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*Le Premier ministre honoraire salue, en ce jour d’inhumation, un homme d’État de conviction
Jean Nyembo Shabani n’était pas seulement une figure politique pour Sylvestre Ilunga Ilunkamba.…
Ilunga Ilunkamba pleure Jean Nyembo Shabani, « son dernier mentor »
*Le Premier ministre honoraire salue, en ce jour d’inhumation, un homme d’État de conviction
Jean Nyembo Shabani n’était pas seulement une figure politique pour Sylvestre Ilunga Ilunkamba. Il était un mentor, un compagnon de route et, jusqu’à son dernier souffle, le dernier dépositaire d’une génération qui avait façonné ses premiers pas dans la vie publique. Dans un hommage chargé d’émotion, l’ancien Premier ministre revient sur plus de quatre décennies de souvenirs, de fidélité et de leçons de vie, de 1979 à son accession à la Primature en 2019. Hommage à une haute personnalité de la République qui sera inhumé ce lundi 31 août 2026.
« Mkubwa Jean », comme l’appelaient affectueusement ses proches, s’en est allé. Avec lui disparaît, aux yeux de Sylvestre Ilunga, « l’une des grandes figures » de son parcours politique et le dernier de ceux qui l’avaient encouragé, à la fin des années 1970, à emprunter les chemins exigeants de la politique.
L’histoire entre les deux hommes commence en 1979. À cette époque, le professeur Lukombe Nghenda, appelé à devenir secrétaire d’État à l’Économie nationale, à l’Industrie et au Commerce extérieur dans le gouvernement du Premier ministre N’Singa Udjuu, décline sa nomination.
Cette décision provoque des consultations parmi plusieurs notables katangais, soucieux de préserver l’équilibre politique de leur province. C’est dans ce contexte que Sylvestre Ilunga est appelé à rejoindre le Gouvernement, aux côtés notamment de Jean Nyembo Shabani, Mulumba Lukoji, Umba Kyamitala et Mulongo Misha Kabange, qu’il présente comme les personnalités ayant contribué à l’orienter vers la politique.
Quatre décennies plus tard, l’histoire se répète. En 2019, au cœur des négociations entre le FCC et le CACH autour de la désignation du Premier ministre, Nyembo Shabani intervient une nouvelle fois, discrètement mais, selon Ilunga, de manière décisive.
Alors que le choix du chef du gouvernement tarde à se dessiner, l’ancien ministre de l’Agriculture aurait contribué, avec un haut fonctionnaire katangais, dont Sylvestre Ilunga ne révèle pas l’identité, à créer les conditions de sa nomination à la Primature.
Le mentor de 1979 devenait ainsi, quarante ans après, l’un des témoins privilégiés de l’aboutissement d’un parcours qu’il avait contribué à lancer.
UN HOMME QUI SAVAIT RESPECTER L’AUTORITÉ
Mais, dans le souvenir de Sylvestre Ilunga, Jean Nyembo Shabani ne se résume pas à son influence politique. Il laisse surtout l’image d’un homme de principes, dont la simplicité n’avait d’égale que la fermeté des convictions.
Accessible, généreux et digne, « Mkubwa Jean » cultivait également un attachement assumé à son identité katangaise. Une identité qu’il revendiquait sans complexe, jusque dans ses rapports avec le pouvoir.
Sylvestre Ilunga rapporte ainsi une scène savoureuse avec Mobutu. Le président lui aurait un jour fait remarquer qu’il ne l’avait jamais entendu s’exprimer en lingala. La réponse de Nyembo Shabani aurait fusé, avec respect mais sans détour :
« Moi non plus, je ne vous ai jamais entendu prononcer un seul mot de swahili. C’est bien pour cela que notre langue officielle est le français. »
Derrière l’anecdote se dessine le portrait d’un homme qui savait respecter l’autorité sans jamais lui abandonner sa liberté de pensée.
QUAND L’INTÉRÊT GÉNÉRAL PASSE AVANT LES INTÉRÊTS PARTICULIERS
L’ancien Premier ministre conserve également le souvenir d’un épisode gouvernemental qui, à ses yeux, résume à lui seul la stature de son mentor. Alors qu’il était ministre de l’Agriculture, Nyembo Shabani prend part à une réunion du Comité de conjoncture consacrée à l’attribution des timbres destinés à l’exportation du café. Son exposé, rapporte Sylvestre Ilunga, est d’une grande rigueur.
Le ministre y retrace l’histoire d’un système qu’il estime favorable à certains groupes d’intérêts, au détriment des producteurs ruraux, pourtant à l’origine de la richesse créée. Il propose alors de revoir les critères d’attribution afin de mieux prendre en compte les paysans, notamment ceux de l’Équateur.
La proposition déclenche l’ire d’un haut responsable de l’ANEZA. Les critiques deviennent personnelles. Nyembo Shabani, lui, ne bronche pas. Il écoute, prend des notes et attend son tour.
Puis, il répond. Calmement. Méthodiquement. Sans invective.
Il rappelle que le débat porte sur un dossier d’intérêt national et non sur sa personne, avant de dénoncer les privilèges dont bénéficieraient certains opérateurs grâce aux facilités de l’État.
La formule, restée gravée dans la mémoire de Sylvestre Ilunga, est cinglante. « Si l’on mettait de côté l’argent que vous avez acquis grâce aux facilités accordées par l’État, où pourrions-nous nous rencontrer ? », aurait-il lancé à son contradicteur. Un silence pesant s’installe alors dans la salle.
À la sortie, Nyembo Shabani rejoint Sylvestre Ilunga et lui glisse en swahili : « Mtoto, aba bantu banawaza franga ya l’État ni yabo ! » Avant de tirer lui-même la conclusion : « Dans tous les cas, je vais démissionner. » Il tiendra parole.
Quelques temps plus tard, il quittera effectivement le ministère de l’Agriculture.
LA MÉMOIRE D’UN SERVITEUR DE L’ÉTAT
C’est cet homme que Sylvestre Ilunga choisit aujourd’hui de retenir : un technicien éclairé, un homme libre, attaché à la justice et peu enclin aux compromis lorsqu’ils touchaient à l’intérêt général.
À travers son hommage, l’ancien Premier ministre livre aussi une réflexion sur l’exercice du pouvoir. Il déplore une conception patrimoniale de l’État, où certains responsables finissent par considérer les ressources publiques comme une propriété personnelle. Jean Nyembo Shabani, écrit-il en substance, représentait l’exact contraire de cette dérive.
Sa disparition, estime Sylvestre Ilunga, emporte ainsi bien plus qu’un homme. Elle referme une page d’une génération de responsables dont l’engagement public reposait sur le sens du devoir, la dignité et la fidélité aux convictions.
À la famille de « Mkubwa Jean », notamment à son épouse Annick Nyembo, à ses enfants Dada Feza, Katché et André, ainsi qu’à l’ensemble de ses proches et à la communauté katangaise, l’ancien Premier ministre adresse ses condoléances les plus émues.
Puis vient la dernière parole, celle d’un disciple à son mentor, d’un compagnon de route à celui qui avait accompagné ses premiers pas : « Que son âme repose en paix et que la terre de nos ancêtres lui soit douce et légère. »
DK