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…FRN : Kabila bascule dans le camp de la rébellion, la C64 prise au piège de ses propres contradictions!
*Félix Tshisekedi «l’Éternel prophète «incompris»!
L’annonce choque, mais clarifie les zones d’ombre. L’entrée officielle assumée de Joseph Kabila à la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN) place la C64 devant une question politique incontournable : comment continuer à réclamer un dialogue inclusif avec l’ancien président et les responsables de l’AFC/M23 sans clarifier sa position face à une organisation qui revendique désormais le recours à la force contre Kinshasa ? Pour les détracteurs de l’ancien chef de l’État, cette recomposition ravive les soupçons sur ses rapports avec la rébellion. Pour la C64, elle impose surtout de préciser les limites de son indépendance politique.
«Comment s’opposer à Kabila qui est officiellement dans la rébellion sans se rallier à Félix Tshisekedi ? » La question, volontairement provocatrice, vise les responsables de la C64 et certains de ses leaders, qui ont défendu avec insistance la tenue d’un dialogue national inclusif auquel participeraient notamment Joseph Kabila, l’AFC/M23 et Corneille Nangaa.
Désormais, le contexte a changé. Le 12 octobre, à Goma, le FRN a annoncé la fin de l’existence de l’Alliance Fleuve Congo et affirmé qu’il lui succédait de plein droit. Joseph Kabila en a été désigné président. Surtout, le mouvement revendique la possibilité de combattre le pouvoir de Kinshasa «par tous les moyens y compris la force».
Cette évolution oblige les partisans du dialogue inclusif à préciser leur position. Réclamer la participation de toutes les parties à une négociation ne signifie pas nécessairement approuver leurs objectifs. Mais lorsque l’un des acteurs concernés prend officiellement la tête d’un mouvement politico-militaire revendiquant la lutte armée, le débat ne peut plus faire l’économie d’une clarification politique.
LA C64 ATTENDUE À CLARIFIER SES STRATÉGIES
Le problème posé à la C64 n’est pas de choisir mécaniquement entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi. Il est de démontrer qu’une opposition au pouvoir en place peut rester cohérente face aux enjeux de souveraineté nationale et de sécurité.
La C64 peut continuer à dénoncer les insuffisances de la gouvernance, à réclamer des garanties démocratiques et à défendre un dialogue national. Mais elle doit également préciser si sa conception du dialogue implique une condamnation sans ambiguïté du recours aux armes contre les institutions de la République.
L’inclusivité d’un dialogue ne saurait être confondue avec l’approbation des positions de tous ses participants. Un processus politique peut intégrer des acteurs en conflit précisément pour rechercher une sortie de crise, sans effacer les responsabilités éventuelles ni renoncer aux exigences de souveraineté et d’intégrité territoriale.
C’est sur ce terrain que les dirigeants de la C64 sont attendus : peuvent-ils maintenir leur opposition à Félix Tshisekedi tout en désapprouvant clairement la stratégie armée du FRN ? Leur réponse déterminera la lisibilité de leur position dans un paysage politique de plus en plus polarisé.
KAGAME REUSSI-T-IL À FAIRE DE CE CONFLIT UNE CONFRONTATION EXCLUSIVEMENT CONGOLAISE?
Derrière cette controverse se trouve une interrogation plus lourde : quels sont les rapports entre Joseph Kabila, la rébellion et le Rwanda de Paul Kagame ?
Les critiques de l’ancien président estiment que la création du FRN et son accession à sa tête renforcent leurs soupçons sur la dimension politique de la crise dans l’Est. Ils avancent l’hypothèse d’une stratégie consistant à présenter le conflit comme une confrontation exclusivement congolaise, au risque de reléguer au second plan la question du rôle du Rwanda.
Cette lecture reste toutefois une interprétation politique. La création du FRN, même accompagnée d’une revendication explicite du recours à la force, ne suffit pas à démontrer à elle seule l’existence d’un accord entre Joseph Kabila et Paul Kagame, ni à établir les termes d’un éventuel arrangement.
La question mérite donc mieux que des accusations lancées sans démonstration : elle appelle des faits vérifiables, des éléments documentés et un examen rigoureux des responsabilités de chaque acteur. La gravité des accusations relatives à l’agression de la RDC impose précisément de distinguer les faits établis, les conclusions des experts et les hypothèses politiques.
Mzee KABILA FACE À JOSEPH KABILA : QUI A TRAHI LA NATION ?
La controverse prend également une dimension symbolique à travers la comparaison entre Laurent-Désiré Kabila et son successeur, son fils Joseph Kabila. Les détracteurs de ce dernier opposent la posture souverainiste de Laurent-Désiré Kabila, qui dénonçait publiquement les ingérences étrangères, à ce qu’ils considèrent comme l’ambiguïté de Joseph Kabila face à la crise actuelle.
D’où cette interpellation : «Kabila Mzee contre Kabila Joseph ! Qui pactise avec l’ennemi ? Qui a trahi la nation?» La formule frappe par sa charge politique, mais elle pose aussi la question de l’héritage. Peut-on revendiquer la filiation politique d’un dirigeant qui avait placé la souveraineté nationale au cœur de son discours tout en restant au centre d’une controverse portant sur les rapports entre pouvoir congolais, rébellion et influence étrangère ?
Là encore, la comparaison relève du débat politique. Elle ne constitue pas, en elle-même, une preuve de trahison.
Les responsabilités doivent être appréciées sur la base des actes, des décisions et des éléments établis, et non de la seule confrontation entre deux figures historiques.
TSHISEKEDI, LE «PROPHÈTE INCOMPRIS» ?
Dans le camp présidentiel, la nouvelle configuration du FRN est présentée comme un élément confortant les avertissements formulés par Félix Tshisekedi au sujet des liens présumés entre Joseph Kabila et l’AFC/M23.
«Félix Tshisekedi, prophète incompris ! », proclament certains de ses soutiens, convaincus que les derniers développements donnent du crédit aux déclarations du chef de l’État, auparavant contestées par ses adversaires.
Cette lecture nourrit le débat, mais elle doit être nuancée : la désignation de Joseph Kabila à la tête du FRN établit son rôle officiel dans cette nouvelle structure. Elle ne démontre pas automatiquement toutes les accusations antérieures concernant ses rapports avec les différentes composantes de l’AFC/M23 ou avec le Rwanda.
De même, reconnaître la gravité de la situation sécuritaire ne revient pas à donner un blanc-seing au pouvoir. Félix Tshisekedi reste comptable de sa gouvernance, tandis que les responsabilités liées à la rébellion doivent être examinées indépendamment des intérêts politiques de chaque camp.
La création du FRN remet ainsi la C64 devant une exigence de cohérence. Ses leaders peuvent continuer à défendre un dialogue inclusif sans soutenir Joseph Kabila, tout comme ils peuvent s’opposer au pouvoir de Félix Tshisekedi sans cautionner la lutte armée.
Mais cette indépendance exige des positions publiques claires sur trois questions essentielles : le recours à la force contre les institutions, l’intégrité territoriale de la RDC et les conditions d’un dialogue politique crédible.
Le véritable enjeu n’est donc pas de contraindre la C64 à se rallier à Félix Tshisekedi, mais de lui demander où elle place la frontière entre opposition politique et complaisance envers une rébellion. Dans une crise où la souveraineté nationale est au cœur des affrontements, le silence ou l’ambiguïté risquent d’alimenter les soupçons. Une position argumentée, fondée sur des principes applicables à tous les acteurs, permettrait au contraire de distinguer clairement la contestation démocratique de toute entreprise armée.
La question demeure entière : la C64 saura-t-elle défendre le dialogue inclusif tout en condamnant sans équivoque le recours aux armes, quel qu’en soit l’auteur ? C’est à cette réponse, davantage qu’aux déclarations de circonstance, que se mesurera la cohérence de son engagement politique.
Jérémie ASOKO