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EN REACTION A L'AGRESSION RWANDAISE : Londres coupe ses aides au Rwanda!
*Paul Kagame sous forte pression.
Les lignes commencent enfin à bouger. Après les sanctions ciblées des États-Unis contre James Kabarebe, ministre d'État rwandais chargé de la Coopération régionale et Lawrence Kanyuka, porte-parole du M23, Londres a, à son tour, durci le ton contre Kigali. Le Royaume-Uni a annoncé la suspension de la majorité de son aide financière au Rwanda, un signal fort adressé au régime de Paul Kagame. Cette décision a été officialisée hier, mardi 25 février, dans un communiqué du ministère britannique des Affaires étrangères.
Jusqu’ici, le président rwandais semblait évoluer dans une impunité quasi totale, malgré les preuves accablantes de l’implication de son armée dans l'instabilité de la partie orientale du pays. Cependant, la prise éclair de Goma et de Bukavu par les terroristes du M23/AFC, associée aux risques de régionalisation du conflit, a contraint les grandes puissances à revoir leur posture.
«Les hostilités doivent cesser immédiatement. Les récentes offensives du M23 et des Forces de défense rwandaises, et notamment la prise de Goma et de Bukavu, constituent une violation inacceptable de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC», a déclaré le Foreign Office.
En conséquence, le Royaume-Uni a suspendu une grande partie de son aide financière à Kigali, «en l’absence de progrès significatifs», tout en maintenant des fonds destinés aux «personnes les plus pauvres et les plus vulnérables» au Rwanda. Une décision qui s’accompagne d’une condamnation ferme de l’avancée du M23 et des Forces de défense rwandaises en territoire congolais.
Londres a également annoncé qu’il se «coordonnera avec ses partenaires sur de potentielles nouvelles sanctions», une mesure qui pourrait accentuer la pression sur Kigali.
Voyage à Kinshasa et à Kigali
Le chef de la diplomatie britannique, David Lammy, s’est rendu à Kinshasa et à Kigali pour rencontrer les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame, les 21 et 22 février. «J’ai insisté sur la nécessité d’un dialogue sincère et du retrait des troupes rwandaises du territoire congolais», a-t-il déclaré après ces rencontres.
Des milliers de morts
Depuis plusieurs semaines, les combats ont causé des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de civils. L’Onu craint un embrasement généralisé dans une région déjà marquée par plus de trois décennies de conflits armés.
«Il incombe à toutes les parties de protéger la population de l’est de la RDC, qui a tant souffert dans ce conflit», a rappelé le Foreign Office.
Face à l’urgence humanitaire, Londres a débloqué une enveloppe de 14,6 millions de livres sterling (environ 17,6 millions d’euros) pour soutenir les populations touchées par les violences.
Un processus de paix en péril
Londres demande désormais un retrait immédiat des troupes rwandaises et un engagement de « bonne foi » dans les processus de paix sous l’égide des anciens dirigeants africains mandatés par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), à l’instar Uhuru Muigai Kenyatta, Olusegun Obasanjo, ancien Président de la République fédérale du Nigeria et l’ex-Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn Boshe. Malgré ces efforts, la situation reste extrêmement volatile.
«Seule une solution politique pourrait mettre fin à ce conflit», a insisté le ministère britannique des Affaires étrangères, appelant toutes les parties à revenir à la table des négociations.
Dans la foulée, l’Union européenne a également décidé de frapper Kigali au portefeuille. Bruxelles a suspendu ses consultations avec le Rwanda sur les questions de défense et de sécurité et annoncé le réexamen du protocole d’accord signé en 2024 sur les matières premières critiques. Une mesure qui pourrait priver le Rwanda d’un accès privilégié aux marchés européens pour des ressources stratégiques comme le coltan, indispensable à l’industrie technologique mondiale.
L’image de Kagame s'effrite
Kagame est en perte de vitesse sur le plan international. S’il a longtemps bénéficié d’un soutien tacite des grandes puissances, son image d’homme fort construit grâce au pillage systématique des ressources naturelles congolaises s’effrite. La multiplication des rapports accablants sur son rôle dans le conflit congolais et les sanctions internationales qui s’accumulent laissent entrevoir un isolement progressif du régime rwandais.
La diplomatie rwandaise tente de minimiser les accusations et de justifier son implication en RDC par la menace sécuritaire que représentent les groupes armés hutu présents dans la région. Une rhétorique qui a longtemps fonctionné, mais qui peine désormais à convaincre, face à la réalité des exactions du M23 et au chaos semé dans l’Est congolais.
Une victoire diplomatique partielle
Pour Félix Tshisekedi, cette évolution diplomatique constitue une victoire partielle. Depuis plusieurs mois, la RDC mène un plaidoyer intense pour dénoncer l’agression rwandaise et obtenir des sanctions contre Kigali. Mais si ces mesures sont un premier pas, elles restent insuffisantes pour inverser le rapport de force sur le terrain.
Les rebelles du M23, loin de reculer, poursuivent leur progression et continuent d’étendre leur contrôle sur le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. L’armée congolaise, affaiblie par des trahisons en interne, peine à contenir cette offensive, malgré le soutien des Wazalendo.
Ces sanctions suffiront-elles ?
Au moment où les chancelleries occidentales durcissent enfin le ton, la question demeure: ces sanctions suffiront-elles à faire plier Kigali ? Si elles affectent l’image et l’économie du Rwanda, elles ne constituent pas encore une véritable menace existentielle pour le régime de Paul Kagame.
L’issue du conflit dépendra en grande partie de la capacité de la communauté internationale à aller au-delà des simples condamnations. En attendant, les populations de l’Est congolais continuent de payer le prix fort d’une guerre qui, loin de s’apaiser, menace de s’étendre à d’autres pays de la région.
L’heure des demi-mesures semble révolue. Reste à savoir si les puissances occidentales iront jusqu’au bout de leur logique ou si, comme par le passé, elles finiront par privilégier la realpolitik au détriment de la justice et de la stabilité régionale.
Visite du PROCUREUR DE LA CPI
C'est sur ces entrefaites qu'intervient l’arrivée du procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan à Kinshasa. Lors de son arrivée à Kinshasa, le procureur a tenu un discours ferme sur le respect du droit international humanitaire.
«Un message très clair doit être passé : aucun groupe armé, aucune force armée, aucun allié d’un groupe armé ou d’une force armée n’a de chèque en blanc. Ils doivent respecter le droit international humanitaire», a-t-il déclaré.
Justice pour le peuple congolais
Karim Khan a insisté sur l’importance de la justice pour les populations congolaises : «Nous allons voir si le droit international pénal peut supporter les exigences des populations de la RDC, à savoir l’application uniforme de la loi».
Il a également dénoncé la différence de traitement accordée aux crises internationales : «Les populations de la République démocratique du Congo sont aussi précieuses que celles d’Ukraine, d’Israël ou de Palestine, que les filles et femmes d’Afghanistan».
Le bureau du procureur de la CPI a ouvert en 2023 une enquête sur les crimes commis dans la province du Nord-Kivu depuis janvier 2022. La situation actuelle dans l’est du pays «entre dans le cadre de l’enquête en cours», ont confirmé les services de Karim Khan début février.
Christian-Timothée MAMPUYA