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Et si l’on supprimait du budget le poste de Porte-parole de l’opposition?
En perspective de la mise en place des groupes parlementaires, après le vote du bureau définitif de l’Assemblée nationale, des manœuvres s’observent déjà au sein de l’opposition pour la désignation de son porte-parole. Le parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi vient de planter le décor en revendiquant ce poste.
Selon un de ses cadres, le projet de règlement intérieur de cette famille politique est déjà fin prêt. Il ne reste plus qu’à le faire adopter par ses membres intra et extra parlementaires, avant de le soumettre aux bureaux de deux chambres législatives.
C’est à l’issue de ces démarches qu’une plénière y relative sera programmée pour la désignation de celui qui représentera l’Opposition vis-à-vis du pouvoir.
Un fauteuil pour Katumbi?
Selon Christian Mwando Nsimba d’Ensemble, ce poste revient de plein droit à Moïse Katumbi dont le parti a le plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale. Si l’ancien gouverneur du grand Katanga ne veut pas exercer cette fonction, il lui revient de déléguer un autre cadre de son parti politique.
Telles sont les dispositions légales qui règlent le statut de l’opposition en RDC. Cependant, bien que ce poste soit constitutionnel, le moment est venu de débattre de l’opportunité du rôle du chef de file de l’opposition en RDC. La Constitution de 2006 qui a reconnu cette fonction a fait du copier-coller avec le type français, sans tenir compte des réalités congolaises. Pour preuve, depuis l’adoption de cette loi suprême, par référendum populaire, l’opposition n’est pas encore parvenue à se choisir un porte-parole.
Un budget qui échappe à l’opposition
Cependant, chaque année, l’Assemblée nationale vote un budget pour ce poste. Pendant un temps donné, les fonds alloués à ce poste ont été affectés au fonctionnement du Mécanisme de suivi de l’Accord de Nairobi, une structure aux contours flous et dont le rôle n’est pas clairement défini.
En termes de comptabilité cela s’appelle tout simplement détournement. Ce qui constitue une grande infraction dans la gestion des recettes de l’Etat.
Canaliser le budget lié à ce poste
Dans son discours d’investiture, le président de la République a promis de corriger les erreurs du passé, il importe que, dans le vote du budget 2024, les parlementaires suppriment cette rubrique des dépenses et affectent ces fonds aux secteurs sociaux et aux investissements. Cette décision imprimerait véritablement un important virage dans la bonne gouvernance du pays.
Pour revenir au poste de porte-parole de l’Opposition, il sied de souligner que la loi des lois du pays a prévu un cadre idéal où ses membres ont la latitude de s’exprimer librement, sans contrainte. Il s’agit du parlement, l’antre de la démocratie. C’est donc superfétatoire de prévoir un autre créneau pour faire parler l’opposition.
Préserver l’opposition de la curruption
En plus, au regard de la modicité du budget national qui n’a jamais dépassé le cap de 10 milliards de dollars par an, accepter d’utiliser les fonds publics pour jouer son rôle d’opposant paraît comme une aberration.
Il faut aussi tenir compte du fait que, tenant compte du goût effréné des espèces sonnantes et trébuchantes des politiciens congolais, un opposant qui a devant lui un budget émanant du Trésor public risque de se faire avaler carrément par le pouvoir et ne pas jouer, par conséquent, son rôle constitutionnel.
Il serait donc sage d’éviter d’exposer un membre de l’opposition à ce naufrage. Ce qui est souhaitable à la rigueur, c’est de créer une caisse propre à cette famille politique, sans subir la moindre ingérence des hommes au pouvoir. L’argent, dit-on, est un bon serviteur, mais un mauvais maître.
Muke MUKE