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Être présentes dans les institutions politiques est un acquis à consolider. Y exercer un réel pouvoir d'influence sur les choix de société en est un autre. C'est le constat majeur qui a émergé…
Parité : la représentation féminine ne suffit pas, les femmes veulent peser sur la décision publique en RDC
Être présentes dans les institutions politiques est un acquis à consolider. Y exercer un réel pouvoir d'influence sur les choix de société en est un autre. C'est le constat majeur qui a émergé hier jeudi 5 novembre, au Cercle Élaïs de Kinshasa, lors du Café politique organisé par la Fondation allemande Friedrich Ebert, en partenariat avec la Dynamique des politologues de la RDC (DYPOL).
Placée sous le thème "Leadership féminin et pouvoir politique en RDC : de la représentation à l'influence dans la décision publique", cette rencontre a réuni chercheurs, acteurs politiques et figures de la société civile. L'objectif visé : analyser sans complaisance les obstacles au pouvoir féminin, décrypter les mécanismes d'influence et formuler des pistes de réformes concrètes.
Présente à cette tribune, Mme Marie-Josée Ifoku, femme politique de premier plan et candidate à l'élection présidentielle de 2023, s'est exprimée sur les réalités du terrain et la trajectoire des femmes dans les sphères de décision.
Saluant une dynamique en marche, elle a rappelé le chemin parcouru. "A l'Assemblée nationale, la proportion des femmes est passée à 13 % environ depuis 2006. Au niveau du gouvernement, les dames représentent quasiment 40 %. C'est un travail qui est fait et qu'il faut saluer."
Toutefois, l'ancienne candidate à la magistrature suprême n'a pas occulté la dureté de l'arène politique. " C'est un espace de pouvoir où il y a beaucoup de violence, d'intimidation... Mais, nous voyons que la femme arrive quand même à se battre et à se positionner. Nous devons donc l'encourager ", a-t-elle insisté, appelant à préserver et amplifier ces efforts.
POUR UN PARTENARIAT HOMME-FEMME
Apportant l'éclairage académique et la rigueur scientifique à la discussion, Mme Angélique Muadi Kasansa, enseignante et chercheuse au Département des Sciences politiques et administratives de l'Université de Kinshasa (UNIKIN), a plaidé pour un changement profond de paradigme.
Loin des slogans fermés, la chercheuse récuse la simple idée de "complémentarité " au profit d'un véritable partenariat politique : " Il n'existe pas un monde d'hommes sans femmes, ni un monde de femmes sans hommes. Les droits ne se donnent pas, ils se gagnent. Mais aujourd'hui, les femmes ne doivent pas marcher seules. Je ne veux pas du simple concept de complémentarité, comme s'il manquait quelque chose ; je veux un partenariat. Être partenaires, c'est partager la même vision et avancer ensemble. "
Mme Angélique Muadi a également mis en garde contre le risque de divisions internes, prônant la transmission et la solidarité intergénérationnelle : "La réussite d'une femme ne doit pas être perçue comme une menace pour les autres. Nous ne voulons pas d'un leadership écrasant, mais d'un leadership collaboratif et incitatif qui forme et tire les plus jeunes vers le haut."
RESPONSABILISER LES PARTIS POLITIQUES
Du côté de l'expérience parlementaire, l'honorable Maneno Riziki Kibandou, députée nationale (élue de Matadi) et vice-présidente du Réseau des femmes parlementaires (REFEPA), s'est attaquée aux freins socioculturels ainsi qu'aux faiblesses institutionnelles. Selon l'élue, le premier combat reste la déconstruction des stéréotypes qui confinent encore trop souvent la femme aux rôles domestiques.
" Le grand défi, dit-elle, est de dépasser le préjugé selon lequel la place de la femme serait uniquement à la cuisine. Une femme doit être considérée pour ses compétences. Il ne doit plus être exceptionnel de voir une femme élue ou occupant un poste de décision. On doit intégrer qu'elle a toutes les capacités d'exercer le pouvoir. "
Sur le plan juridique et stratégique, la vice-présidente du REFEPA regrette l'ineffectivité des cadres réglementaires existants. Elle appelle à des sanctions contre les partis politiques récalcitrants : " Les lois existent, mais elles ne sont tout simplement pas appliquées. Il manque une articulation concrète avec les partis politiques pour qu'il y ait non seulement des mesures incitatives, mais aussi des règles contraignantes - et des sanctions s'il le faut - en cas de non-respect de la loi. "
IDENTIFIER LES VERROUS
Intervenant à l'issue des échanges pour synthétiser les travaux du dernier Café politique, Christian Moleka, coordinateur de la Dynamique des politologues de la RDC (DYPOL), a souligné la nécessité de dépasser la simple présence comptable des femmes pour interroger l'efficacité de leur action politique.
Parmi les obstacles relevés, figurent le verrou financier qui pénalise l'accès aux ressources pour les campagnes électorales. Aussi, les pesanteurs socioculturelles liées aux stéréotypes patriarcaux et aux violences verbales, les limites juridiques où le manque d'efficacité des normes incitatives de la loi électorale est accentué par des dispositifs restrictifs comme le double seuil.
Pour le coordinateur de la DYPOL, ce diagnostic invite à une réforme globale du cadre électoral et des pratiques sociales afin de garantir un accès réel et efficace des femmes aux instances de décision, rappelant qu'un développement harmonieux de la nation ne peut s'envisager sans mobiliser pleinement 50 % de la population et de l'électorat.
Au terme de cette rencontre, l'ensemble des participants sont tombés d'accord : si la représentativité comptable progresse, la bataille décisive se joue désormais sur l'impact réel du leadership féminin dans la formulation des politiques publiques.
En associant l'expérience du terrain politique, la rigueur académique, la pratique législative et l'expertise scientifique de la DYPOL, ce Café politique réaffirme que la démocratie inclusive ne pourra se construire sans un pouvoir féminin influent, préparé et soutenu.
Yves KALIKAT