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Kinshasa contre le recours abusif à la main-d'œuvre étrangère
La protection de la main-d'œuvre nationale s'impose désormais comme un axe central de la politique gouvernementale en République démocratique du Congo, conformément au Programme d'action du gouvernement (PAG 2024-2028). L'emploi, érigé en priorité parmi les six engagements du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, structure une nouvelle phase de régulation stricte du marché du travail.
Dans cette dynamique, le ministère de l'Emploi et du Travail, représenté par Ferdinand Massamba Wa Massamba, a engagé une action qualifiée de " ferme et immédiate " pour mettre fin aux pratiques illégales liées au recours abusif à la main-d'œuvre étrangère.
Dans un communiqué officiel, le ministère précise : " Un délai strict de trente (30) jours calendaires, à compter de la publication du présent communiqué est accordé aux employeurs pour la régularisation complète de la situation administrative de leur personnel expatrié et ce, sous peine de sanctions pouvant aller jusqu'à la suspension des activités et la saisine d'une juridiction compétente. "
"POLITIQUE NATIONALE DE SOUVERAINETE ECONOMIQUE"
Le document ajoute que cette mesure s'inscrit dans une logique de souveraineté économique : " Cette démarche s'inscrit dans une politique nationale de souveraineté économique et de protection du marché de l'emploi congolais. Dès lors, il ne sera toléré aucune forme de fraude, de substitution abusive de main-d'œuvre ni de marginalisation des compétences nationales. "
Sur le terrain, une opération nationale de contrôle renforcé a été déclenchée sans préavis sur l'ensemble du territoire. Le ministre prévient que la rigueur sera totale : "Toute situation d'irrégularité fera l'objet de mesures immédiates, y compris l'expulsion administrative des travailleurs concernés, en collaboration avec les services compétents, ainsi que la suspension partielle ou totale des activités des entreprises fautives. "
Le ministre dénonce, par ailleurs, des dérives persistantes : " Des entreprises de toutes les catégories persistent à contourner délibérément la législation nationale en matière d'emploi en privilégiant une main-d'œuvre expatriée au détriment des travailleurs congolais, en violation manifeste de la règlementation en vigueur. "
Sur le plan juridique, le ministère rappelle le cadre répressif : " Toute embauche d'un travailleur expatrié sans autorisation préalable constitue une infraction administrative grave conformément aux dispositions de l'Arrêté Ministériel n°075/CAB/MIN.ET/FMM/RK/10/2025 du 9/10/2025. "
"OCCUPATION PAR DES ETRANGERS D'EMPLOIS RESERVES AUX NATIONAUX INTERDITE"
Et de préciser également:" L'occupation par des étrangers d'emplois réservés aux nationaux est formellement interdite et expose les contrevenants à des sanctions, conformément aux dispositions de l'Arrêté départemental n°86/001 du 31 mars 1986. "
Cette offensive réglementaire s'inscrit dans le prolongement des instructions du Chef de l'État et de la Première ministre, et fait suite à une série de contrôles dans le secteur de l'emploi.
Selon le compte rendu du Conseil des ministres, sur 625 services privés de placement recensés, 402 évoluent dans l'irrégularité, en raison notamment de l'absence d'agrément, de contrats de travail, de couverture médicale, du non-respect du SMIG et du non-versement des cotisations sociales.
Face à cette situation, le Gouvernement a adopté un dispositif en deux étapes : un moratoire de 30 jours pour régularisation, suivi de la fermeture des structures défaillantes en cas de non-conformité.
À travers ces mesures, l'exécutif entend réaffirmer son autorité sur le marché de l'emploi, renforcer la protection des travailleurs nationaux et assainir durablement un secteur jugé stratégique pour l'économie congolaise.
Jérémie ASOKO