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Seth Kikuni sur le chemin de l'exil
* Le Cadre de concertation dénonce une persécution politique
La nouvelle est tombée comme un aveu silencieux de la gravité du climat politique actuel. L'opposant congolais Seth Kikuni a quitté la République démocratique du Congo. L'annonce a été faite, hier lundi 19 janvier 2026 par le Cadre de concertation des forces politiques et sociales, qui évoque une " opération discrète, coordonnée et courageuse " qui a permis à l'ancien candidat à la présidentielle de 2023 de se mettre à l'abri, dans un lieu tenu confidentiel, où son intégrité physique et morale serait pleinement préservée.
Derrière cette sortie du territoire, présentée comme une mesure de protection, se dessine le spectre d'une nouvelle affaire judiciaire. Selon le Cadre de concertation, Seth Kikuni était menacé par l'ouverture imminente d'une procédure qualifiée d'arbitraire et à caractère politique, consécutive à une lettre datée du 15 décembre 2025 de l'auditeur général près la Haute Cour militaire, adressée au procureur général près la Cour de cassation. Un document que ses soutiens perçoivent comme le prélude à une nouvelle mise sous pression judiciaire d'un acteur politique déjà fragilisé par un lourd passif répressif.
" Arrêté arbitrairement en septembre 2024 par l'ANR et détenu au secret pendant vingt-huit (28) jours, avant d'être transféré au parquet dans le cadre d'un procès à caractère politique au terme duquel il avait été injustement condamné à douze (12) mois de prison ferme sur instruction de l'Administrateur général de l'ANR, Seth Kikuni a de nouveau été arrêté le 17 octobre dernier à l'aéroport international de N'Djili, à son retour d'une réunion politique de haut niveau tenue à Nairobi ", peut-on lire.
SUR LA VOIE DE L'EXODE
Arrêté en septembre 2024, il avait été détenu au secret pendant vingt-huit jours avant d'être transféré devant le parquet dans le cadre d'un procès largement dénoncé comme politique. Condamné à douze mois de prison ferme pour " incitation à la désobéissance civile " et "propagation de faux bruits ", il avait passé six mois à la prison centrale de Makala avant d'être libéré le 1er mars 2025.
Cette libération n'avait toutefois pas marqué la fin de ses ennuis. Le 18 octobre 2025, à son retour à Kinshasa après avoir pris part au conclave de l'opposition convoqué à Nairobi par l'ancien président Joseph Kabila, le président du parti Piste pour l'émergence avait été interpellé à l'aéroport international de N'djili par des agents se réclamant de l'ANR. Son passeport avait alors été confisqué par la Direction générale de migration, sans jamais lui être restitué depuis, le plaçant de facto sous une restriction de mouvement dénoncée comme arbitraire par ses proches et alliés politiques.
C'est dans ce climat que Seth Kikuni aurait décidé de quitter le pays. Le Cadre de concertation parle d'une opération de " sauvetage " menée dans un contexte de fortes menaces et de graves violations des libertés fondamentales, exprimant sa profonde reconnaissance à toutes les personnes de bonne volonté et aux organisations qui se seraient impliquées dans cette démarche délicate.
ULTIME REFUGE
L'exil de l'opposant intervient alors même qu'il continuait à occuper l'espace public par ses prises de position critiques. Ce lundi encore, il s'est vivement exprimé contre le déplacement du chef de l'État à Davos, en Suisse, où ce dernier participe à la 56? réunion annuelle du Forum économique mondial. Une sortie politique qui, pour ses soutiens, illustre à la fois sa constance dans l'opposition et la vulnérabilité d'une voix dissidente dans un contexte politique jugé de plus en plus contraignant.
Dans son communiqué, le Cadre de concertation annonce que Seth Kikuni prendra prochainement la parole afin d'éclairer l'opinion nationale et internationale sur les circonstances exactes de son départ.
Au-delà du cas individuel de Seth Kikuni, cet épisode met en lumière une dynamique plus large de judiciarisation du débat politique, régulièrement dénoncée par l'opposition et la société civile. Son départ du pays apparaît ainsi moins comme un choix personnel que comme le symptôme d'un malaise démocratique persistant, où l'exil devient, pour certains acteurs politiques, l'ultime refuge face à la pression de l'appareil sécuritaire et judiciaire.
Christian-Timothée MAMPUYA