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La coopération Chine-Afrique accélère sa transformation économique à travers des succès concrets
Des entrepreneurs africains qui bâtissent leurs entreprises en Chine, des filières agricoles modernisées au Kenya et des innovations rizicoles qui transforment Madagascar : la coopération économique entre la Chine et l'Afrique franchit une nouvelle étape. Réunies lors de la 4ᵉ Exposition économique et commerciale Chine-Afrique (CAET), organisée à Changsha, dans la province chinoise du Hunan, ces expériences illustrent une relation de plus en plus tournée vers l'investissement, le transfert de compétences et le développement partagé.
Au-delà des statistiques record du commerce sino-africain, l'événement a mis en lumière des parcours humains qui témoignent de l'évolution du partenariat. Trois histoires, venues du Bénin, du Kenya et de Madagascar, résument à elles seules l'ambition d'une coopération qui ne se limite plus aux échanges commerciaux, mais s'étend à l'entrepreneuriat, à l'industrialisation et à la sécurité alimentaire.
La première est celle de Jolly, un jeune entrepreneur béninois de 26 ans installé à Changsha. Arrivé en Chine il y a cinq ans pour poursuivre ses études, il a vu son destin basculer grâce au lancement, en 2023, d'un visa spécial d'entrepreneuriat destiné aux étudiants étrangers dans la province du Hunan. Premier bénéficiaire de ce dispositif dans la zone franche de Changsha, il a créé une entreprise spécialisée dans l'exportation d'équipements agricoles et d'outils fabriqués en Chine vers plusieurs pays africains. Son portefeuille de contrats atteint déjà près de 300 000 dollars.
CRÉER UN INCUBATEUR DESTINÉ AUX JEUNES ENTREPRENEURS
L'entrepreneur entend désormais profiter de l'élargissement de la politique chinoise de zéro droit de douane accordée aux 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec Pékin pour ouvrir le marché chinois aux produits béninois, notamment les noix de cajou et le coton. Son ambition dépasse toutefois le cadre commercial : il souhaite créer un incubateur destiné aux jeunes entrepreneurs africains et accompagner les entreprises chinoises désireuses d'investir sur le continent.
La deuxième illustration de cette coopération prend la forme d'un produit aussi modeste que stratégique : les anchois kenyans. Présentés lors de la foire commerciale de Changsha, ces petits poissons transformés sont devenus l'un des produits les plus appréciés des visiteurs.
Derrière cette réussite se cache un partenariat industriel engagé depuis plusieurs années.
En 2018, le groupe chinois Jinzai Food a investi 50 millions de yuans dans une usine de transformation des produits de la mer au Kenya. L'entreprise y a modernisé les infrastructures, formé des centaines de travailleurs locaux et instauré des normes de contrôle de qualité. Cette initiative a permis au Kenya de mieux valoriser ses ressources halieutiques tout en développant une nouvelle filière d'exportation vers la Chine.
En 2024, les échanges agricoles entre la Chine et l'Afrique ont ainsi dépassé 70 milliards de yuans, un niveau inédit qui confirme la montée en puissance du partenariat.
Enfin, la coopération sino-africaine s'illustre aussi dans le domaine agricole. À Madagascar, l'agronome chinois Hu Yuefang poursuit depuis plus de quinze ans une mission qui a profondément transformé la riziculture locale.
Arrivé en 2008 dans le cadre d'un programme de coopération agricole, il a participé au développement de cinq variétés de riz hybride adaptées aux conditions malgaches, dont les rendements atteignent jusqu'à trois fois ceux des variétés traditionnelles.
PRÈS DE 90 000 HECTARES CULTIVÉS AVEC DU RIZ HYBRIDE
Au-delà de la recherche scientifique, l'expert chinois a parcouru les campagnes malgaches pour former directement les agriculteurs aux nouvelles techniques culturales.
Plus de 2 000 producteurs ont bénéficié d'une formation spécialisée, tandis que des dizaines de milliers d'autres ont été sensibilisés à ces méthodes. Aujourd'hui, près de 90 000 hectares sont cultivés avec du riz hybride à Madagascar, contribuant à renforcer la sécurité alimentaire du pays.
Interrogé sur les raisons de son engagement de longue date en Afrique, Hu Yuefang résume l'esprit de cette coopération en une phrase : "Le riz hybride a aidé à nourrir la Chine ; je veux qu'il aide aussi à nourrir l'Afrique."
À travers ces trajectoires, la coopération économique sino-africaine change de dimension. Elle ne se résume plus aux infrastructures ou aux échanges de matières premières. Elle favorise désormais l'émergence d'entrepreneurs africains, accompagne la modernisation des chaînes de valeur locales et encourage le transfert de technologies. Autant de signes d'un partenariat qui ambitionne de faire de la croissance économique un moteur partagé entre la Chine et le continent africain.
Didier KEBONGO