rester en liberté. Autrement dit, la peine existe bel et bien, mais son exécution est suspendue dans les conditions fixées par la juridiction.
C'est donc une épée de Damoclès judiciaire qui demeure au-dessus de l'artiste pendant la période du sursis, même si elle retrouve immédiatement sa liberté.
Pour sa défense, le verdict constitue dès lors une satisfaction, même si toutes ses revendications n'ont pas été rencontrées.
"Notre première manche est gagnée. Nous sommes déjà en partie satisfaits. Notre cliente n'ira pas en prison", s'est réjoui Me Jean-Marie Kabengela Ilunga.
LE "BLOCUS" LEVÉ À L'AÉROPORT
Autre élément déterminant du jugement : Rebo Tchulo n'est désormais plus interdite de quitter le territoire national.
Le Tribunal militaire a ordonné la levée de la mesure prise précédemment par le parquet militaire, qui restreignait ses déplacements à l'extérieur du pays.
Pour son avocat, cette décision restitue à l'artiste une liberté essentielle.
"Le tribunal a levé le blocus au niveau de l'aéroport", a expliqué Me Jean-Marie Kabengela, précisant que sa cliente retrouvait ainsi sa liberté de mouvement, de déplacement et de voyage.
Une page se tourne donc, du moins sur le plan des restrictions de déplacement. L'artiste peut désormais envisager de reprendre ses activités professionnelles et ses prestations, après une longue parenthèse judiciaire.
Les 250 000 dollars réclamés par la partie civile écartés
Sur le terrain financier, Rebo Tchulo sort également indemne de la demande formulée par la partie civile.
La somme de 250.000 dollars américains, réclamée à titre de dommages et intérêts, ne lui sera pas imputée. Le tribunal a déclaré l'action civile non fondée à son égard.
La juridiction a, en revanche, condamné solidairement les prévenus reconnus coupables, avec la République démocratique du Congo, au paiement de l'équivalent en francs congolais de 20.000 dollars américains à titre de dommages et intérêts.
Ainsi, sur ce volet, la responsabilité financière directe de Rebo Tchulo n'a pas été retenue.
DES MILITAIRES BEAUCOUP PLUS LOURDEMENT SANCTIONNÉS
Le contraste est saisissant entre le sort réservé à la chanteuse et celui de plusieurs militaires poursuivis dans le même dossier.
Namumba Kongolo, Mabunda Ndimi, Kanga Seki et Masimango Mbola ont été condamnés à des peines pouvant atteindre 10 ans de servitude pénale pour des faits de torture.
Zababu Musafiri et Mukalenga Kabeya ont, quant à eux, écopé de cinq ans de réclusion. Christian Kazadi Mputu a été reconnu coupable d'extorsion et condamné à deux ans de servitude pénale.
Le jugement dessine ainsi une ligne de démarcation nette entre les différentes responsabilités retenues par la juridiction. D'un côté, des militaires lourdement sanctionnés pour les actes de violence retenus contre eux ; de l'autre, une artiste condamnée pour incitation, mais dont les charges de torture ont été écartées.
DE LA DISPARITION DES EFFETS PERSONNELS AU PROCÈS MILITAIRE
Cette affaire avait commencé sur fond d'une accusation de vol. Rebo Tchulo avait signalé la disparition de certains de ses effets personnels et les soupçons s'étaient notamment portés sur Platini Sadisa Kasaï, présenté comme son chauffeur et serveur.
La situation avait ensuite pris une tournure dramatique lorsque des images montrant un homme soumis à des violences par des hommes en uniforme avaient circulé sur les réseaux sociaux.
Le scandale avait alors dépassé le cadre d'un simple différend lié à des effets personnels. L'affaire avait pris les allures d'un procès sur les limites de l'intervention des militaires, le respect de la dignité humaine et le recours à la force en dehors des procédures légales.
Face au tollé, les autorités judiciaires militaires s'étaient saisies du dossier. Plusieurs militaires avaient été poursuivis, tandis que Rebo Tchulo devait répondre de son rôle présumé dans les faits.
Pour celle que ses fans surnomment "Maman na Bango", l'heure est désormais à la reconstruction. Après avoir vu sa carrière artistique éclipsée par une affaire judiciaire retentissante, elle peut à nouveau regarder vers la scène.
Christian-Timothée MAMPUYA