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Jacques Kyabula : déjà la disgrâce ?
Dans un climat politique marqué par des tensions croissantes entre les autorités provinciales et le pouvoir central, le vice-gouverneur du Haut-Katanga, Martin Kazembe, a officiellement reçu une notification lui confiant l'intérim du gouverneur Jacques Kyabula Katwe, actuellement dans le collimateur des institutions nationales. Cette décision, prise dans l'urgence, intervient après la convocation manquée de Kyabula à Kinshasa, où il était attendu pour des "échanges" avec les hautes autorités de la République.
Selon des sources, le gouverneur Kyabula a été sommé de se présenter à Kinshasa suite à des déclarations controversées tenues le 30 juin dernier lors d'un rassemblement politique de l'Union sacrée à Lubumbashi. À cette occasion, il avait qualifié l'ancien président Joseph Kabila et l'ex-dirigeant de la CENI Corneille Nangaa de "Congolais comme nous", appelant à une résolution "en famille" des différends politiques qui secouent le pays.
Ces propos, perçus comme une volonté de modération envers des figures souvent associées à l'opposition radicale, ont visiblement déplu dans les cercles du pouvoir, où Kabila et Nangaa sont régulièrement accusés de soutenir des mouvements insurgés, notamment l'AFC/M23, active dans l'Est de la RDC.
SANTÉ OU STRATÉGIE POLITIQUE ?
Bien que convoqué, Jacques Kyabula n'a pas fait le déplacement à Kinshasa, son entourage invoquant des raisons de santé. Cependant, plusieurs observateurs politiques y voient une manœuvre dilatoire, dans un contexte où les gouverneurs récalcitrants font souvent l'objet de mesures coercitives.
L'absence de Kyabula a donc conduit à l'activation immédiate de la procédure d'intérim, confiée à son vice-gouverneur, Martin Kazembe, un cadre expérimenté et dont la loyauté envers le gouvernement central ne fait guère de doute. Cette nomination, bien que technique, pourrait marquer un tournant dans la gouvernance du Haut-Katanga, province stratégique tant sur le plan économique que politique.
Pour des observateurs, la réaction rapide des autorités centrales démontre une tolérance zéro envers toute parole jugée conciliante envers Joseph Kabila et ses alliés, dans un climat où la suspicion d'ingérence étrangère et de collusion avec les groupes armés reste vive.
Certains analystes estiment que cette convocation et son contournement par Kyabula, pourrait précipiter une crise ouverte entre Lubumbashi et Kinshasa, voire aboutir à une destitution pure et simple du gouverneur, si celui-ci persiste dans son refus de s'expliquer devant les instances nationales.
Félix MULUMBA Kalemba