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La passion de Lumumba. La lignée des héros martyrs (suite & fin)
(Par Jean-Claude Matumweni Makwala, Professeur ordinaire)
Poursuivant notre série de réflexions sur Lumumba, nous abordons aujourd’hui, de manière plus détaillée, la première cause de la tragédie de Lumumba, en l’occurrence la causalité lointaine, macrohistorique. Cette causalité est liée à l’image ou au sens que le dominant, esclavagiste puis colonisateur, avait construite du dominé, notamment le Noir.
7. Simon Kimbangu (1887-1951)
Kimbangu est un dirigeant spirituel congolais, un prédicateur dans les années 1920. Baptisé par la Société des missionnaires baptiste (Baptist Missionary Society) en 1915, il est éduqué pour devenir catéchiste.
Son discours est d’abord religieux, et Kimbangu acquiert très vite la réputation de ressusciter les morts, de guérir différentes affections : il rend la vue aux aveugles, fait parler les sourds et muets, fait marcher les paralytiques et même, ressuscite les morts.
Mais très rapidement, son discours se fait nationaliste, d’autant plus que Kimbangu se réclame de Kimpa Vita, assassinée deux siècles plus tôt. Le 6 avril 1921, il affirme avoir reçu, à la suite d’une vision divine, la mission d’apporter aux Bantous un message nouveau, qui prédit leur libération sur un plan spirituel et physique, ainsi que l’indépendance du Kongo et la reconstitution du paradis dans l’Afrique centrale. Il déclare : « Un jour, l’homme blanc deviendra Noir et l’homme noir deviendra Blanc ».
Il suscite un sentiment anti-européen, ce qui alerte les missionnaires catholiques et protestants, puis les autorités belges. Elles finissent par l’arrêter et le juger pour sédition. Le 12 septembre 1921, il est condamné à mort. Le roi Albert Ier commue sa peine en réclusion à perpétuité, assortie de 120 coups de fouet.
Il purgera sa peine de prison dans le Katanga, à plus de 2000 kilomètres de sa province d’origine. Il y meurt après 30 ans d’emprisonnement.
8. Ruben Um Nyobè
Ruben Um Nyobè, surnommé « Mpodol » (celui qui porte la parole des siens), fut un leader politique camerounais. Il a connu la colonisation allemande puis française. Engagé dans la Jeunesse camerounaise française, puis au sein de l’Union des syndicats confédérés du Cameroun (USCC), il prit rapidement conscience des injustices que subissait son peuple.
Il co-fonde l’Union des populations du Cameroun (UPC) en 1948. Le parti prend une part très active dans la lutte pour l’indépendance. Charismatique, Um Nyobè développe la vision d’un Cameroun uni, indépendant et prospère. Ainsi, il dénonçait le tribalisme et les divisions imposées par le colonialisme.
Après le massacre des militants de l’UPC par l’armée coloniale en mai 1955, l’UPC est interdite et ses dirigeants traqués. Um Nyobè entre en clandestinité, tandis que son plus proche collaborateur, Félix Moumié, prend la route de l’exil. Nyobè restera caché pendant 3 ans jusqu’à la découverte de sa cachette dans la forêt le 13 septembre 1958. Pourchassé et sans arme, il sera froidement abattu de plusieurs balles dans le dos. Son corps sera traîné et, défiguré, sera exposé sur la place publique afin de servir de leçon.
A ces figures-là, les plus notoires on pourrait associer d’autres, notamment des chefs marrons : Ganga Zumba puis Zumbi au Brésil, les dirigeants marrons Bellaca, Roch, Panglose, Tatamaka et Caëtane, chefs de bandes fugitives entre 1797 et 1823 à Maurice, mais également de nombreuses autres figures, notamment féminines telle que Nzinga, reine du royaume de Ndongo et de Matamba dans l’actuel Angola.
Et la liste est loin d’être exhaustive.
Il faut ajouter des millions d’anonymes qui, soit soumis, soit révoltés, ont de tout temps recherché ou simplement rêvé de la liberté comme objet de quête.
Car les Nègres ne se laissèrent pas toujours mener comme des moutons à l’abattoir.
Certains se rebellèrent sur les navires qui les transportaient. Ainsi, le Répertoire des Expéditions négrières françaises au XVIIIe siècle de Jean Mettas et Serge Daget recense 3134 voyages de traite, dont 138 – soit 4,4 % – sont perturbés par une révolte des esclaves.
Philippe Haudrère dénombre 12 révoltes sur 13825 qui aboutirent à la libération d’esclaves, avec comme conséquence que « le récit de quelques-unes d’entre elles nourrit l’espoir des captifs et entretient l’inquiétude des matelots ».
Il est rapporté en outre le récit de 75 Ibos qui, en 1803, choisirent de se jeter dans la mer et de mourir noyés plutôt que d’être vendus comme esclaves. Ils étaient destinés à une rizière réputée pour sa brutalité.
Que nous enseignent ces récits ? Trois choses essentiellement :
D’abord, que la lignée des prédécesseurs de Lumumba, ces Nègres révoltés par leurs conditions et mus par la quête de la liberté, cette lignée donc est très longue.
Ensuite, que la réaction du dominant à leur quête a toujours été empreinte de violence, s’attaquant aux corps en vue de dissuader toute tentative de rébellion.
Des exemples d’extrême violence soumettant les corps aux pires souffrances y sont mentionnés, tels celui de Kimpa Vita et Makandal, livrés au bûcher, de Mvita Nkanga décapité et de tant d’autres encore, jusqu’à Lumumba, exécuté au bout d’une passion qualifiée de « Via Crucis » (Chemin de la croix) par Norbert Mbu Mputu.
Enfin, on note de manière récurrente la trahison de certains héros par leurs propres frères de race : Makandal trahi par les siens, de même que Toussaint Louverture, Behanzin, encore une fois jusqu’à Lumumba.
Par rapport à la tragédie du héros congolais, Joseph Mobutu, Damien Kandolo et Victor Nendaka comptent parmi ces personnes qui ont inscrit leurs noms sur la longue liste de ceux qui ont trahi leurs frères de race.
Rendez-vous au prochain épisode.
Pour approfondir le sujet notamment ses soubassements théoriques, nous vous invitons à consulter notre récent ouvrage : Ceci n’est pas qu’une dent, le tome 1 : Macrohistoire, biosémiopouvoir et passion des corps dans le récit des 52 derniers jours + 3, de Jean-Claude MATUMWENI MAKWALA.
(Footnotes)
1 MBU MPUTU, N., op. cit., p.59.
2 KASHAMURA, A. (1966), De Lumumba aux colonels, Paris, Buchet/Chastel, p.40.
3 Ibidem, p.161.
4 Ibidem, p.54.
5 Idem, p.9.
C’est l’auteur qui souligne.