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À New York, la RDC déploie son offensive diplomatique pour une place au Conseil de sécurité de l’ONU
La République démocratique du Congo a signé, le jeudi 15 mai, un chapitre clé de sa diplomatie contemporaine. En quête d’un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité pour la période 2026-2027, Kinshasa a dévoilé à la communauté internationale une feuille de route ambitieuse, portée par une volonté affirmée de jouer dans la cour des grands et de peser sur l’avenir de la gouvernance mondiale.
Dans une salle où se croisaient représentants permanents, diplomates aguerris et membres de la diaspora congolaise des États-Unis, la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, et l’ambassadeur itinérant Antoine Ghonda Mangalibi ont conduit cette cérémonie avec panache, distillant un message aussi dense que porteur d’espérance.
L’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies, a ouvert le bal avec une adresse pleine de reconnaissance et de détermination. Fidèle au cap fixé par le Président Félix Tshisekedi, il a réaffirmé l’ambition de la RDC de se hisser au rang des acteurs majeurs de la scène multilatérale. «La RDC est prête à mettre son expérience, son potentiel et son engagement au service de la paix et de la sécurité collective», a-t-il martelé devant un aréopage de diplomates et experts internationaux.
Esprit d'excellence et quête d'influence
Moment fort et empreint d’émotion : l’intervention inspirée d’Antoine Ghonda, ambassadeur itinérant du Chef de l’État, qui a convoqué la mémoire ancestrale pour donner sens à cette candidature. «Ko-ngo, dans nos langues, signifie aller vers le Léopard, cet animal sacré, symbole de vigilance, de dignité et de puissance maîtrisée». Une image puissante qui résume, à elle seule, l’esprit d’excellence et la quête d’influence que nourrit la RDC dans les arènes internationales.
Antoine Ghonda n’a pas fait dans la demi-mesure : il a décliné les axes majeurs de cette ambition congolaise, de la prévention des conflits à la gestion des ressources naturelles, en passant par la transition climatique et la gouvernance mondiale. La RDC entend être «au centre de l’action, et non à la périphérie des décisions», a-t-il insisté.
Sept priorités pour le mandat congolais
Thérèse Kayikwamba Wagner, dans une allocution audiovisuelle projetée à l’assistance, a présenté les sept priorités qui baliseront le mandat congolais si cette candidature aboutit :
Il y a notamment une gouvernance éthique et durable des ressources naturelles, pour que la richesse du sous-sol africain ne soit plus un piège mais un levier de prospérité partagée.
La deuxième priorité est le désarmement et la réinsertion des ex-combattants, un domaine où la RDC veut transformer son vécu douloureux en expertise utile aux processus de paix.
Un nouvel agenda pour la paix, plus agile, plus inclusif, pour repenser les opérations de maintien de la paix critiquées pour leur inefficacité constitue la troisième priorité.
On retiendra aussi la réforme du système de sécurité collective des Nations Unies pour mieux intégrer la voix des nations du Sud et des zones de crise chroniques, ainsi que la promotion de l’inclusion des femmes et de la jeunesse dans les négociations de paix et la gouvernance sécuritaire.
La transition climatique, où la RDC veut peser de tout son poids en tant que gardienne de la deuxième plus grande forêt tropicale du monde et la consolidation des droits humains et de la démocratie, fondations inébranlables d’une paix durable sont également les autres priorités.
Un soutien massif des etats d'afrique centrale
Cette candidature ne tombe pas du ciel. Officiellement déposée à Kinshasa le 17 décembre 2024, elle bénéficie d’un soutien massif des États d’Afrique Centrale, de l’Union Africaine et de l’ensemble des 55 chefs d’État africains. Un vote de confiance qui consacre le rôle stratégique de Kinshasa dans la recomposition diplomatique continentale.
La RDC n’en est pas à son coup d’essai : elle a déjà siégé deux fois au Conseil de Sécurité, en 1982-1983 et 1991-1992, et c’est justement en pleine guerre du Golfe que Kinshasa avait présidé cette instance prestigieuse. Un précédent historique que le contexte géopolitique actuel rend d’autant plus pertinent.
Le suspense prendra fin le 3 juin 2025, à New York, date à laquelle l’Assemblée générale de l’Onu procédera au vote pour les sièges non permanents du Conseil de sécurité. Deux places sont réservées au groupe Afrique, et la RDC figure parmi les favoris, grâce à une diplomatie volontariste et un projet solide qui conjugue ambition nationale et responsabilité collective.
Si cette élection tourne en sa faveur, ce serait un signal fort : celui du retour en force du Léopard sur la scène internationale et de la montée en puissance de l’Afrique dans la gouvernance mondiale. Une démonstration éclatante que les nations africaines peuvent désormais peser dans le concert des grandes puissances et y défendre leur vision du monde.
Jérémie ASOKO