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Ata na lifelo toko samba kaka". Cette phrase en lingala se traduit littéralement par : " Même en enfer, nous allons quand même plaider [notre cause].
Dans un sens plus imagé, cela signifie qu'on ne compte pas se laisser faire ou se taire, peu importe la difficulté…
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Avocats Sans Frontières (ASF) a lancé un projet d’assistance judiciaire à la prison centrale de Makala. Cette initiative permettra aux ONG locales travaillant avec AVS…
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Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en RDC et chef de la Mission de l’organisation des Nations Unies pour la stabilisation du Congo (Monusco), James Swan, a passé en…
Il y a deux ans mourrait José Nawej
28 octobre 2023 - 28 octobre 2025. Voici exactement deux ans, jour pour jour, depuis que s’est éteint José Nawej Mudang qui, vingt ans durant, a été l’éditeur et directeur de publication du journal ‘‘Forum des As’’.
C’est, en effet, tard dans la soirée du samedi 28 octobre 2023 que j’avais appris le décès de José Nawej, célèbre journaliste et éditorialiste de renom. Difficile en ce moment-là de croire à la nouvelle après l’appel de ma sœur cadette qui, depuis les Etats-Unis, avait été alertée par ce qu’elle venait de lire sur les réseaux sociaux. Elle m’avait appelé pour me demander si j’étais au courant de la disparition de José Nawej.
J’avais eu du mal à croire, car, le jeudi soir… à minuit – à vrai dire le vendredi matin à 0h00 – et donc la veille de sa disparition, je venais lui annoncer mon retour à domicile après avoir fait le marbre (bouclage du journal). Entouré d’une dizaine d’ouvrages sur la presse et la géopolitique, les morasses de l’édition sous ses yeux pour une dernière lecture avant la validation finale, il me souhaitera un bon retour à domicile.
Ces mots qui m’étaient déjà familiers, quand je le précédais à Salongo (Lemba), notre quartier commun, j’étais loin d’imaginer que c’était les derniers de celui que je considérais comme un aîné à l’ex-ISTI, un grand frère dans la profession, et qui, en plus, était mon employeur.
Soudain, je vis défiler devant mes yeux – telles des capsules – les nombreux souvenirs des moments qu’on a passés ensemble : ses humours à la rédaction, ses observations sévères, ses analyses lucides de l’actualité politique et de la politique étrangère, ses taquins sur chaque agent de la rédaction, son souci de rester juste et transparent dans les petites choses… et surtout dans la gestion de l’entreprise de presse qui lui était confiée.
Je me rappelais encore ses pétarades d’éditos qu’il nous faisait lire – souvent tard au bouclage – quand il estimait qu’il n’était pas inspiré, alors que je m’émerveillais à le voir jongler avec les mots et les expressions, sans perdre la logique du message à véhiculer.
Je le voyais, avec une dose d’humilité, franchir le seuil de son bureau pour venir vérifier, à la rédaction, l’authenticité ou la signification d’un dicton en langue locale, dérivé d’une chanson en vogue, ou encore appeler un confrère ou un spécialiste familier pour attester la véracité d’un fait.
C’est fort de toutes ces astuces, assaisonnées à son humilité et à son savoir kaléidoscopique, qu’il arrivait à concocter les menus de ses éditos qu’il servait – pas à la carte – à ses millions de lecteurs qui découvraient, voire savouraient les délices de sa plume à travers l’univers de la toile.
Un mois avant sa disparition, il nous annoncera, en toute humilité, qu’il venait d’être contacté par la Radio France internationale (RFI) qui s’est engagée à l’intégrer dans l’équipe des éditorialistes phares du continent africain pour la revue de l’actualité internationale deux fois le mois. Il ne se livrera à cet exercice que l’unique jeudi qui a précédé celui de nos adieux.
Hier mardi 28 octobre 2025, la rédaction de Forum des As a observé une minute de silence en sa mémoire. Aujourd’hui, c’est à lui que nous dédions ces quelques lignes qu’il aurait corrigées avec toute la rigueur journalistique, tout en formulant ses observations… si le texte ne portait pas sur sa propre disparition.
Bien souvent, quand il écrivait sur ses proches disparus, José Nawej ne cessait de nous répéter : «Un journaliste pleure les siens à travers sa plume»… Et là, lorsqu’on revoit toutes ces images et qu’on se remémore ses propos, une phrase taraude (le verbe, je l’ai appris de lui) aussitôt notre esprit : comment taire ces commentaires !
Yves KALIKAT
Edito
Opposition: mode d'emploi…
Qui est opposant et qui ne l'est pas ? Vu de la rive gauche du pool Malebo, la question a tout d'un serpent de mer. Tant du fait essentiellement de la vacuité idéologique et de l'absence de débat "programme contre programme", l'opposition est réduite à sa dimension triviale. A savoir s'opposer à celui qui dirige, le critiquer, tirer à boulets rouges sur lui, le rendre responsable de tout -y compris de la chaleur à Kinshasa-, l'affubler de noms d'oiseaux …En somme, s'opposer pour s'opposer. Bref la palme d'or revient à celui qui crie le plus fort
Outre-tombe, le Maréchal Mobutu ne renierait pas cette définition caricaturale de l'opposition made in Zaïre-Congo. Depuis sa ferme de Kingakati, Joseph Kabila ne trouverait rien à redire. Ou presque. Lui qui a vu l'anti-mobutisme primaire de l'opposition dite radicale se muer en anti-kabilisme tout aussi primaire!
Si bien que lorsqu'il a fallu organiser des négociations, un critérium pathétique sur l'appartenance à l'opposition sera mis sur la table. Parmi les critères, "avoir été arrêté", "avoir pris part à au moins une marche ou tout autre manifestation contre le pouvoir", "avoir inhalé le gaz lacrymogène …
A force de ne considérer que le degré zéro de l'opposition, les politiciens zaïro-congolais ont réussi l'exploit de faire passer par pertes et profits l'essentiel du job description de l'opposant.
Etre opposant c'est non seulement s'opposer à un gouvernement, mais surtout disposer d'un programme issu d'un projet de société autre que celui mis en œuvre par le pouvoir en place. Une opposition n'en est vraiment une que si elle est assortie d'un programme alternatif. De là découle l'opposition de proposition.
Comme antichambre du pouvoir, l'opposition prépare à l'exercice des responsabilités d'Etat. C'est là qu'à travers notamment le shadow cabinet que se prépare l'alternance. Sans cette préparation-initiation à la gestion sur base d'un programme cohérent, le risque d'alternance sans réelle alternative est très élevé.
Tel est précisément le talon d'Achille des oppositions rd congolaises. Des opposants que rien d'objectif ne réunit. Ni vision, ni programme. Juste des alliances conjoncturelles dictées des règlements des comptes entre politiciens ou par l'aversion pour la personne qui détient le pouvoir. Des rapprochements momentanés autour des personnes qui se font aussi rapidement qu'ils se défont.
Pour ne pas remonter jusqu'au déluge, du seuil des années 90 à ce jour, les oppositions se bâtissent autour des hommes aux égos surdimensionnés. Quant à l'offre politique proprement dite, elle se fait toujours attendre.
José NAWEJ (Tiré de Forum des As du 1er juin 2023)
Billet
Une cure de jouvence pour certains mots et … maux !
Qui l'eût cru ! Des mots que l'on croyait d'un autre âge sont à nouveau sur les lèvres des Congolais. Une vraie renaissance. Dans le hit- parade de ces mots qui signent leur grand retour le terme "arrestation".
Ce mot fait à nouveau partie de l'écosystème rd congolais. Arrestation de tel par- ci, interpellation de tel autre par-là. Dans certains milieux, on en arrive à se demander: à qui le prochain tour ?
Comme dans une relation de cause à effet, détenu ou prisonnier pour cause d'atteinte à la sûreté intérieure reprend ses droits dans le parler public. On n'est pas très loin de "prisonnier politique" ou d'opinion. Juste une question de sémantique.
En réaction, outre la résurgence du terme "répression" charriant invariablement le concept "usage disproportionné de la force", il va s'en trouver pour déterrer le "rétrécissement de l'espace des libertés".
Pour sûr, la crispation sur l'espace politique est bien de retour. Pas donc étonnant que dans les prochaines heures, le mot "décrispation" sorte de manches de soutanes de Pères évêques de la CENCO et de loges de la société civile. Ou celle qui en tient lieu. Et cette décrispation pourrait passer par la…libération des prisonniers dits d'opinion.
En RDC sans doute, plus que partout ailleurs, l'histoire au mieux bégaie, au pire est un perpétuel recommencement. En lingala facile, cela donne "toza ko rond-point". En témoigne, chassez certains mots et maux, ils reviennent au galop!
Moralité, sous les tropiques rd congolaises, "il ne faut jamais dire : Fontaine, je ne boirai pas de ton eau".
José NAWEJ (Tiré de Forum des As du 9 juin 2023)