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Guerre dans l'Est : Olivier Kamitatu accuse le pouvoir de faire du conflit un " business " politique
"La guerre est devenue un business pour le régime", dénonce Kamitatu. Le directeur de cabinet de Moïse Katumbi affirme que l'insécurité profite au régime et pourrait servir de prétexte pour reporter les élections.
Olivier Kamitatu a lancé le lundi 1er juin, l'une des charges politiques les plus sévères entendues ces derniers mois contre le pouvoir de Félix Tshisekedi. Invité du Space live animé par le journaliste Stanis Bujakera, le directeur de cabinet de Moïse Katumbi a accusé le régime de tirer profit de la guerre qui ravage l'Est de la République démocratique du Congo, allant jusqu'à suggérer que le conflit pourrait être entretenu pour justifier un maintien prolongé au pouvoir.
Dans une intervention particulièrement incisive, l'ancien président de l'Assemblée nationale a dénoncé ce qu'il présente comme une gestion opaque et lucrative de la crise sécuritaire qui secoue les provinces orientales depuis plusieurs années.
Selon lui, d'importantes ressources financières destinées à l'effort de guerre disparaissent sans résultats tangibles sur le terrain.
"DES MILLIARDS DE DOLLARS S'ÉVAPORENT"
Olivier Kamitatu affirme que des sommes colossales sont englouties dans les dépenses militaires sans que la situation sécuritaire ne connaisse d'amélioration durable.
Achats de drones, acquisition d'armements, recours à des mercenaires étrangers, financement de troupes extérieures : l'opposant estime que les dépenses engagées dans le cadre de la guerre soulèvent de nombreuses interrogations quant à leur efficacité et à leur traçabilité. Ce qui revient à dire "des milliards de dollars s'évaporent".
Pour lui, les arrestations récurrentes d'officiers supérieurs, les procès militaires à répétition et les sanctions disciplinaires qui se multiplient au sein des forces de défense ne traduisent pas nécessairement une volonté d'assainissement du secteur sécuritaire.
Elles pourraient, selon son analyse, révéler une gestion davantage politique que structurelle des responsabilités liées aux revers enregistrés sur le terrain. "C'est devenu pour le pouvoir presque une normalité", a-t-il déploré.
CLIMAT D'INSTABILITÉ COMME PRÉTEXTE DE RESTER AU POUVOIR
Mais c'est surtout la conclusion de son raisonnement qui retient particulièrement l'attention. Pour le proche collaborateur de Moïse Katumbi, la persistance de la guerre pourrait constituer un avantage politique pour ceux qui exercent actuellement le pouvoir.
Selon lui, le maintien d'un climat d'instabilité sécuritaire pourrait un jour être invoqué pour justifier un report du calendrier électoral.
"On pourrait utiliser ça comme prétexte pour rester au pouvoir et ne pas faire d'élections. C'est le summum du business de la guerre", a-t-il affirmé.
Cette accusation particulièrement grave survient dans un contexte où le débat politique national est déjà marqué par les controverses autour d'une éventuelle révision constitutionnelle et par les inquiétudes de l'opposition sur l'avenir du processus démocratique.
Au-delà de la dénonciation, Olivier Kamitatu a également esquissé sa vision d'une sortie de crise.
Pour lui, la RDC ne pourra faire face efficacement aux menaces extérieures, notamment celles liées aux tensions persistantes avec le Rwanda et aux groupes armés actifs dans l'Est, qu'à condition de restaurer d'abord sa cohésion interne.
L'opposant estime que la fragmentation politique, les divisions sociales et la méfiance entre acteurs nationaux affaiblissent la capacité de l'État à répondre aux défis sécuritaires.
Dans cette perspective, il plaide pour un dialogue national capable de recréer un consensus autour des intérêts fondamentaux du pays.
"TRAITER LES CAUSES PROFONDES DU CONFLIT"
Selon M. Kamitatu, la réponse militaire, à elle seule, ne suffira pas à mettre fin aux violences qui ensanglantent l'Est du pays depuis plusieurs décennies.
L'ancien ministre estime qu'il est indispensable d'aborder les causes profondes des conflits, qu'elles soient politiques, économiques ou sociales.
À ses yeux, la paix durable passe par une approche globale combinant sécurité, gouvernance, justice et réconciliation nationale.
Cette prise de position intervient alors que les affrontements armés continuent de provoquer des déplacements massifs de populations et de nourrir une crise humanitaire parmi les plus graves du continent africain.
Par ses déclarations, Olivier Kamitatu remet au centre du débat une question sensible qui traverse depuis longtemps l'opinion congolaise : celle de la gestion politique, financière et stratégique de la guerre dans l'Est.
Si ses accusations ne sont accompagnées d'aucune preuve rendue publique lors de son intervention, elles traduisent néanmoins le profond scepticisme d'une partie de l'opposition quant à l'efficacité des politiques sécuritaires menées jusqu'ici.
À mesure que la crise sécuritaire se prolonge et que les pertes en vies humaines s'accumulent, le débat sur la gestion de la guerre, l'utilisation des ressources publiques et les perspectives de paix risque de s'imposer davantage comme l'un des principaux enjeux du paysage politique congolais.
Jérémie ASOKO.