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Jean-Marc Kabund annonce une marche le 15 décembre pour exiger un dialogue politique
Après un long silence imposé par deux années et demie de détention à la prison centrale de Makala, Jean-Marc Kabund a renoué, hier mardi, avec la scène politique congolaise. L'ancien bras droit du président Félix Tshisekedi, désormais à la tête du parti Alliance pour le Changement (A.Ch) et de la Coalition de la Gauche Congolaise (CGC), a tenu une conférence de presse au ton grave, où il a dressé un état des lieux préoccupant du pays et annoncé une marche pacifique le 15 décembre prochain à Kinshasa pour exiger la tenue d'un dialogue politique national.
Devant la presse nationale et internationale, Jean-Marc Kabund a d'abord tenu à saluer les médias pour leur "résilience face aux pressions" avant d'exprimer, d'une voix posée, sa volonté de dépasser le passé.
"Je ne nourris ni amertume ni ressentiment, car la haine enchaîne tandis que le pardon libère", a-t-il déclaré, citant Nelson Mandela comme source d'inspiration.
Ce ton d'apaisement n'a pas pour autant dissimulé l'inquiétude de l'opposant quant à la situation politique, sociale et sécuritaire actuelle du pays, qu'il a décrite comme "alarmante et exigeant une réponse collective et urgente".
"UN DIALOGUE POLITIQUE EST UN IMPERATIF, NON UNE OPTION"
Le président de l'Alliance pour le Changement a axé son intervention sur la nécessité d'un dialogue inclusif entre les acteurs politiques, les représentants de la société civile et les confessions religieuses.
"Le dialogue politique n'est pas une option mais un impératif catégorique", a insisté Jean-Marc Kabund, estimant que seule une concertation nationale sincère pourrait restaurer la confiance et amorcer un véritable sursaut collectif.
Il a souligné que le refus d'organiser ce dialogue pourrait, selon lui, "aggraver les divisions" et "fragiliser la stabilité des institutions", tout en précisant que son appel s'adresse à "toutes les forces vives de la nation, sans exclusion".
Visiblement ému, Jean-Marc Kabund a longuement évoqué la crise sécuritaire persistante dans l'Est de la République démocratique du Congo.
"Ce que nos compatriotes de l'Est vivent est inacceptable. Ils méritent non seulement l'attention du reste du pays, mais aussi des actions concrètes pour retrouver la paix et vivre en sécurité sur la terre de leurs ancêtres", a-t-il déclaré.
Faisant allusion aux combats dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les rebelles du M23 demeurent actifs, l'opposant a plaidé pour "une approche politique et non exclusivement militaire", convaincu que la stabilité durable passera par le dialogue.
UNE MARCHE PACIFIQUE ANNONCEE A KINSHASA
Pour donner un élan concret à son initiative, Jean-Marc Kabund a annoncé l'organisation d'une marche pacifique le lundi 15 décembre 2025 à Kinshasa, destinée à appeler les autorités à convoquer rapidement le dialogue politique.
"Nous demandons aux Kinois et Kinoises de se mobiliser et de répondre massivement à cet appel citoyen et pacifique", a-t-il lancé.
Cette mobilisation, selon lui, se veut un acte démocratique destiné à "faire entendre la voix du peuple" et à rappeler que "le Congo appartient à tous ses enfants".
L'appel de Jean-Marc Kabund intervient alors que la question du dialogue agite la classe politique congolaise. Les confessions religieuses, notamment la Cenco et l'ECC, se sont déjà proposées pour en assurer la médiation.
Cependant, lors du dernier congrès de l'Union sacrée de la Nation, le président Félix Tshisekedi avait affirmé qu'un dialogue "pourrait avoir lieu, mais à son initiative", tout en excluant toute discussion avec des représentants "liés à l'agression que subit la République".
Cette divergence de position pourrait, dans les prochaines semaines, cristalliser les débats politiques sur la scène nationale.
Entre les lignes, le message de Jean-Marc Kabund traduit autant une volonté de rupture que de rassemblement. L'homme politique, jadis figure clé du camp présidentiel, semble aujourd'hui vouloir se poser en acteur d'une refondation démocratique, appelant à un sursaut collectif face aux défis du pays.
"Le moment est venu pour chaque Congolais de prendre sa part de responsabilité et de choisir entre l'indifférence et l'action", a-t-il conclu
Jérémie ASOKO