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Finances publiques: des recettes historiques en 2024 sans effet concret sur le quotidien des populations
Derrière les records budgétaires engrangés par le Gouvernement en 2024 se cache une réalité sociale toujours aussi alarmante. C’est ce que révèle le dernier rapport de l’Observatoire de la dépense publique (Odep), rendu public le 9 juillet. Si les chiffres de la mobilisation des recettes sont flatteurs, leur répartition trahit un système de gestion publique centré sur le maintien des institutions et la survie de l’appareil étatique, au détriment des secteurs sociaux et des aspirations citoyennes.
Selon l’Odep, l’État congolais a mobilisé 15,63 milliards USD en 2024, soit 109,3 % du budget initialement arrêté à 14,74 milliards USD. Les grandes régies financières: Direction générale des impôts (DGI), Direction générale des douanes et accises (DGDA) et Direction générale des recettes Administratives, Judiciaires, Domaniales et de Participation (DGRAD) ont donc largement dépassé leurs prévisions.
Cette performance est unanimement saluée, car elle démontre une montée en puissance des capacités fiscales du pays, en dépit d’un contexte sécuritaire et économique fragile. Pourtant, souligne l’ODEP, cette embellie budgétaire reste largement virtuelle pour les populations, qui n’en perçoivent aucun effet concret dans leur quotidien.
Les recettes liées aux services sociaux demeurent marginales
Malgré cette progression des recettes, les dépenses consacrées aux services sociaux de base demeurent marginales, voire symboliques. Sur les 10,25 milliards de dollars américains dépensés par l’État en 2024, plus de 70 % ont été absorbés par le fonctionnement des institutions publiques : rémunérations, charges administratives, frais de fonctionnement des ministères et des établissements publics.
Dans le même temps, les secteurs vitaux pour la population ont été relégués au second plan. Le rapport indique qu’à peine 0,39 million de dollars américains ont été affectés aux cantines scolaires, un chiffre dérisoire pour un pays où la malnutrition infantile atteint des taux alarmants. Les dépenses en santé publique, elles, plafonnent à 25,23 millions USD, alors que les besoins en matière de vaccination, de soins de santé primaire et de lutte contre les épidémies restent immenses.
Plus préoccupant encore, le Programme de développement local des 145 Territoires (PDL-145T), pourtant annoncé comme le grand chantier de la relance socio-économique des provinces, ne présente aucune traçabilité budgétaire. Les crédits prévus pour sa mise en œuvre demeurent invisibles dans les comptes publics, et son impact sur les territoires reste indétectable.
MAUVAISE GOUVERNANCE AMINISTRATIVE ET FINANCIERE
L’ODEP attire également l’attention sur la gestion opaque des comptes spéciaux et budgets annexes. Alors que ces mécanismes budgétaires devraient permettre de financer des projets sectoriels ou spécifiques, leur exécution se caractérise par un dépassement de 145 % des prévisions initiales dans des conditions échappant aux circuits traditionnels de contrôle.
Quant aux budgets annexes des ministères et établissements publics, ils affichent un taux d’exécution famélique de 26,9 %. Cette situation traduit, selon le rapport, une mauvaise gouvernance administrative et financière, marquée par un déficit de traçabilité et de reddition des comptes.
«Le budget a été mobilisé, mais mal distribué»
En filigrane, ce rapport dépeint une gestion publique dominée par une priorité accordée au maintien de l’appareil d’État au détriment des droits sociaux. L’État congolais dépense massivement pour ses institutions et ses structures administratives, tandis que l’éducation, la santé, la nutrition et le développement local sont négligés.
«Le budget a été mobilisé, mais mal redistribué. L’État a encaissé plus qu’il ne l’avait prévu, mais les Congolais n’en ont pas vu les effets. Le fonctionnement a triomphé, les droits sociaux ont été sacrifiés», déplore l’Odep dans sa conclusion.
Ce constat relance le débat récurrent sur le train de vie excessif des institutions et l’incapacité chronique de l’État à aligner ses priorités budgétaires sur les besoins sociaux de base. Une situation d’autant plus préoccupante que les indicateurs sociaux restent critiques : pauvreté généralisée, insécurité alimentaire, accès limité à l’éducation et aux soins de santé.
deS mesureS pour rééquilibrer la gestion budgétaire
Face à cette situation, l’Observatoire de la dépense publique propose un ensemble de mesures pour rééquilibrer la gestion budgétaire et restaurer l’efficacité sociale des dépenses publiques. Parmi ces mesures, réduire drastiquement le train de vie des institutions publiques, en plafonnant notamment les rémunérations et les charges de fonctionnement; réorienter les ressources vers les secteurs sociaux prioritaires : éducation, santé, nutrition scolaire et infrastructures communautaires; mettre en œuvre, sans délai, le mécanisme de péréquation, destiné à rééquilibrer les ressources entre provinces et à corriger les inégalités territoriales; assurer la transparence dans l’exécution du Programme de développement local des 145 Territoires, en publiant les budgets alloués, les dépenses effectuées et les réalisations sur le terrain.; numériser et centraliser la comptabilité publique, afin de garantir l’accès public aux données financières et de faciliter le contrôle citoyen.
En définitive, ce rapport de l’Odep agit comme un miroir tendu aux autorités. Il rappelle que l’efficacité budgétaire ne se mesure pas à la capacité de mobiliser des recettes, mais à celle de transformer ces ressources en services sociaux tangibles pour les citoyens.
À l’heure où le gouvernement prépare le budget 2025 et où les attentes sociales restent élevées dans un climat sécuritaire et politique fragile, ce document sonne comme un avertissement. Sans réformes structurelles de la gouvernance publique et une réorientation des priorités budgétaires, la RDC risque de perpétuer un modèle économique où l’État s’enrichit et les populations s’appauvrissent.
Jérémie ASOKO