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Le Professeur Ding Yifan présente les propositions chinoises pour le développement, la sécurité et la coopération globale
Face aux bouleversements géopolitiques, aux crises climatiques et aux fragilités économiques qui secouent le monde, la Chine affirme sa volonté de proposer une alternative au modèle international traditionnel dominé par l’Occident. C’est dans cette perspective que le professeur Ding Yifan, chercheur et politologue à l’Université de Pékin, a animé une conférence de presse à l’intention des journalistes francophones africains participant au programme du Centre de communication de presse internationale en Chine 2025. Et le thème central était : « Quatre initiatives mondiales contribuant à bâtir une communauté de destin pour l’humanité ».
Ces initiatives, qui sont, le développement global, la sécurité globale, la civilisation globale et la gouvernance globale s’inscrivent dans une continuité historique où Pékin entend proposer une alternative systémique à l’ordre international existant.
Selon l’orateur, ces quatre initiatives forment «un ensemble logique, cohérent et interdépendant», destiné à repenser les relations internationales et la gouvernance mondiale sous l’angle de la coopération plutôt que de la confrontation.
CES QUATRE GRANDES INITIATIVES DU PRESIDENT XI JINPING
Les quatre grandes initiatives mondiales lancées par le président Xi Jinping forment l’architecture idéologique de ce que la Chine appelle une «communauté de destin pour l’humanité». Elles répondent à la fois aux fractures économiques, sécuritaires, civilisationnelles et institutionnelles de l’ordre mondial actuel.
La première de ces initiatives, celle sur le développement global, constitue la matrice des trois autres. Présentée en 2021 à la 76ème Assemblée générale des Nations Unies, elle repose sur l’idée que «le développement devrait être la priorité du travail de tous les gouvernements».
La vision chinoise, rappelle Ding Yifan, ne se réduit pas à la croissance : elle exige que «le développement soit pour le peuple, repose sur le peuple et que les fruits du développement soient partagés par le peuple».
C’est une rupture avec la logique de compétition économique. La Chine propose au contraire de corriger les déséquilibres mondiaux et de soutenir les pays vulnérables en insistant sur «l’inclusivité» et sur un modèle de développement «fondé sur la coexistence harmonieuse entre l’homme et la nature».
TRANSFORMER L’INNOVATION EN LEVIER PARTAGÉ
Pékin appelle, en outre, à transformer l’innovation en levier partagé et non en instrument de domination, encourageant la création d’un environnement «ouvert, équitable, juste et non discriminatoire». Mais, l’élément décisif, souligne Xi Jinping, réside dans la mise en œuvre : «le dernier point, mais non pas le moins important, est d’entrer en action».
Cette première initiative se prolonge naturellement dans la proposition formulée en 2022 : l’Initiative sur la sécurité globale. Dans un contexte marqué par le retour des conflits, des rivalités entre blocs et la multiplication des menaces hybrides, la Chine affirme que l’humanité «est une communauté de sécurité indivisible» et que la stabilité internationale repose sur un principe de la sécurité ne peut être durable si elle est recherchée «contre» un autre, mais seulement «avec» l’autre. D’où l’appel au respect mutuel, à la non-confrontation et au dialogue.
LA SECURITE DOIT ÊTRE GLOBALE
A en croire les explications du professeur, la Chine soutient que la sécurité doit être «globale, coopérative et durable», s’appuyant sur des plateformes multilatérales ONU, BRICS, Organisation de coopération de Shanghai capables d’apporter des solutions concertées aux crises régionales.
L’enjeu est de s’attaquer aux causes structurelles des conflits plutôt qu’à leurs symptômes immédiats, dans un monde où «les menaces traditionnelles et non traditionnelles s’entremêlent et se superposent».
Un an plus tard, en 2023, la Chine lance sa troisième initiative : celle sur la civilisation globale. Elle part du constat que le choc des puissances est souvent nourri par le choc des récits et des modèles culturels. Pékin propose une alternative fondée non sur l’uniformisation, mais sur la reconnaissance de la diversité des trajectoires humaines.
La coopération entre civilisations devient ainsi le socle d’un dialogue international débarrassé de toute idée de supériorité culturelle. Il ne s’agit plus d’exporter un modèle unique, mais de permettre à chaque peuple d’emprunter son propre chemin vers le progrès, en favorisant l’inspiration mutuelle.
EN 2025, LA DERNIÈRE COMPOSANTE PRÉSENTÉE
En septembre 2025, lors de la conférence de l’Organisation de coopération de Shanghai, le président Xi Jinping a présenté la dernière composante de cet édifice : l’Initiative sur la gouvernance globale intervient dans un contexte marqué par le retrait croissant des États-Unis «de toutes les coopérations internationales sur le changement climatique, sur le commerce international ou sur la réglementation des marchés monétaires».
À cet effet, la quatrième initiative, répond à l’effritement accéléré des institutions multilatérales, Pour la Chine, c’est un monde livré au désengagement et à l’unilatéralisme risque l’instabilité chronique. La gouvernance globale exige au contraire des mécanismes collectifs, capables d’anticiper et de prévenir les crises plutôt que de les subir.
Son ambition est de réformer les mécanismes du multilatéralisme pour les rendre plus représentatifs et plus efficaces, en phase avec les réalités d’un monde multipolaire. Cette initiative relie les trois précédentes par un principe d’architecture institutionnelle : il n’y a pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans compréhension civilisationnelle, et pas de coopération durable sans une gouvernance repensée.
LEUR FINALITÉ
Leur finalité profonde est aussi politique : déplacer la compréhension des droits de l’homme, non plus comme revendication individuelle déconnectée des réalités matérielles, mais comme droit collectif à la dignité, au développement et à la paix. C’est ce que la Chine appelle «une communauté de destin», où les peuples sont traités non comme des rivaux, mais comme des coproducteurs de stabilité et de prospérité.
Pour Ding Yifan, cette vision ne relève pas de la rhétorique diplomatique. Elle s’inscrit dans une transformation lente, mais structurante des relations internationales, où les modèles du Sud global se lèvent désormais comme sources d’inspiration, et non plus comme simples terrains d’application des doctrines venues d’ailleurs. La Chine y inscrit son rôle, non pas en puissance hégémonique, mais en moteur de coopération. Et c’est peut-être là la dimension la plus nouvelle de son message au monde.
Christian-Timothée MAMPUYA depuis Pékin en Chine