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L'effectif des anesthésistes oscille entre 135 et 140 médecins formés, révèle le Dr Garyn de Bondt
L'humanité a célébré, le 16 octobre dernier, la journée mondiale de l'anesthésie. Pour éclairer la lanterne de l'opinion, la rédaction de Forum des As est allée à la rencontre de Dr Garyn de Bondt, Secrétaire général adjoint de la Société d'Anesthésie-Réanimation de la République Démocratique du Congo (SARDES).
Dans cet entretien, ce médecin congolais exerçant au Centre Hospitalier Universitaire (CHU du Cinquantenaire) lève un coin de voile sur la réalité de ce corps médical de première ligne. Un corps indispensable, mais confronté à une pénurie alarmante de spécialistes sur l'ensemble du territoire national.
Forum des As: Docteur Garyn de Bondt, pourriez-vous nous dire, chiffres à l'appui, combien compte-t-on d'anesthésistes en RDC ?
Dr Garyn des Bondt : Actuellement, en République Démocratique du Congo et dans la diaspora, le nombre total de médecins anesthésistes-réanimateurs formés se situe entre 135 et 140. Sur le plan de la représentation du genre, nous enregistrons un ratio d'environ une femme pour quatre hommes, soit approximativement 25 % de femmes au sein de notre corps de métier.
À première vue, ce chiffre semble particulièrement faible pour un pays aussi vaste que le nôtre. S'agit-il d'une spécialité délaissée au sein de l'univers médical ?
Ce n'est pas un métier déserté, mais c'est un domaine d'une extrême complexité. On ne forme pas des anesthésistes au rabais. Nous formons des médecins anesthésistes-réanimateurs capables d'intervenir également lors de situations d'urgence vitales. L'obtention de ce diplôme de spécialité confère une triple compétence : la réanimation, l'anesthésie et la médecine d'urgence.
Vous intervenez également lors des urgences ?
Effectivement. Nous sommes préparés à intervenir sur le terrain lors de catastrophes. D'ailleurs, le pays développe un programme d'urgence préhospitalière axé sur la médecine d'urgence. C'est le programme "Étoile bleue", au sein duquel nos intensivistes et urgentistes jouent un rôle clé. C'est une discipline exigeante qui réclame une solide culture médicale générale et de lourds sacrifices quotidiens sous forte pression psychologique. Mais, notre plus grande satisfaction c'est de sauver des vies lors de détresses vitales. C'est la joie d'assurer des chirurgies sans douleur, à l'instar de l'anesthésie locorégionale et péridurale qui soulage tant de femmes lors des accouchements.
Peut-on exercer simultanément comme anesthésiste et chirurgien ?
Non, absolument pas. En RDC, le diplôme de base délivré à l'issue du cursus général s'intitule "Docteur en médecine, chirurgie et accouchements". Toutefois, dès lors que l'on choisit de se spécialiser, par exemple en anesthésie-réanimation, on ne pratique plus la chirurgie.
Notre spécialité comporte d'ailleurs elle-même des hyper-spécialités, comme la réanimation pédiatrique pour laquelle j'ai un intérêt particulier. Bien que nous travaillions en parfaite synergie avec les chirurgiens et les gynécologues, chacun conserve son rôle propre. Je salue à ce propos l'impact des programmes du Chef de l'État sur la Couverture Santé Universelle qui contribuent à réduire la mortalité maternelle et infantile.
Concernant la Couverture Santé Universelle, des réserves sont parfois émises quant au règlement des prestations des structures de soins engagées dans ce programme.
Quelle est la situation sur le terrain ?
Sans entrer dans des détails administratifs que je ne maîtrise pas entièrement, l'expérience montre que lorsque le travail est accompli avec rigueur - c'est-à-dire avec des dossiers complets attestant de la prise en charge effective des patientes et de l'administration conforme des traitements requis -, les établissements perçoivent leurs remboursements. Les difficultés proviennent généralement d'une mauvaise constitution des dossiers transmis aux instances de prise en charge. Ce qui ralentit la vérification des prestations. Les structures qui respectent scrupuleusement les critères reçoivent bel et bien leurs paiements.
Propos recueillis par Yves KALIKAT