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Kinshasa : après la pluie, le "déluge" !
L'adage veut qu'après la pluie vienne le beau temps. À Kinshasa, la réalité est tout autre. Ici, chaque averse ravive une angoisse collective. Malgré les efforts annoncés de l'autorité urbaine, la pluie continue de rimer avec chaos, donnant corps à cette formule restée célèbre: "Après moi, c'est le déluge".
Dès les premières gouttes, la capitale congolaise vacille. Hier mardi 23 décembre, après la pluie qui s'est abattue sur Kinshasa, les rues se sont transformées en rivières improvisées et les avenues sont devenues impraticables. Marcher sans vaciller relevait de l'exploit. Il n'y a souvent plus d'endroit sûr où poser le pied. La boue envahit l'espace public, comme au marché de Matete, au Rond-point Ngaba et sur différentes artères de la ville de Kinshasa. Les caniveaux, obstrués par des déchets de tous genres (bouteilles en plastique, sachets, immondices) refusent d'absorber les eaux de pluie.
À chaque saison pluvieuse, le même scénario se répète. Les eaux stagnantes débordent, envahissent les artères principales et les quartiers périphériques, accélérant l'érosion des sols. Des avenues se dégradent, des murs cèdent, des habitations s'effondrent, des têtes d'érosion se forment… Et, trop souvent, le bilan humain vient rappeler la gravité de la situation.
Ces catastrophes ne sont pas uniquement le fait de la nature. Elles révèlent aussi les fragilités structurelles de la ville, aggravées par l'incivisme et l'insuffisance de systèmes d'assainissement. Les déchets, jetés dans les caniveaux, finissent par bloquer l'écoulement des eaux, transformant une pluie ordinaire en une véritable menace pour les populations.
Entre efforts publics et responsabilité citoyenne
Les autorités urbaines multiplient pourtant les opérations de curage des caniveaux, de salubrité publique et de sensibilisation. Mais sur le terrain, les résultats peinent à s'imposer durablement. Quelques jours suffisent après ces opérations pour voir les canaux à nouveau obstrués.
Pour de nombreux Kinois, le constat est amer : sans une implication réelle de tous, aucune action ponctuelle ne pourra contenir les effets dévastateurs des pluies. "Tant que chacun continuera à jeter ses déchets n'importe où, la ville restera vulnérable", confie un habitant de Ndanu, témoin régulier des inondations dans son quartier.
À Kinshasa, l'assainissement ne peut plus être perçu comme la seule affaire des autorités. Il doit devenir un impératif citoyen, un réflexe quotidien, quel que soit le quartier ou le niveau social. La propreté urbaine, la gestion responsable des déchets et le respect des infrastructures publiques constituent aujourd'hui des enjeux vitaux.
Car, à chaque pluie, c'est toute la ville qui retient son souffle. Et tant que les comportements ne changeront pas, Kinshasa continuera de subir, saison après saison, les conséquences d'un déluge devenu tristement prévisible.
Jérémie ASOKO