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Martin Fayulu : "Le dialogue ne doit pas être une foire de partage du pouvoir"
La quête d'un consensus national en République démocratique du Congo taraude de plus en plus l'esprit des acteurs politiques et de la Société civile. À l'initiative de la Dynamique des Politologues Congolais (DYPOL), en partenariat avec la Fondation Friedrich Ebert, un numéro des " Cafés Politiques Uongozi " a été organisé le mercredi 23 septembre au Cercle Élaïs de la Gombe afin d'éclairer la lanterne de l'opinion sur un thème hautement stratégique : "Référendum et dialogue politique en RDC : quelle voie pour un consensus national ?". Tribune d'échanges, l'événement a été marqué par l'adresse du leader de l'opposition, Martin Fayulu Madidi, président national de l'ECiDé, face à la grille d'analyse académique portée par son co-débateur, le Professeur Katunda Mundundu.
A l'affiche devant un parterre composé d'universitaires, d'acteurs de la société civile et de jeunes cadres politiques, Martin Fayulu, figure de proue de l'opposition, a tenu, de prime abord, à lever toute équivoque sur la finalité d'un dialogue national dans le contexte politique actuel.
" Le dialogue politique que nous réclamons a pour unique but d'aboutir à la cohésion nationale et non au partage du pouvoir ou du gâteau, comme nous l'avons trop souvent déploré dans ce pays. Ce ne doit en aucun cas être une foire de partage de postes ou un mécanisme déguisé de glissement institutionnel", a souligné Martin Fayulu.
Réagissant fermement aux débats autour de la révision ou du changement de la Loi fondamentale, le président national de l'ECiDé a rappelé le caractère sacré du texte constitutionnel : " La Constitution, ce n'est pas un chiffon ! Ce n'est pas un papier qu'on prend quand on en a besoin. Un papier qu'on regarde, et quand on n'a pas besoin, on jette. La Constitution a été élaborée puis votée par les Congolais au référendum. "
ALERTE SUR LA BALKANISATION
Se prononçant sur les négociations et processus diplomatiques menés hors des frontières nationales, Martin Fayulu s'est insurgé contre l'absence d'un cadre de concertation inclusif sur le sol congolais, pointant du doigt les discussions de Doha : " Qu'est-ce qu'on signe à Doha ? Pourquoi vous disputez à Doha avec ces gens-là que vous ne voulez pas voir autour d'une table avec tous les Congolais, avec la Société civile, avec l'Opposition ? [...]
Si l'on dit que la zone touchée va être gérée par le M23 et qu'ils pourront faire tout ce qu'ils veulent pendant que nous regardons, vous partitionnez le pays. C'est ça la balkanisation du pays ! "
Pour le leader de l'ECiDé, la recherche d'un véritable consensus exige un langage de vérité sans complaisance.
" Le consensus, dit-il, doit être obtenu quand les uns et les autres se mettent ensemble et se disent des vérités. Il faut se dire des vérités ! Tout ce qui a été fait de mauvais contre la nation, je dois le dire. "
Avisant les jeunes et la classe politique face aux tentations du gain facile, Martin Fayulu a conclu son intervention par un plaidoyer d'éthique citoyenne : " Nous avons un pays. À mon âge ici, je dois partir... Les autres sont partis, nous allons partir. On va laisser le pays à qui ? Dans quel état ? La question que vous devez vous poser : si quelqu'un pense que le peu qu'il a dans sa poche là qu'on lui donne, c'est ça... Vous ne ferez absolument rien avec cet argent. Vous devez produire : tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. "
" BATIR DES PONTS DE CONFIANCE "
Faisant écho aux exigences formulées par l'opposant, le Professeur Katunda a apporté la rigueur du cadrage scientifique et juridico-politique nécessaire à la compréhension des enjeux.
Analyse à l'appui, l'universitaire a disséqué les pathologies des précédents dialogues en RDC, souvent perçus comme des parenthèses de légitimation temporaire au détriment de la stabilité institutionnelle durable.
" Un dialogue politique ne produit d'effets durables que s'il repose sur des compromis sincères et sur des garde-fous juridiques clairs ", a relevé le Professeur Katunda Mundundu.
" Il est, dit-il, indispensable de bâtir des ponts de confiance solides entre la classe politique et la société civile. La crise de légitimité ne se résout pas par des décrets ni par des arrangements précaires, mais par le respect scrupuleux des engagements souscrits devant la Nation".
UN CADRE NEUTRE POUR LA CONVERGENCE DES IDEES
À l'issue des échanges, Constantin Grund, Représentant résident de la Fondation Friedrich Ebert (FES) en RDC, s'est exprimé devant la presse pour clarifier la démarche de son institution et le sens de cet accompagnement.
Interrogé sur la composition du plateau et l'absence des représentants du pouvoir, il a tenu à préciser les circonstances : " On a une offre de plateaux qui sont équilibrés. Malheureusement, le pouvoir n'a pas pu venir à la dernière seconde. Ce n'est pas un plateau qu'on offre à Martin Fayulu exclusivement, bien entendu. On invite toujours tout le monde et c'est pour cela que c'est équilibré quand même. Là, il a un plateau, à lui seul, en raison d'empêchements de dernière minute, mais les invitations et les confirmations étaient bien là. "
Fixant l'opinion sur le rôle fondamental de la Fondation allemande qu'il représente, Constantin Grund a réaffirmé la neutralité de sa structure, tout en insistant sur la primauté de la souveraineté nationale. " Une valeur cœur de chaque démocratie, c'est le dialogue. C'est la capacité de se parler, même sur les sujets brûlants, sensibles et importants. Nous n'intervenons pas de manière partisane, nous offrons un cadre d'échange en espérant amener la discussion vers une convergence d'idées et un consensus ", a précisé le Représentant résident de la fondation Friedrich Ebert Striftung.
Mais, quant à savoir si la RDC doit organiser un référendum ou choisir une autre voie, ce n'est pas à la Fondation de le suggérer : c'est aux Congolais de trouver leur propre schéma à travers les moyens dont ils disposent.
SYNERGIE POUR UN DEBAT EQUILIBRE
Pendant près de quatre heures de débats contradictoires, les conférenciers ont répondu aux questions incisives de la salle, abordant les écueils de la représentativité, le risque de dilution des responsabilités et les conditions d'un pacte citoyen.
La synergie entre la fermeté politique de Martin Fayulu, la rigueur académique du Professeur Katunda et la neutralité du cadre offert par la Fondation Friedrich Ebert a permis de dégager une feuille de route conceptuelle pour l'avenir démocratique du pays.
Les organisateurs de la DYPOL ont, eux, annoncé la publication imminente d'un document de synthèse, formulant des recommandations concrètes destinées aux décideurs et à l'opinion publique.
Yves KALIKAT