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RDC : usé par des menaces à répétition et les harcèlements des services de sécurité, Miluala Mondo Ben Bernard contraint à l’exil
Il y a un peu moins d’un an, Miluala Mondo Ben Bernard était un journaliste très engagé à la RTGA, la Radiotélévision groupe l’Avenir, un média bien connu de Kinshasa, qu’il avait rejoint en 2010. Mais fin mai 2019, usé par des menaces à répétition, les harcèlements et les pressions des autorités via les services de sécurité, il a décidé de quitter son pays pour les Etats-Unis.
«C’était un journaliste combattif, qui a laissé son pays après avoir lutté longtemps contre le système. Et puis il a perdu le souffle de se battre. Le harcèlement prolongé, la surveillance, les menaces de violence, l’emprisonnement: c’était trop, surtout pour sa famille», témoigne un de ses collègues qui a requis l’anonymat.
Les médias sont des témoins de l’histoire, qui racontent l’époque, réagissent à l’événement et reflètent les divers courants de l’opinion publique. Mais en République Démocratique du Congo, les tenants du pouvoir n’aiment pas trop entendre l’autre son de cloche, surtout celui qui n’arrange pas leurs intérêts.
Plusieurs journalistes sont convoqués par la police, menacés d’arrestation ou de représailles physiques. Lorsque les journalistes n’étaient pas accessibles aux autorités, ce sont leurs proches qui ont été victimes de menaces, d’arrestations arbitraires ou de raids sur leur domicile par la police. Ces intimidations et actes de répressions ont créé un climat de terreur dans la communauté des médias congolais et a poussé à l’exil ceux qui n’en pouvaient plus.
Pour revenir au cas de Miluala Mondo Ben Bernard, le début de son calvaire remonte à l’année 2016 avec les négociations politiques entre le camp du président Joseph Kabila dont la famille politique usait des manœuvres dilatoires pour lui donner un troisième mandat et l’opposition qui ne voulait rien entendre. Très engagé, Miluala Mondo et certains de ses confrères couvriront les deux rounds des négociations, d’abord à la Cité de l’Union africaine sous la médiation du Togolais Edem Kodjo, et ensuite le second des pourparlers qui ont eu lieu au Centre Interdiocésain sous l’égide des évêques catholiques de la CENCO.
Les services de sécurité suivent alors de près le traitement de l’information liée à ce dialogue entre le pouvoir et l’opposition. Les journalistes des médias dont le traitement n’obéit pas au diktat du pouvoir sont menacés. Un bon matin de novembre 2017, Miluala Mondo Ben Bernard et certains de ses confrères seront cueillis par les éléments de la Garde Républicaine, puis jetés dans la jeep comme du bétail. Ils seront libérés après avoir passé quatre jours dans les cachots de l’Agence nationale des renseignements. Soit dit en passant, Miluala Mondo n’était pas que professionnel de média, mais également missionnaire catholique qui avait droit à une certaine dignité et respect bien qu’agissant comme journaliste.
A la proclamation des résultats des élections, il a soutenu la version défendue par l’Eglise catholique selon laquelle c’est l’opposant Martin Fayulu qui a gagné les élections et non Félix Tshisekedi. Lambert Mende, ministre de la Communication et Médias invite l’Eglise catholique de ne pas interférer en matière politique mais plutôt de prêcher l’évangile.
Le soutien de la position des Catholiques a valu à Miluala et ses autres confrères la colère du camp du nouveau pouvoir qui s’est mis aussi à les traquer.
La preuve, dans un de ses rapports, l’Ong de défense de la liberté de la presse, « Journaliste En Danger » indique qu’il y’a 93 cas d’attaques et de menaces des journalistes enregistrés en République Démocratique du Congo depuis l’avènement du président Félix Tshisekedi au pouvoir, avec un cas d’assassinat dans la province de l’Ituri, 41 cas d’agressions, menaces, intimidation et enfin 35 cas d’atteinte à la liberté de la presse.
Le climat politique s’était avéré plus impitoyable que jamais, et ne laissait pas beaucoup d’options que chercher à sortir du pays pour ceux qui en avaient l’occasion voire les moyens.
FDA