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Mercredi 5 novembre 2025 - 10:18

La passion de Lumumba. La lignée des héros martyrs

(Par Jean-Claude Matumweni Makwala, Professeur ordinaire)

Poursuivant notre série de réflexions sur Lumumba, nous abordons aujourd’hui, de manière plus détaillée, la première cause de la tragédie de Lumumba, en l’occurrence la causalité lointaine, macrohistorique. Cette causalité est liée à l’image ou au sens que le dominant, esclavagiste puis colonisateur, avait construite du dominé, notamment le Noir.

Chercher les causes de la tragédie de Lumumba uniquement dans la contemporanéité, c’est-à-dire dans la toxicité des interactions qu’il a connues avec ses contemporains, comme le font les historiens en général, c’est ignorer cette autre causalité, sans doute plus déterminante, puisqu’elle forme le système.

Ce système avait ainsi contribué à un récit dans lequel l’oppresseur occupe le statut actantiel d’opposant, et l’oppressé, le statut de sujet d’une quête. Ce sont les rôles-clés du modèle actantiel. 

Il permet de poser l’hypothèse selon laquelle dans le déroulement de l’Histoire, les noms, les personnages, changent, mais les fonctions demeurent, tout comme dans les récits de fiction tels que les contes. 

Cette permanence actantielle signifie alors que tout au long de l’histoire, on peut observer une certaine régularité dans le déroulement du narratif sociétal (la société comprise comme un récit), avec une distribution de façon manifestement similaire entre différentes catégories de personnages, les uns et les autres remplissant quasi toujours les mêmes rôles. 

Par conséquent, tout au long de l’histoire, un traitement quasi identique sera administré aux différents personnages remplissant des rôles identiques. 

L’histoire renseigne de nombreuses occurrences de ce type de permanence.

Norbert Mbu Mputu répertorie ces « remakes » dans l’histoire africaine1 : il y aurait ainsi un parallélisme entre la chute de Gbagbo, l’assassinat de Kadhafi et la fin de L.-D. Kabila, lesquels présenteraient des similitudes avec la tragédie de Lumumba ; Sankara face à Mitterrand rappellerait le style de Lumumba le 30 juin 1960 devant le roi des Belges Baudouin Ier ; etc. 

Lumumba a ainsi été l’objet de tels rapprochements. 

Lui-même se comparait à Gandhi : « Je mourrai comme Gandhi, confie-t-il à Anicet Kashamura. Il faut un martyre pour libérer le pays. 2» 

Kashamura, lui, le compare tantôt à Robespierre, tantôt à Napoléon, tantôt à Spartacus : « Lumumba était l’homme des foules, sans idéologie, il avait le style d’un Robespierre et il employait les méthodes d’un Spartacus. 3» 

Quant à Ralph Bunch, représentant de Dag Hammarskjöld, il lui trouve « beaucoup de points communs avec Malcolm X »4. 

Jean-Claude Willame le compare à Fra Girolamo Savonarole (Italie, 1452-1498), qui « avait tenté d’installer à Florence une république de la vertu au relent vaguement démocratique. Ses outrances de langage, l’intransigeance de sa vision prophétique, fatiguèrent et écartèrent progressivement de lui les plus sages. » Il finit condamné au bannissement, arrêté puis déféré à l’Inquisition et enfin livré au bûcher en mai 1498. « A l’instar de ce qui se passa à la fin du quattrocento italien, Lumumba (…) baigne dans un état de crise manifeste où prédominent les rapports de force à l’état brut induits par l’effondrement brutal d’une longue période de sujétion coloniale (…). Comparable en cela à Savonarole, Lumumba fut aussi, en tant que Premier ministre, ce ‘’prophète désarmé’’ dont parle Machiavel, qui ne possédait comme ‘’armes de combat’’ qu’un discours flamboyant, qu’une tactique d’occupation du terrain offensive, mais sans recul et fréquemment intempestive, qu’un jet politique vague (sans ‘’bonnes lois’’ ni ‘’bonnes armes’’), qu’un entourage peu fiable et déconnecté de la réalité, qu’une franchise désarmante et sans artifices qui lui fut fatale. 5» 

Toutes ses similitudes traduisent tout simplement des rôles actantiels partagés.

Quels sont alors les personnages africains qui constituent une lignée avec Lumumba et se trouvent ainsi dans le même rôle que lui, celle de sujet poursuivant une quête précise : la liberté ?

Rappelons le schéma actantiel déjà évoqué :

Nous n’avons repris dans ce schéma que les personnages les plus connus. Aussi pouvons-nous écrire la longue équation suivante : Lumumba = Yanga = Mvita Nkanga = Kimpa Vita = Makandal = Toussaint Louverture = Behanzin = Simon Kimbangu = Um Nyobe = Félix Moumié = Thomas Sankara = Laurent-Désiré Kabila = Autres personnages notoires = Anonymes. 

Voyons, aujourd’hui, quelques-uns de ces personnages-sujets, ayant précédé Lumumba ou ayant vécu dans la même période que lui et qui constituent sa lignée.

 

1.    Gaspar Yanga (1545-1612)

Yanga fut un ancien esclave gabonais, vendu au milieu de l’année 1500. Affecté dans les plantations de canne à sucre à Vera Cruz au Mexique, il y mena une révolte d’esclaves en 1570 et vainquit les Espagnols en 1609.

Avec ses partisans, Yanga construisit une colonie que d’autres esclaves fugitifs rejoignaient pour vivre en liberté. Ils vécurent ainsi sans être inquiétés 30 ans durant. La communauté vivait de chasse, d’agriculture et d’élevage et de butin des rapines à l’occasion des attaques des caravanes de passage.

En 1618, l’Espagne fut contrainte à un accord. 

La cité construite par Yanga, jadis dénommée San Lorenzo de Negros de Cerralvo, fut baptisée de son nom et une fête y est célébrée en son honneur le 10 août de chaque année. Sa statue y a été érigée en 1970.

 

2. Mvita Nkanga (1636-1665)

Né à Mbanza-Kongo (capitale de Mbanza Kongo), Mvita Nkanga se distingua d’abord en tant que gouverneur de la province de Mpangu en combattant les «Jagas», des mercenaires africains qui ravitaillaient les Portugais installés à Luanda en esclaves capturés lors de leurs razzias.

Devenu roi à la suite de la mort de son père, il se fit remarquer par sa défiance envers l’Eglise catholique ainsi que son intransigeance pour la traitrise. 

Il fit exécuter son frère pour avoir empoisonné son père, ainsi que sa première épouse et son amant.

Opposé aux traités de paix conclus entre Kongo et la colonie portugaise de Luanda, il eut pour objectif la préservation de l’intégrité territoriale de Kongo et surtout sa souveraineté sur ses mines de cuivre. Il tentait par ailleurs de mettre fin au commerce des esclaves.

Cependant, quelques élites locales cherchant la protection du gouverneur de Luanda promettent à ce dernier d’indiquer l’emplacement des mines. 

Luanda devenant ainsi une vraie menace, Mvita Nkanga réunit ses forces et les gouverneurs des provinces alliées le 13 juillet 1665 pour, leur dit-il, « partir défendre nos terres, propriétés, enfants  et femmes, nos propres vies et nos libertés, dont la nation portugaise veut s’emparer pour les dominer ».

C’est pour la toute première fois dans l’histoire qu’un souverain africain organise une offensive contre les Portugais. 

Ce fut la bataille d’Ambuila dans l’actuel Angola le 29 octobre 1665, considérée comme l’une des plus grandes batailles de l’Afrique centrale avant la colonisation. 

Mais l’armée de Mvita Nkanga fut défaite par les Portugais et leurs alliés, notamment les mercenaires Jagas, conduits par un officier métis, Luis Lopes de Sequeira.

Le roi fut décapité et sa tête promenée dans la ville avant d’être enterrée dans une chapelle tandis que sa couronne et son sceptre étaient envoyés à Lisbonne comme trophées.

Malgré tout, Mvita Nkanga sera décrit comme «égal à un grand capitaine, l’homme le plus courageux à travers  les âges,  il marchait avant tout avec une machette (épée)». Il est reconnu comme incarnant la défense de la souveraineté Kongo et la lutte pour son unité. 

 

3. Kimpa Vita (vers 1684-1706)

Kimpa Vita naquit à Mbanza Kongo et fut baptisée sous le nom de Dona Beatriz. 

Son nom africain, Kimpa Vita, signifie «la jumelle née de la guerre», car elle naît et grandit dans un climat de guerre civile permanente qui secoue le royaume pendant près de 20 ans. 

Deux causes sont à l’origine de cette guerre : d’un côté, les conflits de succession et de l’autre, la volonté de conquête des Portugais, désireux de contrôler totalement le territoire afin de préserver leur activité de la traite esclavagiste.

Kimpa Vita est la symbiose de la théologie catholique et de la spiritualité africaine, formée comme nganga marinda, autrement dit un médium permettant à la communauté de résoudre les problèmes surnaturels. 

A vingt ans, elle annonce avoir été visitée par saint Antoine de Padoue, un prêtre franciscain portugais du XIIIe siècle canonisé par l’Église catholique pour ses guérisons et ses miracles. 

Le saint l’aurait investie de la divine mission de réunifier le royaume autour de son ancienne capitale São Salvador, nouvelle Jérusalem.

A ce syncrétisme, elle ajoute un discours de fierté noire appelé à un grand avenir. 

Elle professe le caractère béni de la race noire, et propose ni plus ni moins que l’africanisation du christianisme. 

Selon ses enseignements, Jésus est Noir, qu’il serait né à Mbanza Kongo. Par conséquent, la Terre Sainte est située au Kongo. 

Son mouvement, l’antonianisme, prend de l’ampleur et finit par compter plus de 800.000 fidèles. 

Son discours, qui s’oppose aux missionnaires européens, accusés de sorcellerie, attire le courroux de la hiérarchie catholique. Kimpa Vita a en outre adopté des pratiques jugées blasphématoires et hérétiques par la hiérarchie catholique : l’Ave Maria et le jeûne en Carême sont interdits, la polygamie est agréée, outre le fait qu’elle pratique la rémission des péchés par l’exposition à la pluie etc. 

Ses ennemis cherchent alors un prétexte pour la faire tuer. 

L’occasion leur est fournie lorsque Kimpa Vita met au monde un enfant : ils contestent alors sa sainteté et répriment son mouvement avec le soutien du roi Pierre IV. 

Arrêtée, jugée et condamnée, Kimpa Vita est brûlée au bûcher le 2 juillet 1706 avec son compagnon et son enfant dans les bras. 

Elle n’est alors âgée que de 22 ans.

 

4. François Makandal (+1758)

Le prochain sujet de quête de liberté est originaire du royaume Kongo, mais que les aléas des razzias esclavagistes nous obligent à retrouver à Saint Domingue.

Son nom est François Mackandal ou «Makanda». 

Il est esclave sur une propriété de Saint Domingue. 

Il perd une de ses mains dans un moulin à cannes. 

La légende raconte qu’ayant séduit une jeune esclave noire dont son maître était également épris, Mackandal aurait été soumis à des maltraitances, ce qui l’a obligé à fuir la propriété. 

Il reste dans le marronnage et demeure insaisissable pendant dix-huit ans.

Commence alors sa période de répression contre les maîtres esclavagistes français. 

Il est grand connaisseur de poisons préparés à partir de plantes. Il les distribue aux esclaves, chargés de les mélanger aux boissons ou aux aliments des Français. 

Devenu un chef charismatique, Makandal unit les bandes d’esclaves marrons et  crée un réseau d’organisations secrètes dans les plantations. 

La nuit, des actions sont menées par des esclaves qui tuent leurs propriétaires et vont grossir les rangs de ses fidèles.

Mais, trahi par l’un des siens, il est capturé, jugé et condamné à mort. 

Il est condamné au bûcher et brûlé vif sur la place publique du Cap-Français le 20 janvier 1758.

 

5. Toussaint Louverture (1743-1803)

Il serait fils d’un chef africain du Bénin déporté comme esclave. Ayant appris à lire, il semble que sa conscience aurait été éveillée par un passage de l’Histoire des Deux Indes de l’abbé Raynal déclarant : « Il ne manque aux nègres qu’un chef assez courageux pour les conduire à la vengeance et au courage. Où est-il, ce grand homme que la nature doit peut-être à l’honneur de l’espèce humaine ? Où est-il, ce Spartacus nouveau qui ne trouvera point de Crassus ? Alors disparaîtra le Code noir. Et que le Code blanc sera terrible, si le vainqueur ne consulte que le droit des représailles. »

A la suite de l’insurrection des esclaves du Bois-Caïman la nuit du 22 au 23 août 1791, Toussaint rejoint les insurgés. 

Il fait preuve de courage et démontre des grands talents de stratège, enfonçant les brèches, ce qui lui vaut le surnom de Louverture. 

Après un passage dans le camp des Espagnols qui combattent la France et l’ont propulsé général mais ne consentent guère à abolir l’esclavage, Toussaint rejoint le camp républicain. Il parvient à chasser les Anglais puis devient gouverneur de la colonie.

En France, le premier consul Bonaparte est irrité par les velléités autonomistes de Toussaint. 

Il envoie sur l’île le général Leclerc avec une troupe de 25.000 hommes. 

Toussaint est dénoncé par un de ses seconds, Jean-Jacques Dessalines puis arrêté et incarcéré au fort de Joux, dans le Jura, l’un des endroits les plus froids de la France. Il y tombera malade et finira par mourir.

Sur place à Saint Domingue, un nouveau soulèvement a lieu en raison du rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe. 

Les troupes, conduites cette fois par Dessalines et Christophe viennent à bout de celles de Leclerc et le 1er janvier 1804, Haïti proclame son indépendance.

 

6. Behanzin (1845-1906)

Behanzin, né Kondo, était descendant du roi Guézo. 

Son père, Glélé, avait rejeté l’idée d’un protectorat accordant des droits aux Portugais sur les terres de Ouidah, jugeant inacceptable de laisser les Européens s’accaparer des terres des Africains.

Glélé, le père de Behanzin, affirmait qu’« Il vaut mieux que chaque Nation gouverne ses terres. Les Blancs avec les leurs et leurs rois et moi, Roi du Dahomey avec les miennes.».

Behanzin suivit cette ligne de conduite. Devenu roi, il fut confronté au tout premier affrontement entre les troupes dahoméennes et françaises. 

Cotonou fut bombardé, et les autorités dahoméennes furent emprisonnées à Porto-Novo. 

En guise de réponse, Béhanzin captura 8 ressortissants français et proposa d’échanger leur liberté contre celle des siens. 

Il protesta par écrit auprès du président français à propos du mauvais jeu des Français, qui était de connivence avec le roi de Porto-Novo, tout en soulignant son désir de paix.

Mais le ton était assez ferme, 

« Ce n’est pas à la France que nous faisons la guerre, c’est au Roi de Porto-Novo. »,

« Quant à Cotonou, jamais nous l’avons donné et nous ne céderons. ».

Ou encore, dans une autre lettre : « Si vous n’êtes pas contents de ce que je vous dis, vous n’avez qu’à faire ce que vous voudrez, quant à moi je suis prêt. Vous pouvez venir avec vos troupes ou bien descendre pour me faire une guerre acharnée. ». 

Puis : « La première fois, je ne savais pas faire la guerre, maintenant je sais. Si vous commencez la guerre, j’ai des troupes prêtes pour cela. J’ai tant d’hommes qu’on dirait des vers qui sortent des trous. Je suis le Roi des Noirs et les Blancs n’ont rien à voir à ce que je fais. »

Le gouvernement français, qui manifestement cherchait un prétexte, déclara la guerre  au Dahomey.

Le pays résista 14 mois, puis vaincu, son palais brûlé et ses trésors pillés, Béhanzin fut déporté en Martinique.

 

7. Simon Kimbangu (1887-1951)

Kimbangu est un dirigeant spirituel congolais, un prédicateur dans les années 1920. Baptisé par la Société des missionnaires baptiste (Baptist Missionary Society) en 1915, il est éduqué pour devenir catéchiste. 

Son discours est d’abord religieux, et Kimbangu acquiert très vite la réputation de ressusciter les morts, de guérir différentes affections : il rend la vue aux aveugles, fait parler les sourds et muets, fait marcher les paralytiques et même, ressuscite les morts. 

Mais très rapidement, son discours se fait nationaliste, d’autant plus que Kimbangu se réclame de Kimpa Vita, assassinée deux siècles plus tôt. Le 6 avril 1921, il affirme avoir reçu, à la suite d’une vision divine, la mission d’apporter aux Bantous un message nouveau, qui prédit leur libération sur un plan spirituel et physique, ainsi que l’indépendance du Kongo et la reconstitution du paradis dans l’Afrique centrale.  Il déclare : « Un jour, l’homme blanc deviendra Noir et l’homme noir deviendra Blanc ».

Il suscite un sentiment anti-européen, ce qui alerte les missionnaires catholiques et protestants, puis les autorités belges. Elles finissent par l’arrêter et le juger pour sédition. Le 12 septembre 1921, il est condamné à mort. Le roi Albert Ier commue sa peine en réclusion à perpétuité, assortie de 120 coups de fouet. 

Il purgera sa peine de prison dans le Katanga, à plus de 2000 kilomètres de sa province d’origine. Il y meurt après 30 ans d’emprisonnement. 

 

8. Ruben Um Nyobè

Ruben Um Nyobè, surnommé « Mpodol » (celui qui porte la parole des siens), fut un leader politique camerounais. Il a connu la colonisation allemande puis française. Engagé dans la Jeunesse camerounaise française, puis au sein de l’Union des syndicats confédérés du Cameroun (USCC), il prit rapidement conscience des injustices que subissait son peuple.

Il co-fonde l’Union des populations du Cameroun (UPC) en 1948. Le parti prend une part très active dans la lutte pour l’indépendance. Charismatique, Um Nyobè développe la vision d’un Cameroun uni, indépendant et prospère. Ainsi, il dénonçait le tribalisme et les divisions imposées par le colonialisme.

Après le massacre des militants de l’UPC par l’armée coloniale en mai 1955, l’UPC est interdite et ses dirigeants traqués. Um Nyobè entre en clandestinité, tandis que son plus proche collaborateur, Félix Moumié, prend la route de l’exil. Nyobè restera caché pendant 3 ans jusqu’à la découverte de sa cachette dans la forêt le 13 septembre 1958. Pourchassé et sans arme, il sera froidement abattu de plusieurs balles dans le dos. Son corps sera traîné et, défiguré, sera exposé sur la place publique afin de servir de leçon.

A ces figures-là, les plus notoires on pourrait associer d’autres, notamment des chefs marrons : Ganga Zumba puis Zumbi au Brésil, les dirigeants marrons Bellaca, Roch, Panglose, Tatamaka et Caëtane, chefs de bandes fugitives entre 1797 et 1823 à Maurice, mais également de nombreuses autres figures, notamment féminines telle que Nzinga, reine du royaume de Ndongo et de Matamba dans l’actuel Angola. 

Et la liste est loin d’être exhaustive.

Il faut ajouter des millions d’anonymes qui, soit soumis, soit révoltés, ont de tout temps recherché ou simplement rêvé de la liberté comme objet de quête. 

Car les Nègres ne se laissèrent pas toujours mener comme des moutons à l’abattoir. 

Certains se rebellèrent sur les navires qui les transportaient. Ainsi, le Répertoire des Expéditions négrières françaises au XVIIIe siècle de Jean Mettas et Serge Daget recense 3134 voyages de traite, dont 138 – soit 4,4 % – sont perturbés par une révolte des esclaves. 

Philippe Haudrère dénombre 12 révoltes sur 13825 qui aboutirent à la libération d’esclaves, avec comme conséquence que « le récit de quelques-unes d’entre elles nourrit l’espoir des captifs et entretient l’inquiétude des matelots ». 

Il est rapporté en outre le récit de 75 Ibos qui, en 1803, choisirent de se jeter dans la mer et de mourir noyés plutôt que d’être vendus comme esclaves. Ils étaient destinés à une rizière réputée pour sa brutalité.

 

Que nous enseignent ces récits ? Trois choses essentiellement :

D’abord, que la lignée des prédécesseurs de Lumumba, ces Nègres révoltés par leurs conditions et mus par la quête de la liberté, cette lignée donc est très longue.

Ensuite, que la réaction du dominant à leur quête a toujours été empreinte de violence, s’attaquant aux corps en vue de dissuader toute tentative de rébellion.

Des exemples d’extrême violence soumettant les corps aux pires souffrances y sont mentionnés, tels celui de Kimpa Vita et Makandal, livrés au bûcher, de Mvita Nkanga décapité et de tant d’autres encore, jusqu’à Lumumba, exécuté au bout d’une passion qualifiée de « Via Crucis » (Chemin de la croix) par Norbert Mbu Mputu.

Enfin, on note de manière récurrente la trahison de certains héros par leurs propres frères de race : Makandal trahi par les siens, de même que Toussaint Louverture, Behanzin, encore une fois jusqu’à Lumumba. 

 

Par rapport à la tragédie du héros congolais, Joseph Mobutu, Damien Kandolo et Victor Nendaka comptent parmi ces personnes qui ont inscrit leurs noms sur la longue liste de ceux qui ont trahi leurs frères de race.

Rendez-vous au prochain épisode.

 

Pour approfondir le sujet notamment ses soubassements théoriques, nous vous invitons à consulter notre récent ouvrage : Ceci n’est pas qu’une dent, le tome 1 : Macrohistoire, biosémiopouvoir et passion des corps dans le récit des 52 derniers jours + 3, de Jean-Claude MATUMWENI MAKWALA.

 

 

 

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