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Le droit et la politique
Autant rappeler tout de go quelques fondamentaux de l’arsenal juridico-judicaire. La Cour constitutionnelle a le monopole de l’interprétation de la Constitution. Ses arrêts sont opposables à tous et ne sont susceptibles d’aucun appel. Pourquoi couronner cet abécédaire de la Haute cour, cette expression latine presqu’aussi vieille que l’ère post-Jésus-Christ mais qui n’a pas pris la moindre ride : dura lex, sed lex.
Il va donc sans dire que l’arrêt de la Haute cour appelant l’Assemblée nationale à poursuivre le processus de désignation des animateurs et d’installation des organes de la CENI se passe de tout commentaire. Juridiquement et judiciairement parlant.
Reste que la matière sur laquelle la Cour s’est prononcée charrie un versant politique qui ne se règle pas avec un coup de marteau du juge constitutionnel. En l’occurrence, il s’agit d’une part, du désaccord au niveau des « Pères spirituels » sur la personne présentée – par six de huit confessions- pour piloter la CENI. Deux mastodontes du champ confessionnel -CENCO et ECC- n’en finissant pas de brandir des « preuves » de déficit d’indépendance du candidat des six autres confessions religieuses.
D’autre part -et un peu suite au précédent- l’opposition parlementaire refuse de siéger au sein de la commission « paritaire » instituée à l’effet de plancher sur le « procès-verbal » des confessions religieuses. Et d’envoyer ses candidats à la Centrale électorale au motif d’absence de consensus.
Ce n’est pas tout. En dehors de l’espace parlementaire stricto sensu, Lamuka des « résistants » Fayulu et Muzito continue à en appeler à une CENI dépolitisée.
Pas donc besoin d’être spécialiste de la politique zaïro-congolaise pour inférer que le feu vert du haute cour à l’Assemblée nationale ne concerne que la forme. Le fond du problème demeure entier. A savoir, toutes ces hypothèques politiques sur le processus préélectoral avant même le démarrage de celui-ci.
Pour emprunter au lexique météorologique, il ne serait pas exagéré de parler d’un ciel lourdement nuageux sans la moindre éclaircie. L’ennui, c’est qu’aucun météorologue ne saurait prédire la nature de la flotte qui s’annonce : Une pluie fine ? Un orage ? Une averse ? Dans les deux derniers cas, gare aux pertes éventuelles en vies humaines et aux énormes dégâts comme Kinshasa en connaît au terme des pluies diluviennes.
Dans tous les cas, plutôt que d’opter pour la politique du camion anti-incendie ou de l’ambulance, il serait préférable d’agir en amont. Emile de Girardin n’a-t-il pas légué à la prospérité cette citation qui résiste autant au temps qu’à l’espace: « gouverner c’est prévoir et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte« … même avec l’arrêt de la Cour constitutionnelle en bandoulière. José NAWEJ