Dernière minute
Société
"Heureux l'homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants". Cette phrase est le début du Psaume 1:1 dans la Bible. Ce verset décrit l'homme heureux (ou bienheureux) comme celui qui évite l'influence des impies, ne suit pas le chemin des pécheurs et ne s'associe pas aux moqueurs. Bref, il…
Culture
Forum éco
Sport
Enjeux de l’heure
Rien ne laissait présager qu’un simple choix vestimentaire allait susciter un tel engouement. Pourtant, en l’espace de quelques heures, le motif du corsage en pagne porté par la Première ministre…
Étranger
La Suisse a affirmé, vendredi, qu’elle "considère l’initiative d’autonomie" présentée par le Maroc "comme base la plus sérieuse, crédible et pragmatique" pour la résolution du différend régional…
Nation
À 11e rue Limete, sur l’esplanade du siège de l’Alliance pour le Changement (A.Ch), la scène a des allures de démonstration politique. Marée humaine, ferveur militante et tonalité combative : pour…
Rentrée scolaire 2025-2026 : Des enseignants se sont pointés devant des bancs vides
La cloche de la rentrée de classes a résonné hier lundi matin dans les écoles de la République démocratique du Congo. Timide, la rentrée scolaire n'a pas connu d'engouement. Sans doute perturbée par des contraintes économiques et des rumeurs persistantes sur un éventuel report.
Au complexe scolaire Boulevard Lumumba, les pupitres sont restés désespérément vides dans plusieurs classes. Seuls quelques enfants, cartables sur le dos et regards timides, ont franchi le portail. Leur voix résonnait timidement dans l'immensité des salles de cours.
" Nous n'avons pratiquement pas assez d'élèves ce matin. Mais, nous espérons qu'à partir de l'après-midi et dans les prochains jours, la situation s'améliorera ", confie, avec un brin d'amertume, Jessé-Prescott Masela, chef d'établissement depuis neuf ans.
Pourtant, il n'a pas ménagé ses efforts. Réunions, campagnes de sensibilisation, discussions avec les parents et les enseignants : tout avait été mis en place pour assurer un départ serein. " Ne pas envoyer les enfants serait une erreur. Les cours ont officiellement commencé. Ceux qui restent à la maison risquent de prendre un retard difficile à rattraper ", insiste-t-il, visiblement partagé entre résignation et espoir.
DU BROUHAHA A L'ECOLE SAINT-AUGUSTIN
À l'opposé de ce tableau morose, l'école primaire Saint-Augustin, à Limete, offre une image rassurante. Dans la cour ensoleillée, le brouhaha des enfants tranche avec le silence d'autres établissements. Près de 600 élèves sur un millier d'inscrits ont répondu présents dès le premier jour.
Le directeur, le Père André Banga Malokango, ne cache pas sa satisfaction : " Nous sommes heureux de voir autant d'élèves. Les parents ont répondu à l'appel lancé par le ministère, malgré les bruits et les incertitudes qui circulaient. Ici, la rentrée est belle et bien effective. "
Dans les classes, les enseignants distribuent déjà les premiers cahiers, les enfants griffonnent leurs noms, et les pupitres s'animent ...
À l'institut Lumumba 1, le préfet Michel Fango-Fango Polamba, fort de ses 25 ans d'expérience, insiste sur la responsabilité partagée : " La rentrée ne se décrète pas seulement par le gouvernement, mais aussi par la volonté des parents. Les professeurs sont là, les salles sont prêtes. Les parents doivent faire leur part et envoyer leurs enfants. "
Même son de cloche à l'école Béré, où seulement 30 % des élèves ont pris place dans les salles. " D'habitude, nous atteignons au moins 50 % dès le premier jour. Cette fois, c'est différent. Peut-être la crise économique, peut-être les difficultés de transport. Mais nous demandons aux parents de ne pas retarder l'éducation de leurs enfants. Chez nous, les cours commencent dès aujourd'hui", nous a assuré le directeur Florent Kolonda Bambale.
Les visages fermés de parents racontent une autre réalité
Dans les ruelles menant aux écoles, les visages fermés des parents racontent une autre réalité : celle de la misère et du désespoir.
Mère de cinq enfants, Mme Judith lâche d'une voix brisée: " Faute de moyens, j'ai préféré envoyer deux enfants et garder les trois autres à la maison. On verra plus tard. "
Un autre parent, Joseph Ipapa, avoue avec résignation : " J'ai choisi d'attendre la semaine prochaine, le temps de trouver les fournitures scolaires. " Ce choix douloureux, répété dans des milliers de foyers, témoigne de l'écart grandissant entre le calendrier officiel et la capacité réelle des ménages à suivre.
À Kinshasa, des rumeurs persistantes de report de la rentrée ont semé le doute dans l'esprit de nombreux parents. Certains établissements, embarrassés par le manque d'élèves, ont même refusé d'ouvrir leurs portes aux caméras, préférant cacher la réalité : fissures dans les murs, bancs vides, saleté non nettoyée.
Mais, d'autres écoles ont choisi la transparence, accueillant sans problème journalistes et inspecteurs. Le constat est pourtant unanime : les enseignants sont présents, les programmes prêts, mais l'élan reste brisé par la peur, la pauvreté et l'incertitude.
"un baromètre social"
La rentrée scolaire 2025 dépasse le simple cadre d'un calendrier académique. Elle devient un baromètre social, révélant la fragilité économique des familles, la résilience des enseignants, et la nécessité d'une mobilisation nationale autour de l'éducation. Car, dans ce pays où l'école est perçue comme une arme contre la pauvreté, chaque rentrée manquée équivaut à une promesse trahie.
Pour l'heure, Kinshasa retient son souffle. Entre bancs vides et salles animées, la rentrée scolaire 2025 porte les stigmates d'un pays où envoyer un enfant à l'école reste un combat quotidien, mais aussi l'espérance fragile d'un avenir meilleur.
Jérémie ASOKO