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Kinshasa: entre bière et prière : que reste-t-il à la jeunesse congolaise ?
Kinshasa. Ville bouillante, ville insomniaque. Ici, du lundi au lundi, les bars restent pleins, les églises retentissent de cantiques et de prières enflammées. Deux mondes parallèles mais étrangement complices, offrant à la jeunesse kinoise un seul et même horizon : boire pour oublier ou prier pour espérer. Entre la bière et l'intercession, la capitale congolaise semble avoir perdu le sens de l'équilibre social, de l'investissement utile, de l'accompagnement structurant.
Dans une vidéo devenue virale, on voit un Blanc très barbu en train d'interpeller les Kinois sur leur propension maladive à la bière et à la prière. Une interpellation qu'il a dresse également aux autorités congolaises qui ne songent jamais à assurer l'avenir de la jeunesse de leur pays.
Il suffit d'arpenter les rues de Matonge, longer les couloirs de Mandiakoko, passer par Kapela à Yolo ou flâner du côté de Masina pour le constater : les bars poussent plus vite que les écoles de formation. De l'autre côté, les églises, prolifiques et omniprésentes, se comptent par centaines, sans que l'on puisse en mesurer la réelle contribution sociale au-delà des collectes dominicales.
La question est simple, mais lourde de sens : où sont les centres de formation pour cette jeunesse abandonnée à elle-même ? Où sont ces lieux où un jeune peut apprendre à manier une truelle, réparer un tableau électrique, réaliser une coupe de cheveux impeccable ou monter un business de pâtisserie ? Combien de gamins errent, bouteille à la main ou bible sous le bras, faute d'une main tendue qui leur offre une compétence, un outil, un métier, un espoir concret ?
La jeunesse congolaise mérite mieux que ce choix stérile entre la boisson et la prière. Elle mérite de vivre, pas simplement de survivre. De remplir son frigo sans avoir à tendre la main, de payer son loyer sans s'humilier, de fonder un foyer digne, sans rêve de pirogue vers des mers incertaines.
Il est temps que les propriétaires de bars, riches des verres servis chaque soir, consacrent une soirée hebdomadaire à organiser des rencontres entre patrons et jeunes désœuvrés, à créer des ponts vers des jobs d'été, des stages, des contrats saisonniers. Que les églises, grasses des dîmes et offrandes, ouvrent des centres de formation gratuits pour offrir à leurs fidèles autre chose que des promesses d'au-delà.
Car un peuple qui oublie sa jeunesse est un peuple qui abdique son avenir. Kinshasa doit arrêter de croire que prier et boire suffisent à canaliser l'énergie d'une génération. La jeunesse kinoise veut vivre, aimer, travailler et écrire son histoire ici, sur cette terre, dans ce pays. Elle veut de l'action, des opportunités, du concret.
Alors, jeunesse congolaise, réclame ton droit à l'espoir actif, exige que les adultes t'offrent mieux que des chaises en plastique dans des bars bondés ou des bancs en bois dans des chapelles surchauffées. Il est temps pour toi de vivre. Pleinement. Chez toi.
Bonne nuit Kinshasa. Demain commence aujourd'hui.
Jérémie ASOKO