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APRES ECHANGES AVEC LES REPRESENTANTS DE M23/AFC HIER A GOMA, Mgr N'shole : "Pas de logique de balkanisation"
Ils ne sont pas revêtus de leur soutane et col pastorale pour une mission apostolico-évangélique. Cependant, en vue de désamorcer la crise sécuritaire persistante dans l'Est, les représentants de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et de l'Église du Christ au Congo (ECC) ont rencontré, hier mercredi, à Goma les délégués de la coalition M23/AFC. La réunion qui s'est tenue dans le luxueux hôtel Serena, niché au cœur de la ville, aux abords du lac Kivu.
Cette démarche s'inscrit dans le cadre du " Pacte Social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs ", un projet initié par les deux églises pour favoriser le dialogue entre les différentes parties impliquées dans le conflit.
Ils sont venus par air, par terre, mer ou par lac ?
D'autant plus que l'aéroport international de Goma sous contrôle des terroristes est inaccessible. La voie lacustre par le sud-Kivu ( Bukavu) et Goma est interdite pour des raisons sécuritaires. La question qu'on se pose tous, ces religieux, comment sont-ils arrivés à Goma ? Par air, par terre, mer ou par lac ? Selon des sources concordantes, ces prêtres et pasteurs sont passés via Kigali au Rwanda, puis Gisenyi avant de transiter à Goma par la Grande barrière. Leur présence à Goma est une surprise ! Même s'ils avaient annoncé leur intention de rencontrer les belligérants, cependant, personne ne les attendait d'aussi tôt dans cette ville.
Au sortir de cette audience qui a duré près de 3 heures Monseigneur Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, a rapporté à la presse que cette rencontre visait à écouter les positions de l'AFC et du M23 sur des préoccupations majeures, notamment la crainte d'une balkanisation de la RDC et l'exploitation illicite des ressources naturelles.
" Nous avons commencé une tournée auprès des personnalités importantes à impliquer dans cette dynamique et avons pensé que l'AFC/M23 pouvait apporter une contribution significative à la construction de la paix. Nous avons voulu les exhorter, les écouter et, en même temps, écouter la population à travers Monseigneur Willy Ngumbi, Évêque de Goma ", a déclaré Mgr Nshole.
Le secrétaire général de la CENCO s'est dit motivé à poursuivre cette initiative, soulignant que des discussions entre Congolais pourraient permettre de résoudre plusieurs problèmes.
" En les écoutant, nous avons compris qu'il y a beaucoup de choses qui pourraient être réglées si les Congolais se mettaient autour d'une table ", a-t-il ajouté.
Outre la question du cessez-le-feu, la délégation religieuse a abordé plusieurs préoccupations majeures des Congolais, notamment l'exploitation illicite des ressources naturelles et la crainte d'une balkanisation du pays.
" C'était aussi l'occasion de partager avec eux les préoccupations des Congolais sur la peur de la balkanisation et l'exploitation illicite des matières premières. Nous avons reçu des réponses assez rassurantes affirmant qu'ils ne sont pas dans cette dynamique", a rapporté Mgr Nshole.
Cependant, malgré ces assurances, la méfiance demeure. De nombreux observateurs rappellent que le M23, soutenu par le Rwanda, occupe illégalement la ville de Goma, cela ravive les craintes d'une tentative de partition du territoire congolais.
En outre, les églises ont plaidé pour la réouverture de l'aéroport international de Goma et des autres voies de communication pour faciliter l'aide humanitaire aux populations touchées par les violences.
L'initiative des Églises rejetée par USN et UDPS
" Nous avons compris que beaucoup de choses peuvent avancer par le dialogue. Nous avons fait le plaidoyer pour l'ouverture du port et de l'aéroport, mais aussi sollicité l'arrêt des hostilités, car il y a plusieurs conséquences de la guerre", a fait savoir Mgr Nshole à l'issue de cette rencontre.
L'initiative portée par les Églises catholique et protestante visant à consulter la classe socio-politique pour un dialogue national en cette période de crise sécuritaire en République Démocratique du Congo (RDC) fait face à une vive opposition du pouvoir en place.
Dans un communiqué officiel, l'USN a dénoncé le fait que les responsables de cette initiative n'ont pas attendu la position définitive du Président Félix Tshisekedi, qui les avait pourtant reçus il y a une semaine. " Le fameux ''Pacte social'' proposé par certains est une initiative individuelle de ceux qui avaient déjà pris d'autres contacts ailleurs et qui n'ont pas voulu attendre la position finale du Garant de la nation. Par conséquent, ce projet n'engage ni l'USN ni sa haute autorité politique ", précise le communiqué.
Mardi 11 février 2025, l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), parti présidentiel, a également exprimé son opposition à cette démarche. Selon l'UDPS, l'initiative vise à organiser des négociations politiques en dehors des processus régionaux de Luanda et de Nairobi, qui encadrent les efforts de pacification dans l'Est du pays. Le parti au pouvoir a par ailleurs dénoncé une "initiative narquoise " de certains acteurs religieux, estimant que leurs prises de position antérieures ont souvent reflété une attitude critique envers les institutions de la République.
Le gouvernement clarifie la position de l'État
Lors d'un briefing presse tenu lundi 10 février, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a insisté sur le fait que le Président Félix Tshisekedi n'a pas mandaté la Cenco et l'ÉCC pour entreprendre ces consultations.
" C'est une initiative qu'ils portent et qui n'en est qu'à ses débuts. Ils sont allés voir le président, qui les a accueillis, mais il faut savoir qu'il ne leur a pas donné un mandat quelconque. C'est une nuance de taille ", a-t-il expliqué.
Selon Muyaya, le Chef de l'État prendra le temps d'évaluer cette démarche avant de se prononcer officiellement. Il rappelle que la RDC est déjà engagée dans des mécanismes de négociation régionale et que toute nouvelle initiative doit s'inscrire dans ce cadre pour éviter les doubles canaux de dialogue.
Tshisekedi entre ouverture et prudence
Malgré cette opposition politique, le Président Félix Tshisekedi ne ferme pas complètement la porte à cette démarche. Toutefois, selon l'Évêque Ejiba Yamampia, responsable de l'Église de Réveil du Congo (ERC), le chef de l'État souhaite que d'autres confessions religieuses soient impliquées afin de garantir une approche plus inclusive.
" Le Président est ouvert à l'initiative, mais à condition qu'elle soit inclusive. Il nous a demandé de travailler ensemble pour élaborer un programme commun ", avait-il affirmé après une audience avec le chef de l'Etat à la cité de l'UA
Tshisekedi, qui avait déjà reçu la CENCO et l'ECC dans le cadre de ce projet, semble jouer la carte de la prudence, évitant d'endosser pleinement cette initiative tout en reconnaissant la nécessité d'un dialogue pour mettre fin aux violences dans l'Est du pays ?
Cenco-ECC déterminés à promouvoir le pacte social
Malgré ces oppositions, la Cenco et l'ECC restent déterminées à promouvoir le projet du " Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs". Les deux institutions religieuses estiment que cette démarche est le fruit d'un long processus initié en réponse aux sollicitations de divers acteurs nationaux et régionaux. Elles affirment leur volonté de mobiliser la population congolaise et de rassembler toutes les parties impliquées, y compris certains groupes armés, pour parvenir à une paix durable.
L'initiative de la Cenco et de l'ECC intervient dans un contexte où la communauté internationale encourage Kinshasa à dialoguer avec les groupes armés, comme l'a récemment souligné le sommet conjoint EAC-SADC de Dar es Salaam. Pourtant, le gouvernement congolais n'a pas clairement affiché sa position sur cette question, bien qu'initialement refusait de se mettre sur la même table de négociation avec ces terroristes.
Christian-Timothée MAMPUYA