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Le rôle de l'intellectuel engagé dans la reconstruction de la République démocratique du Congo
(Fweley Diangitukwa est Professeur et chercheur. Auteur de plusieurs ouvrages dont le plus récent est : " Méthodologie du mémoire et de la thèse. L'art d'écrire un bon travail de recherche ", éditions Presses de l'Université Kongo, juin 2026, 410 pages.)
Dans ces colonnes, nous publions la conférence publique tenue le 27 juin, à Matadi, dans la salle Saint Jacques par le professeur Fweley Diangitukwa, Directeur de l'École doctorale de l'Université Kongo à Mbanza-Ngungu et professeur de science politique à l'Université président Kasa-Vubu à Boma, dans la province du Kongo Central. Cette conférence a été organisée par la Commission des intellectuels de la Cathédrale notre Dame Médiatrice basée dans la cure de ladite Paroisse en ville basse.
Dans toutes les sociétés, ce sont les femmes et les hommes qui s'engagent fermement, qui font l'histoire à travers leurs actions et les décisions qu'ils prennent pour orienter le destin de leur nation.
En effet, dans la tendance vers un changement social qualitatif et permanent, on observe régulièrement une lutte entre les acteurs qui aspirent aux transformations des structures et ceux qui, au contraire, s'y opposent parce qu'ils préfèrent la conservation de leur fonction et de leurs privilèges immédiats. Ceux-ci sont, pour ainsi dire, plus intéressés au statu quo qu'au changement.
L'intelligentsia politique est la catégorie sociale qui participe plus que les autres - à travers ses initiatives et ses décisions - aux mutations de la société. Toutefois, dans toutes les sociétés, ceux qui se disent être des intellectuels sont divisés en deux catégories : les uns obéissent et soutiennent le système ou le régime en place, tandis que les autres s'opposent parce qu'ils aspirent à un mieux-être collectif.
TOUT UNIVERSITAIRE N'EST PAS Un INTELLECTUEL
En République démocratique du Congo, nous avons tendance à confondre ceux qui détiennent des diplômes d'études supérieures et universitaires et les vrais intellectuels. Mais tout universitaire n'est pas un intellectuel. Les diplômés universitaires sont manipulables et obéissent facilement, surtout lorsque les décideurs politiques ou les gouvernants leur proposent de l'argent ou des biens matériels (maison, voiture, voyage à l'étranger, salaire exorbitant, etc.). Ce sont des médiocres parce qu'ils sont dociles. Ce sont également des femmes et des hommes des opportunités et des complicités lâches. On trouve souvent ces diplômés d'universités parmi les femmes et les hommes du pouvoir. La plupart d'entre eux sont imbus d'eux-mêmes et se donnent tant d'importance. Leur comportement a été très clairement décrit par la Roumaine Doïna Cornea. Nous les retrouvons partout, parmi les ministres sans étoffe, les députés de paille, les sénateurs sans profondeur, etc. Il est certain que ceux-ci ne détiennent pas le statut d'intellectuel, car ce sont, pour la plupart, des m'as-tu-vu.
Puis, de l'autre côté, sinon en face d'eux, il y a les intellectuels qui composent cette autre catégorie en voie de disparition. En tout cas, cette autre catégorie est devenue de plus en plus rare, voire restreinte, dans la société congolaise. Au-delà de leur savoir étendu, ceux-ci possèdent des qualités ou des capacités intellectuelles d'exception. Ils sont riches, voire très riches, non pas en argent ni en biens matériels mais en connaissances et en expérience. À leurs qualités exceptionnelles, il faut ajouter les exigences de nature éthique. C'est chez eux que l'on trouve ce que Max Weber appelle " éthique de conviction et éthique de responsabilité.
Pour faire court, le rôle de l'intellectuel se résume en trois points:
- Primo, il est au service de la Cité alors qu'un universitaire diplômé est au service de lui-même. Il défend prioritairement ses propres intérêts immédiats. De ce fait, il est un individualiste, c'est-à-dire un égoïste qui ne pense qu'à soi et aux membres de sa famille, sinon à son entourage ;
- Secundo, il crée un lien entre experts et citoyens, comme nous le faisons en ce moment précis ;
- Tiertio, il ouvre le futur en l'anticipant.
UN VRAI INTELLECTUEL EST UN GUIDE QUI MONTRE LE CHEMIN
Un vrai intellectuel est celui qui joue un rôle positif dans la société dans la mesure où il est un guide qui montre le chemin à suivre. En un mot, il est un leader transformationnel. Oui, un intellectuel établit le lien pour que les citoyens ne se sentent pas coupés des experts. Il les rapproche afin que les uns et les autres ne soient pas séparés car l'éloignement crée de l'incompréhension. Il utilise ses compétences à rendre audibles les grands enjeux défendus par les citoyens. En agissant ainsi, il œuvre dans le sens d'un approfondissement de la démocratie suivant la devise d'Abraham Lincoln : pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. Cela signifie qu'un vrai intellectuel fait connaître les grandes idées des citoyens pendant que les diplômés d'universités étouffent les idées progressistes portées par les citoyens en les combattant dans le but de maintenir le statu quo (voir plus haut).
Toute personne qui se définit comme un intellectuel doit avoir un défi à relever, celui d'ouvrir le futur en se projetant dans l'avenir, là où les diplômés d'universités cherchent uniquement à protéger leurs intérêts en coopérant malignement avec ceux qui sont au pouvoir lorsqu'ils ne sont pas eux-mêmes gouvernants ou décideurs. Un intellectuel est un témoin actif du temps qu'il vit et, de ce fait, il est un conseiller de la société, sinon de sa société. Il vient témoigner au nom de la vérité, du bien, de la justice devant la société dont il se sent membre à part entière. Par son témoignage sincère, il devient un artisan de son temps, car il apporte son apport sinon sa propre contribution au changement collectif. En vertu de ses exigences intérieures, le peuple reconnaît les vrais intellectuels au fait qu'ils ne sont pas manœuvrables par aucun pouvoir, ni politique, ni économique ni d'aucune espèce. Ils suivent la voie de leur conscience quels qu'en soient les risques à courir.
LES VRAIS INTELLECTUELS RESTENT CONSTANTS DANS LEUR DEMARCHE
L'audace de contester les mauvaises décisions du pouvoir commence généralement chez les intellectuels engagés (et jamais chez les diplômés d'universités) avant de se propager dans la société et d'orienter le comportement de l'ensemble des citoyens. Donc, les vrais intellectuels sont ceux qui restent constants dans leur démarche. C'est cette catégorie qui aspire au changement et participe à la reconstruction du pays s'elle parvient à occuper des postes de commandement. Avec eux et grâce à ceux, le pays prospère et rejoint le rêve des pères fondateurs, c'est-à-dire le rêve de ceux qui avaient conduit notre pays à l'indépendance le 30 juin 1960. Il y a exactement 66 ans.
Ceux qui se qualifient eux-mêmes d'" intellectuels " sont des hommes à l'identité politiquement perturbée. Ils se distinguent de vrais intellectuels par le degré de leur collusion avec l'ordre politique établi. Les choix et les prises de position de ces intellectuels de pacotille évoluent en fonction de leurs intérêts immédiats, comme cela a été dit plus haut.
En conclusion, un intellectuel au sens pur de ce concept est celui qui s'investit pour son pays, dans son domaine de prédilection. Il n'est pas celui qui spécule à longueur de journée, qui pérore et multiplie des articles superflus et des conférences inutiles afin de se faire remarquer par les décideurs à qui il jette des fleurs par un culte appuyé de leur personnalité. Au pouvoir, les faux intellectuels qui sont, en réalité, de simples diplômés universitaires, sont incapables de créer des emplois pour les jeunes, incapables de résoudre les problèmes qui se posent au pays, par exemple : mettre fin à la guerre.
REVONS D'UN AUTRE CONGO QUI DOIT NAITRE
Agir dans le sens de faire de la RD Congo un havre de paix - un paradis sur Terre pour les générations futures - est possible si les vrais intellectuels se mettent ensemble dans le but de faire échec au plan des ennemis de la République qui cherchent à créer l'instabilité par la révision ou le changement de la Constitution. Rêvons ensemble à haute voix d'un Congo nouveau, d'un pays où il fera beau vivre et où aucun Congolais ne voudra plus émigrer ou immigrer pour un ailleurs moins qui deviendra rassurant. Cet autre Congo, encore imaginaire et utopique en ce moment, peut naître - il doit naître - de l'union des consciences de l'ensemble des citoyens. C'est dans ce sens que les Congolais doivent privilégier l'intérêt du peuple en lieu et place de nos propres intérêts individuels, souvent égoïstes.
Ensemble, nous bâtissons une nation forte avec une armée républicaine et dissuasive ; protégeons les frontières de notre nation, la souveraineté et la société civile régulièrement humiliée par ceux qui nous gouvernent. Ensemble, nous bannissons tout discours haineux et creux pour laisser place à l'action concrète.
Le rôle d'un intellectuel engagé est d'être en avance par rapport à son temps, aux autres citoyens, d'être un éclaireur, celui qui anticipe et qui montre le chemin à suivre à la masse. Dans son choix, il arrive souvent qu'il ne soit pas compris au moment où il s'exprime en public et fait connaître ses idées. Mais il doit tenir bon.
Peuple congolais, levons-nous ensemble et mettons-nous en marche pour construire un Congo nouveau, un Congo plus beau qu'avant. Fêtons ce 30 juin 2026 dans la méditation et dans le refus de nous laisser influencer par les mauvaises décisions qui risquent de compromettre l'avenir de notre nation.
J'ai dit et je vous remercie. Matadi, le 27 juin 2026.