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Le manioc : la solution inespérée face à la famine
Dans le tumulte d'un monde secoué par des crises géopolitiques et alimentaires majeures, certaines ressources longtemps reléguées au second plan retrouvent leur éclat et s'imposent comme des alternatives salvatrices. C'est le cas du manioc, ce tubercule tropical enraciné dans les traditions culinaires d'Afrique et d'Amérique du Sud, aujourd'hui remis au-devant de la scène internationale comme une denrée stratégique.
C'est ce message fort qu'a voulu transmettre l'Université de Kinshasa à travers une conférence de haut niveau organisée hier mardi 29 avril, dans la salle Monekosso, sous le thème provocateur : " Le manioc : une source de nutriments ou une bêtise ? ". Une rencontre scientifique, ponctuée d'échanges riches et constructifs entre chercheurs congolais et intervenants de Chine, du Cameroun et d'ailleurs, avec pour figure de proue la Professeure Marie-Claire Yandju Dembo, Secrétaire Générale en charge de la Recherche à l'UNIKIN.
Loin des idées reçues et des stéréotypes folkloriques, le manioc a longtemps été accusé, dans certains milieux, de " rendre bête " ou de provoquer des maladies neurologiques. Une perception erronée qu'a tenu à nuancer la Professeure Yandju Dembo avec rigueur et pédagogie. " Le manioc, lorsqu'il est mal préparé, peut effectivement provoquer des déficiences et des troubles de santé en raison de la présence naturelle de cyanures. Mais ce danger n'existe plus une fois le manioc correctement traité selon les techniques traditionnelles que nos ancêtres maîtrisaient parfaitement ", a-t-elle déclaré.
En vérité, loin d'être un simple tubercule de subsistance, le manioc est une source précieuse de nutriments. Riche en glucides complexes, il apporte une énergie durable. Sa composition en vitamines notamment les vitamines B1, B2, B3 et C et en minéraux tels que le potassium, le calcium et le magnésium, contribue au renforcement du système immunitaire, à la santé musculaire et au bon fonctionnement du système nerveux. On y trouve également des protéines végétales qui, bien que modestes en quantité, se révèlent précieuses pour les populations où l'accès aux protéines animales reste limité.
Le manioc, un substitut naturel à la farine de blé dans un contexte de crise mondiale
Depuis le déclenchement du conflit russo-ukrainien, les cours mondiaux de la farine de blé se sont envolés, provoquant des pénuries et une hausse alarmante des prix dans plusieurs pays africains, dépendants des importations. Face à ce déséquilibre, le manioc s'affirme aujourd'hui comme une alternative crédible et accessible. Transformé en farine panifiable, il permet de confectionner pains, gâteaux, beignets et biscuits, tout en réduisant la dépendance aux produits importés.
La Professeure Yandju Dembo, dans son plaidoyer passionné, a souligné que " le manioc, grâce à ses dérivés transformables localement, constitue une matière première stratégique pour l'avenir agro-industriel de la RDC ". Elle ajoute que sa valorisation peut favoriser la création d'emplois ruraux et urbains, relancer l'industrie locale et renforcer la souveraineté alimentaire du pays.
Des techniques traditionnelles de détoxification à la portée de tous
Au cœur de cette redécouverte se trouvent les techniques ancestrales de détoxification du manioc, transmises de génération en génération et aujourd'hui validées par la science. Le processus est simple, mais essentiel : il consiste à éplucher les tubercules, les découper en morceaux, les râper, puis les faire tremper dans une eau potable au pH supérieur à 5,5 pendant plusieurs heures ou jours, selon la variété. Les enzymes naturellement présentes dans le manioc catalysent la libération de cyanures, lesquels s'évaporent facilement à température ambiante sous forme d'acide cyanhydrique.
Ces pratiques permettent de ramener le taux de cyanure au seuil de tolérance recommandé par le Codex Alimentarius, rendant le manioc non seulement comestible mais aussi bénéfique pour la santé. " Ce savoir-faire existe depuis des siècles en RDC. Il ne reste plus qu'à le vulgariser et le promouvoir à grande échelle", a insisté la Professeure.
Un enjeu de souveraineté alimentaire et industrielle
Au-delà de ses vertus nutritionnelles, le manioc se profile comme un pilier du développement économique. En plus de la farine panifiable, il peut être transformé en amidon, utilisé dans l'industrie textile, pharmaceutique et agroalimentaire, ainsi qu'en biocarburant ou en produits cosmétiques. Ce potentiel économique pourrait générer des revenus considérables et améliorer les conditions de vie des populations rurales.
La Secrétaire Générale en Charge de le Recheche, Mme Yandju Dembo n'a pas manqué de rappeler qu'en misant sur le manioc, " la RDC peut réduire sa dépendance aux importations alimentaires, lutter efficacement contre la faim et les crises nutritionnelles, et impulser un développement industriel endogène basé sur les ressources locales ".
Un appel à la mobilisation collective
L'enthousiasme suscité par cette conférence, amplifié par les retours d'intervenants et de chercheurs du monde entier, prouve l'intérêt croissant pour cette ressource longtemps sous-estimée. La Professeure a reçu plus d'une cinquantaine de messages et propositions de collaboration en lien avec la valorisation du manioc.
Elle a lancé un vibrant appel à la mobilisation de tous les agriculteurs, les transformateurs, les entrepreneurs, les décideurs politiques et les médias doivent unir leurs forces pour repositionner le manioc comme un produit phare de la cuisine, de l'industrie et de la recherche scientifique.
" Le manioc n'est pas une bêtise. Il est l'avenir. Il est notre salut face aux défis alimentaires et économiques de ce siècle ", a-t-elle conclu sous une salve d'applaudissements nourris.
Jérémie ASOKO