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Antoine Lumonadio : «La Corée du Sud est l’exemple parfait d’un développement réussi en un temps record»
Secrétaire exécutif du Comité National d’Action de l’Eau, de l’Hygiène et de l’Assainissement (CNAEHA) — structure rattachée au Ministère du Plan en charge de la coordination stratégique des actions du secteur sur toute l’étendue du territoire national —, M. Antoine Lumonadio est un haut fonctionnaire au parcours académique exceptionnel. Bardé de diplômes et de certifications internationales, cet expert incarne cette élite technocrate résolument engagée dans l’émergence de la République démocratique du Congo. Se confiant au quotidien Forum des As et à l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur dans le cadre d’une série d’interviews-portraits consacrée aux cadres de l’AMIKO, l’association qui regroupe des boursiers de l’Agence coréenne de coopération internationale (KOICA), M. Antoine Lumonadio éclaire l’opinion sur les atouts de la coopération entre Kinshasa et Séoul, sur son attachement à cette association des bénéficiaires de formations en Corée et sur la vision qu’il nourrit pour le développement du pays.
Quels ont été les moments les plus marquants de votre parcours professionnel ?
Antoine Lumonadio: J’ai débuté ma carrière au Ministère du Plan par un simple stage académique. À l’issue de cette période, nous étions une trentaine de candidats en compétition pour l’engagement : seuls huit ont été retenus, et j’ai eu la chance d’en faire partie. Au fil des années, à force de travail et de régularité, j’ai gravi tous les échelons et grades de l’administration publique jusqu’à occuper aujourd’hui les fonctions de Secrétaire exécutif.
Mon parcours a été enrichi par de nombreuses représentations de la RDC lors de conférences internationales, ainsi que par un cursus académique exigeant : une formation spécialisée en Inde — qui constituait ma toute première immersion de formation dans un pays asiatique —, un Master en politique de développement en Corée du Sud, une formation en Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) en Égypte, un Diplôme d’Études Approfondies (DEA) à la Chaire UNESCO de l’Université de Kinshasa, une licence en informatique à l'Institut supérieur de statistiques de Kinshasa (ISS), sans compter la spécialisation en bases de données en Inde, sur la Résolution 1325 des Nations Unies en Suède et en Afrique du Sud, ou encore sur les Partenariats Public-Privé (PPP) en Tanzanie.
Au regard de ce riche itinéraire, quelles leçons clés en tirez-vous aujourd’hui?
La grande leçon que je tire de ce cheminement est qu’il faut être animé d’une détermination sans faille. La simple volonté ne suffit pas : il faut une discipline constante pour enrichir continuellement ses connaissances et se hisser au niveau d’excellence des experts internationaux que nous côtoyons.
Vous avez bénéficié d’un programme de bourse d’études soutenu par la KOICA. Dans quel cadre s’inscrivait cette immersion en Corée du Sud ?
En allant en Corée du Sud, il s’agissait de ma deuxième participation à un programme de formation dans un pays asiatique, après mon étape en Inde. J’ai bénéficié d’une bourse d’études de la KOICA pour la période 2012–2013 afin de poursuivre un Master en politique de développement au sein de la prestigieuse Kdischool. La sélection a été particulièrement rigoureuse : sur quatre candidats présélectionnés à Kinshasa pour une seule place réservée à la RDC par l’université coréenne, j’ai dû passer mon entretien d’admission à distance depuis Kisangani, où j’étais en mission de formation des agents publics. Malgré d’importantes difficultés de réseau téléphonique sur place, la qualité de ma prestation m’a permis d’être retenu.
Par la suite, je suis retourné en Corée du Sud à trois autres reprises : d’abord pour une formation sur le leadership, puis à deux reprises pour représenter la RDC lors de forums internationaux consacrés aux Objectifs de Développement Durable (ODD).
Quels enseignements dispensés en Corée ont eu le plus d’impact sur votre vision et votre carrière ?
Au-delà de la haute qualité des enseignements académiques et des visites de géants industriels — comme les usines Hyundai Motors ou les chantiers navals de Hyundai Heavy Industries, c’est un message moral très fort qui m’a profondément marqué. Lors de la remise de nos diplômes, les responsables nous répétaient sans cesse : «Allez développer votre pays ! ». Ce message est resté gravé dans ma conscience. Aujourd’hui encore, dans l’exercice quotidien de mes fonctions au Ministère du Plan, ma conscience me rappelle que chaque décision et chaque action doit être orientée vers le développement de la RDC.
Selon vous, quels aspects du modèle de développement coréen pourraient inspirer la RDC dans sa marche vers l’émergence ?
La Corée du Sud représente l’exemple parfait d’un développement réussi en un temps record. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est la façon dont le Partenariat Public-Privé (PPP) a servi de levier pour propulser le pays. Les Coréens ont su concevoir et exécuter des méga-projets structurants dans les secteurs prioritaires comme l’énergie, l’agriculture et l’industrie. La RDC a tout intérêt à s’en inspirer en structurant des projets d’envergure adossés à des PPP solides et transparents.
Quel regard portez-vous aujourd'hui sur la coopération entre Kinshasa et Séoul, via la KOICA ?
Je porte un regard extrêmement positif et reconnaissant sur cette coopération. Ce partenariat bilatéral offre l’opportunité à de nombreux cadres congolais d’acquérir une expertise de pointe et de toucher du doigt les réalités d’un développement réussi. Je remercie sincèrement le peuple coréen et l’agence KOICA pour cet investissement précieux dans le capital humain de notre pays.
En tant que membre de l’AMIKO, quelle est la valeur ajoutée de cette association pour les anciens boursiers et pour le pays ?
L’AMIKO (Les Amis de la KOICA) est une plateforme stratégique. Elle évite qu’à leur retour au pays, les bénéficiaires des formations coréennes se retrouvent isolés. L’association nous permet de fédérer nos compétences, de partager nos expériences et de créer une synergie d’idées novatrices pour que les acquis du modèle coréen restent vivants et se traduisent en actions concrètes au service du développement national.
Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse congolaise et aux candidats aux programmes internationaux ?
À la jeunesse congolaise, je demande avant tout d’accorder une importance capitale aux études dès ici au pays. La rigueur commence chez soi : sans une base solide travaillée localement, il est impossible de réussir dans des universités aussi exigeantes que celles de Corée du Sud.
Ensuite, j’insiste sur la nécessité absolue de maîtriser la langue anglaise. Les programmes internationaux en Corée étant dispensés en anglais, une bonne maîtrise de cette langue est indispensable pour tirer pleinement profit de ces formations de haut niveau.
Propos recueillis par Yves Kalikat (Forum des As) et Luc-Roger Mbala (Le Nouvel Observateur)