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Opposition : « Veni, vidi… », la C64 à l’épreuve de Rome
Réunis dans la capitale italienne depuis hier lundi 26 octobre, Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et Augustin Matata Ponyo cherchent à harmoniser leurs positions sur la crise congolaise. Le dialogue national, la défense de l’ordre constitutionnel et le positionnement face au Front pour la refondation de la nation (FRN) figurent parmi les principaux enjeux de ces assises.
Veni, vidi… Je suis venu, j’ai vu… La formule latine, rendue célèbre par Jules César, pourrait servir de fil conducteur à la rencontre des principaux dirigeants de la Coalition Article 64 (C64), réunis à Rome, en Italie, les 26 et 27 octobre 2026. Mais, contrairement au célèbre général romain, les opposants congolais ne sont pas encore au stade de la victoire. Ils doivent d’abord accorder leurs violons sur les grandes questions qui divisent et préoccupent la classe politique du pays.
Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et Augustin Matata Ponyo se retrouvent pour la première fois en présentiel depuis la création de leur coalition, en mai dernier. L’objectif est de dégager une position commune sur la situation politique et sécuritaire du pays, tout en précisant les orientations de leur plateforme face aux évolutions récentes de la crise congolaise.
PRINCE EPENGE, UNE AFFAIRE QUI S’INVITE À ROME
La concertation a été marquée dès son ouverture par l’interpellation de Prince Epenge, président de l’ADD-Congo et figure de l’opposition, qui devait prendre part aux assises.
Empêché de quitter Kinshasa, l’opposant a été localisé au Conseil national de cyberdéfense après la confiscation de son passeport à l’aéroport international de N’Djili. Les dirigeants de la C64 ont réclamé sa libération immédiate et interpellé la communauté internationale sur sa situation.
Cette affaire ajoute un volet relatif aux libertés politiques aux discussions engagées en Italie. Elle intervient alors que les relations entre le pouvoir et plusieurs acteurs de l’opposition restent tendues.
Les suites de ce dossier, notamment les explications des autorités compétentes et les éventuelles procédures judiciaires, seront déterminantes pour en préciser les circonstances.
ROME, PREMIÈRE ÉTAPE D’UNE DÉMARCHE DIPLOMATIQUE
La rencontre de Rome devrait également ouvrir la voie à une tournée politique et diplomatique. Des étapes à Paris et à Bruxelles sont annoncées, avant d’éventuels déplacements à Luanda et à Brazzaville.
L’objectif serait de porter les préoccupations de la coalition auprès de différents interlocuteurs internationaux, en particulier sur la crise sécuritaire, le dialogue national et la défense de l’ordre constitutionnel. Cette démarche doit toutefois s’accompagner d’une ligne politique claire pour donner davantage de cohérence aux positions défendues par les opposants.
Au-delà de la dimension diplomatique, la rencontre constitue un test de cohésion pour la C64. Les cinq dirigeants devront montrer qu’ils peuvent dépasser leurs éventuelles divergences et s’accorder sur des orientations communes pour parler d'une seule voix.
DE « VIDI » À « VICI » ?
La question reste entière. Les opposants sont venus à Rome pour examiner la situation du pays, confronter leurs analyses et tenter de dégager une position commune. Reste à savoir s’ils parviendront à traduire cette concertation en décisions concrètes.
Dans une scène politique congolaise marquée par la crise sécuritaire, les débats constitutionnels et les appels au dialogue, la C64 est attendue sur sa capacité à proposer une voie politique distincte et cohérente.
Le défi ne se limite donc pas à afficher une unité de circonstance. Il consiste à préciser les objectifs poursuivis, les moyens envisagés et les conditions d’une sortie de crise respectueuse de l’ordre constitutionnel.
LE DIALOGUE NATIONAL EN QUESTION
Parmi les dossiers majeurs inscrits à l’agenda figure la perspective d’un dialogue national inclusif. Les dirigeants de la C64 défendent un cadre de concertation réunissant les différentes forces politiques et sociales du pays, mais souhaitent que ses modalités ne soient pas définies unilatéralement par le pouvoir en place.
Au-delà du principe, plusieurs interrogations demeurent : qui devrait conduire ce dialogue ? Quelles garanties permettraient d’assurer la participation des différentes composantes de la société congolaise ? Et quelles questions devraient être abordées pour parvenir à une sortie durable de crise ?
Les échanges de Rome devraient permettre aux cinq dirigeants de préciser leur approche et de rapprocher leurs positions sur les conditions d’une éventuelle concertation nationale.
La question constitutionnelle figure également parmi les sujets sensibles. La C64 entend défendre l’ordre constitutionnel et s’oppose à toute initiative qu’elle considère susceptible d’ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel. Les discussions devraient ainsi contribuer à préciser les moyens politiques que la coalition entend privilégier pour faire valoir ses positions.
LE FACTEUR KABILA
Autre dossier incontournable : la position à adopter face au Front pour la refondation de la nation, dirigé par l’ancien président Joseph Kabila. L’émergence de cette nouvelle dynamique politico-militaire place l’opposition devant une question délicate.
Alors que plusieurs de ses dirigeants ont défendu l’idée d’un dialogue national auquel les différentes forces politiques devraient participer, ils sont désormais attendus sur leur lecture du rôle de l’ancien chef de l’État et sur leurs rapports avec le FRN.
La C64 affirme vouloir défendre une troisième voie, distincte de celle du pouvoir de Félix Tshisekedi et de l’option militaire. Cette orientation suppose de clarifier les limites entre la contestation politique du régime et le recours aux armes comme moyen d’accéder au pouvoir ou de modifier l’ordre institutionnel.
Les conclusions des travaux seront donc particulièrement attendues sur ce point. Une position commune permettrait aux cinq dirigeants de préciser leur ligne politique, même si l’ampleur de leur convergence reste à établir au terme des discussions.
Ézéchiel Monteirious MONTEIRO