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Nord Kivu : l’Ong Heal Africa appuie les audiences foraines duTribunal militaire de Garnison de Beni
Dans le cadre du projet de Prévention et de réponse aux violences basées sur le genre (PRVBG), financé par le Fonds Social de la RD Congo avec l’appui de la Banque Mondiale, l’Ong Heal Africa a appuyé la tenue du 12 au 24 septembre dernier, des audiences foraines du Tribunal militaire de Garnison de Beni dans la cité de Cantine, Zone de santé de Mabalako, à environ 45 km de la ville de Beni.
L’objectif de ces audiences foraines était de permettre au tribunal de traiter avec célérité les dossiers relatifs aux Violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG), de permettre aux survivantes d’obtenir justice, de rapprocher la justice des justiciables afin que cela serve de mesure dissuasive pour les auteurs et potentiels auteurs des actes de VSBG et réconforter les survivantes, leurs familles et les communautés affectées.
Des condamnations exemplaires
Ces audiences foraines permettent ainsi par les condamnations exemplaires et publiques de dissuader d’autres potentiels violeurs. Des résultats satisfaisants atteints : au total 18 jugements ou décisions de justice ont été rendues. Deux jugements d’acquittement et 16 de condamnation à des peines allant de 3 à 20 ans de servitude pénale. Ces dossiers sont longtemps restés en souffrance par le fait de l’élongation de la procédure et la multitude de dossiers en attente de traitement au Tribunal.
Ceci a permis d’appuyer financièrement et techniquement les audiences foraines des dossiers des violences sexuelles de la Clinique juridique de Mabalako pendants devant le Tribunal Militaire de Garnison de Beni. «Concrètement, en assurant le paiement des frais de procédure relative à la constitution de la partie civile, l’enrôlement de dossiers et les frais de transport et restauration pour les victimes aux audiences avec leurs témoins et dépendants, les frais de mission des juges et magistrats du Tribunal et des avocats des parties civiles et des Prévenus, le payement de frais d’huissariat et enfin le payement des frais de restauration et transport aux policiers d’escortes» explique Jacques Batenga , chef du projet PRVBG à l’Ong Heal Africa.
Cette deuxième audience foraine du Tribunal militaire de Garnison de Beni siégeant en matière répressive de violences basées sur le genre dans l’agglomération de Cantine a constitué une leçon pour la population locale qui y a assisté.
Rapprocher la justice des justiciables
«La tenue de ces audiences publiques à Cantine est un moyen de dissuasion pour la jeunesse pygmée face au viol dans nos communautés», a-t-il déclaré. Des propos soutenus par Jeannot, frère ainé à un prévenu acquitté : le viol est «un vrai fléau qu’il faut éradiquer à tout prix» pense le chef d’un groupe appartenant à la catégorie de populations autochtones, qui y voit une occasion d’avertir de ses pairs quant à la commission d’actes de violences basées sur le genre. «Condamner des bourreaux dans le milieu où l’infraction a été commisse permet de lancer un message fort contre l’impunité des VSBG à toute la communauté», a indiqué le Major Kalambay.
Ayant assisté au procès mettant en cause son cousin pour une affaire de viol, Wemba a appris. «Je n’avais jamais pensé qu’un individu de notre communauté pygmée pouvait être inquiété par la justice, cette expérience constitue pour moi une leçon». Et au père de l’incriminé d’ajouter, « ce sera une bonne leçon pour mes deux autres garçons et l’ensemble de la communauté, qui semblait banaliser les violences basées sur le genre.»
Faciliter les audiences foraines, venir en appui à la justice
Dans sa vision, Heal Africa privilégie toujours l’approche communautaire dans ses activités. Avec ses divers partenaires, l’organisation s’emploie à alléger le sort des communautés entières face aux violations graves des droits humains qui caractérisent l’Est de la RD Congo en proie à des conflits persistants depuis plusieurs décennies. Le viol est utilisé comme arme de guerre, détruit l’honneur et la dignité de la femme en même temps que son avenir.
Etant au centre de l’économie de son foyer, surtout en milieux ruraux, la femme ayant survécu à un viol, perd toute confiance en elle, se culpabilise, ne travaille plus le champ, et devient «inutile» pour sa famille et pour sa communauté.
Eu égard à l’étendue de ce fléau, la justice se retrouve submergée d’affaires à traiter, ce qui crée une accumulation et donc un retard dans le traitement de certaines causes. Pourtant, pour les victimes, savoir que les bourreaux sont sanctionnés contribue énormément à leur prise en charge qui se veut holistique à Heal Africa, intégrant une réponse médicale, un accompagnement psychosocial et un appui judiciaire.
C’est dans l’idée d’assurer une réponse globale dans la prise en charge des victimes que l’Ong et ses partenaires, en appui aux efforts du gouvernement, pour mettre fin à l’impunité des VSBG, facilite la tenue des audiences foraines, à travers le projet PRCBG. Pépé MIKWA/CP