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SENAC 2026 : la RDC veut faire du marché carbone un levier de souveraineté et de développement
Ouverte ce lundi 26 octobre à Kinshasa, la deuxième édition de la Semaine nationale du climat place le marché carbone au centre des réflexions sur l'avenir économique et environnemental du pays. Jusqu'au 30 octobre, les participants sont appelés à réfléchir aux mécanismes susceptibles de transformer les richesses naturelles du pays en retombées concrètes pour les populations, à l'approche de la COP 31 prévue à Antalya, en Turquie.
Kinshasa accueille, depuis ce lundi 26 octobre, la deuxième édition de la Semaine nationale du climat (SENAC 2026), un rendez-vous consacré aux enjeux climatiques et aux perspectives qu'offre le marché carbone à la République démocratique du Congo. Placées sous le thème "La République démocratique du Congo à l'ère du développement des marchés carbone : opportunités pour tous et perspectives d'avenir", ces assises, qui se poursuivent jusqu'au 30 octobre, réunissent des acteurs nationaux et internationaux, des autorités coutumières ainsi que des représentants des communautés locales et des peuples autochtones.
Au-delà des échanges sur les mécanismes de financement climatique, cette rencontre soulève une question essentielle : comment faire en sorte que les richesses environnementales de la RDC profitent davantage à ceux qui contribuent quotidiennement à leur préservation ?
C'est autour de cette préoccupation que s'est articulée l'intervention de Jacquemain Shabani, vice-Premier ministre, ministre de l'Intérieur, représentant le président de la République à la cérémonie d'ouverture. Dans son allocution, il a insisté sur la nécessité de faire de cette deuxième édition un véritable cadre de décision, loin d'une succession de discours et de déclarations d'intention.
"Le président de la République souhaite que cette deuxième édition de la Semaine nationale du climat marque un tournant décisif. Il ne voudrait pas qu'elle soit simplement une succession de discours, de conférences et de déclarations. Il veut que ce soit une semaine de décisions, d'engagements et de résultats", a-t-il déclaré.
La RDC entend désormais traduire ses ambitions climatiques en actions mesurables. À cet effet, le gouvernement attend de ces assises des propositions concrètes pour rendre le marché carbone crédible et opérationnel, un portefeuille de projets climatiques susceptibles d'attirer des financements, ainsi qu'une feuille de route assortie de responsabilités et d'échéances précises.
Le vice-Premier ministre a également appelé à une participation effective des 26 provinces à cette dynamique, afin que les conclusions des travaux contribuent à renforcer la position congolaise dans les négociations climatiques internationales. Il a assuré que les recommandations formulées à l'issue de cette édition devraient être traduites en actions concrètes, accompagnées d'un mécanisme de suivi et d'évaluation.
FAIRE DE LA RICHESSE FORESTIÈRE UNE SOURCE DE PROSPÉRITÉ
Derrière cette volonté d'accélérer la mise en œuvre des engagements se dessine un enjeu majeur pour la RDC : valoriser son patrimoine naturel sans sacrifier les intérêts de sa population.
Avec ses vastes étendues forestières et son rôle dans la régulation du climat mondial, le pays dispose d'atouts considérables dans le domaine environnemental. Pourtant, la mobilisation des financements nécessaires à son développement demeure un défi. Un paradoxe que Jacquemain Shabani a soulevé avec insistance devant les participants.
Comment comprendre que les communautés qui contribuent à la protection des forêts continuent de vivre dans la pauvreté ? Comment expliquer qu'un pays dont les écosystèmes rendent des services essentiels à l'humanité peine encore à mobiliser les ressources nécessaires à son propre développement ?
Pour le représentant du chef de l'État, cette contradiction doit prendre fin. La préservation du patrimoine naturel congolais ne saurait être considérée comme une contrainte imposée au développement. Elle doit, au contraire, devenir un puissant levier de transformation économique et sociale.
Dans cette perspective, le marché carbone apparaît comme un mécanisme susceptible de mobiliser des financements en faveur de la conservation des forêts, de la restauration des terres dégradées, de l'agroforesterie, de l'agriculture durable, des énergies propres et de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Au-delà de ses bénéfices environnementaux, ce dispositif pourrait également favoriser l'émergence de nouvelles entreprises, attirer des investissements responsables, créer des emplois verts et générer des revenus pour les communautés locales.
Toutefois, le gouvernement entend veiller à ce que cette nouvelle économie ne se développe pas au détriment des populations congolaises. Pour Jacquemain Shabani, le carbone de la RDC ne doit pas devenir une richesse supplémentaire qui échappe à ses propres citoyens. Le marché carbone doit ainsi reposer sur la souveraineté nationale, la transparence, l'intégrité, la sécurité juridique et un partage juste et équitable des bénéfices.
L'enjeu est donc autant économique qu'environnemental : attirer les investissements sans renoncer au contrôle des ressources nationales, tout en garantissant aux communautés concernées une place effective dans les décisions et dans la redistribution des revenus.
MARIE NYANGENDAMBO PLAIDE POUR UN MARCHÉ CARBONE ÉQUITABLE
Dans le même esprit, la ministre de l'Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du climat, Marie Nyange Ndambo, a présenté cette deuxième édition comme une étape importante dans la valorisation du patrimoine naturel congolais.
Pour la ministre, le monde entre dans une nouvelle ère, où les efforts consacrés à la préservation de la nature peuvent être reconnus, valorisés et financés. La protection des forêts ne doit donc plus être envisagée uniquement sous l'angle des obligations écologiques, mais également comme un moteur de croissance, de création d'emplois et d'innovation.
"Nous entrons dans une nouvelle époque. Une époque où les efforts de préservation de la nature peuvent être reconnus, valorisés et financés. Une époque où la protection de nos forêts n'est plus uniquement une exigence écologique, mais également un levier de croissance, d'emplois et d'innovation", a-t-elle affirmé.
Cette vision repose sur une ambition : faire du marché carbone un instrument au service de l'ensemble de la société congolaise. Les communautés locales, qui participent à la protection des forêts, les peuples autochtones, gardiens ancestraux des écosystèmes, mais aussi les femmes et les jeunes doivent pouvoir bénéficier des retombées de cette nouvelle économie verte.
Les générations futures ne sont pas en reste. La ministre a rappelé la responsabilité collective de transmettre aux prochains Congolais un patrimoine naturel préservé, capable de soutenir durablement le développement du pays.
Reste, toutefois, à traduire cette ambition en mécanismes transparents et efficaces. La crédibilité du marché carbone dépendra notamment de la capacité des institutions à encadrer les projets, à garantir l'intégrité des crédits carbone et à assurer une répartition équitable des revenus. Sans ces garanties, les opportunités économiques risqueraient de ne pas profiter suffisamment aux populations au nom desquelles la préservation des écosystèmes est défendue.
À L'APPROCHE DE LA COP 31, LA RDC VEUT PESER DANS LES NÉGOCIATIONS CLIMATIQUES
La tenue de la SENAC 2026 s'inscrit également dans la perspective de la 31? Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 31), prévue à Antalya, en Turquie. À l'approche de ce rendez-vous international, la RDC entend faire entendre une voix africaine qui réclame une participation pleine et entière aux décisions relatives à l'avenir climatique de la planète.
Pour Kinshasa, il ne s'agit pas seulement de rappeler l'importance des forêts congolaises dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il s'agit aussi de défendre le principe d'une rémunération juste des services environnementaux rendus à l'humanité par les pays qui préservent leurs écosystèmes.
La RDC entend ainsi défendre une meilleure reconnaissance des efforts consentis par les pays qui préservent les écosystèmes essentiels à l'équilibre climatique mondial. Pour Kinshasa, cette contribution doit s'accompagner de financements conséquents, permettant de concilier protection de l'environnement et développement socio-économique.
Dans son message, Marie Nyange Ndambo a ainsi appelé à faire du climat non pas une contrainte, mais une opportunité de transformation nationale. Elle a insisté sur la nécessité de passer des promesses aux résultats, des engagements aux investissements et des ambitions aux réalisations concrètes.
La deuxième édition de la Semaine nationale du climat devra donc permettre de consolider les propositions congolaises, de renforcer les partenariats et de préparer les positions que le pays défendra lors des prochaines négociations internationales.
Christian-Timothée MAMPUYA