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Katumbi exige justice et vérité sur la mort de Chérubin Okende
* "L'honneur de la République est en jeu", estime-il
Deux ans, jour pour jour, après la mort tragique de Chérubin Okende, ancien ministre des Transports et député national, " la vérité demeure ensevelie sous les décombres de l'oubli ", s'alarment ses proches. Pour Moïse Katumbi, son ancien allié politique et président du parti Ensemble pour la République, le silence qui entoure ce drame constitue une blessure ouverte dans la conscience nationale. Dans un message publié, hier dimanche, sur ses réseaux sociaux, l'opposant exige justice et désigne sans détour un "crime d'État " qui, selon lui, " met en jeu l'honneur de la République ".
Le 13 juillet 2023, le corps sans vie de Chérubin Okende avait été retrouvé à l'intérieur de sa jeep, stationnée sur l'avenue des Poids-Lourds dans la commune huppée de la Gombe à Kinshasa. Sa chemise blanche ensanglantée, ceinture attachée, un pistolet à ses côtés. Selon les témoignages de ses proches quelques heures plus tôt, il avait disparu alors qu'il était attendu à la Cour constitutionnelle pour une déclaration de patrimoine.
L'événement avait secoué le pays et plongé le monde politique dans la stupeur. Deux ans plus tard, la version officielle des faits un suicide continue d'être vigoureusement contesté par ses proches, sa famille et ses compagnons de lutte politique.
Moïse Katumbi, visiblement encore meurtri par la perte de son porte-parole et fidèle collaborateur, a choisi ce triste anniversaire pour interpeller la conscience collective.
" Aucun hommage, aussi sincère soit-il, ne saurait se substituer à la vérité. Justice doit lui être rendue. Toute la lumière doit être faite sur les circonstances de sa mort. Parce qu'un crime d'État ne devrait pas se refermer sous le poids de l'oubli. Parce que l'honneur de la République est en jeu. "
Impunité systématique
L'ancien gouverneur du Katanga ne cache pas sa colère face à ce qu'il perçoit comme une volonté manifeste d'étouffer l'affaire. Pour lui, au-delà du cas Okende, c'est la question de l'impunité systémique en RDC qui est mise à jour.
" Ses enfants, sa famille, ses proches ont droit à la vérité. La Nation aussi. Mettre fin à l'impunité, c'est aussi ouvrir une voie incontournable vers la réconciliation. Sans justice, aucune paix durable ne pourra s'enraciner dans le pays. ", déplore-t-il.
Les premières heures, la famille et les proches du défunt avaient réclamé une enquête internationale pour faire toute la lumière sur les faits. Le gouvernement avait alors promis une enquête mixte, réunissant experts congolais, sud-africains, belges, ainsi que le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'homme.
Mais les conclusions livrées quelques semaines plus tard par le procureur général près la cour de Cassation Firmin Mvonde évoquant un suicide ont jeté l'opprobre sur la procédure. L'arme aurait été " manipulée par le défunt lui-même ". Une affirmation que beaucoup ont rejetée au vu des circonstances.
Frida Okende, fille du défunt, a pris la parole dans une lettre ouverte récemment rendue publique en marge de ce deuxième anniversaire du décès de son père. Elle y appelle le président de la République à reconsidérer le dossier avec un regard "impartial et humain ", en s'appuyant sur les valeurs de justice qu'il prétend incarner. La douleur reste vive dans cette famille privée à la fois d'un père, d'un mari et d'une vérité.
Claudel Lubaya : "Silence et injustice "
L'ancien député national, Claudel Lubaya s'est aussi exprimé à l'approche de cet anniversaire douloureux. Dans un message publié le 12 juillet, il dénonce " le silence et l'injustice " qui continuent d'envelopper cette affaire. Il pointe du doigt l'absence de publication des résultats d'autopsie, le silence des experts étrangers associés à l'enquête, et l'inaction de la justice congolaise. " La République ne peut pas continuer à regarder ailleurs", martèle-t-il.
Des obsèques 8 mois après
Ce n'est qu'en mars 2024, huit mois après le décès, de Chérubin Okende que ses obsèques ont pu être organisées à Kinshasa. À l'hôpital du Cinquantenaire, puis à la cathédrale Notre-Dame du Congo, des centaines de personnes étaient venues saluer, une dernière fois, la mémoire de cet homme dont le nom reste synonyme d'élégance politique et de rigueur morale.
Le cardinal Fridolin Ambongo avait présidé la cérémonie religieuse. Moïse Katumbi, de retour exceptionnellement pour la circonstance, était présent, aux côtés de nombreux cadres de l'opposition.
Deux ans après, les fleurs déposées sur la tombe de Chérubin Okende ne suffisent pas à apaiser les cœurs. Ce que demande la Nation, c'est la vérité. Ce que réclament les siens, c'est la justice. Et ce que rappelle Katumbi, c'est que l'oubli ne peut jamais être une solution.
Christian-Timothée MAMPUYA