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«L'accord RDC-Rwanda est d’abord politique et sécuritaire», insiste la ministre d'Etat aux Affaires étrangères
Dans les studios de la RTNC à Kinshasa, un briefing conjointement tenu par la ministre d’État en charge des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner et son collègue de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a levé le voile sur les tenants et les aboutissants de l’Accord de paix signé le 27 juin à Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Un accord politique et sécuritaire, conclu sous la médiation des États-Unis et qui ambitionne de tourner une page de trente années de conflits meurtriers dans l’Est congolais.
«Cet Accord n’est ni un traité économique entre la République démocratique du Congo et les États-Unis ni un Accord commercial bilatéral entre la RDC et le Rwanda. Il s’agit d’un engagement politique et sécuritaire centré sur des objectifs clairs», a martelé d’entrée de jeu la cheffe de la diplomatie congolaise. Cette déclaration vise à dissiper les rumeurs sur un deal économique ou minier déguisé, au détriment de la souveraineté congolaise.
Thérèse Kayikwamba a précisé que le texte ne contient «aucune contrepartie économique contraignante» et ne prévoit «ni cession de ressources ni accord parallèle».
À ses côtés, Patrick Muyaya a renchéri en plaçant cette entente dans la vision du président Félix Tshisekedi pour la stabilité et l’intégration régionale, tout en rejetant toute lecture biaisée ou fantasmatique.
Le chapitre 3 du document, centré sur le désarmement et la démobilisation, établit clairement les conditions du traitement des groupes armés actifs en RDC. «Il est crucial de ne pas confondre le retrait des forces étrangères avec le désarmement des groupes armés congolais», a précisé Mme Wagner.
Aussi, la ministre a-t-elle rappelé que le Plan national de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion communautaire et Stabilisation (PDDRCS) reste l’outil opérationnel principal pour intégrer les ex-combattants dans la société civile.
Toutefois, toute tentative d’intégration au sein des Forces de sécurité nationale est désormais soumise à des critères rigoureux : nationalité congolaise, casier judiciaire vierge et conformité légale. «Il ne s’agit pas d’un recyclage de l’instabilité, mais d’un processus de paix fondé sur les leçons du passé», a-t-elle averti.
Retour encadré des réfugiés et garanties humanitaires
Autre pilier du texte, le cinquième chapitre, consacre les modalités du retour volontaire des réfugiés congolais. On rappelle à ce sujet qu'environ 250 000 personnes, principalement en Ouganda, au Rwanda et au Burundi, sont concernées. Pour Thérèse Kayikwamba Wagner, ce retour ne peut se faire que dans «un cadre sécurisé, coordonné et conforme au droit international humanitaire», précisant que seuls les Congolais enregistrés seront pris en charge.
Un mécanisme tripartite, associant la RDC, le Rwanda et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), a été mis en place pour garantir l’identification, la relocalisation et la réinsertion dans les zones d’origine. «Il ne s’agit pas d’un déplacement massif non contrôlé, mais d’un processus humain, individualisé, et suivi», a insisté la ministre.
La justice, absente du texte mais présente dans la démarche
Critiqué pour ne pas inclure un volet explicite sur les crimes commis par le M23 et d’autres acteurs armés, l’Accord de Washington n’élude pourtant pas la justice, selon les autorités congolaises. «Ce n’est pas un Accord pour régler tous les problèmes. C’est une pièce dans un dispositif plus large», a nuancé Thérèse Kayikwamba, avant d’évoquer la résolution 2773 du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, qui prévoit l’envoi d’une commission internationale d’enquête.
Par ailleurs, la ministre a rappelé que la quête de justice suit sa propre temporalité, à travers les mécanismes nationaux et internationaux existants.
«Il faut éviter les lectures simplistes. La paix ne doit pas être synonyme d’impunité, mais elle ne peut être obtenue que par des compromis responsables et des garanties solides de non-répétition», a-t-elle précisé.
Un cadre contraignant
Selon les explications fournies au cours du briefing, l’Accord de Washington ne se limite pas à une déclaration d’intention. «Le chapitre I précise que les engagements pris revêtent un caractère contraignant. Ce sont des engagements exécutoires, adossés aux résolutions des Nations Unies, notamment la 2773», a souligné Kayikwamba.
Le préambule du document réaffirme également l’adhésion aux principes du droit international et à la souveraineté de chaque État. Il s’inscrit dans les efforts régionaux soutenus par l’Union africaine, la SADEC, la CIRGL et les États garants, dont les États-Unis d’Amérique. Un mécanisme conjoint de coordination en matière de sécurité est également prévu, impliquant à la fois Kinshasa, Kigali et Washington.
Vers une paix durable… sous surveillance internationale
L’Accord signé à Washington vient s’ajouter sur la longue liste des tentatives de pacification de l’Est de la RDC, région en proie aux violences depuis plus de trois décennies.
Mais cette fois, selon les autorités congolaises, il ne s’agit pas d’un cessez-le-feu fragile. C’est un engagement multilatéral, doté d’un dispositif de suivi, de redevabilité et de coordination régionale où la communauté internationale joue un rôle de garant.
Le président américain Donald Trump, médiateur principal de l’accord, a salué une «grande victoire diplomatique». Pour sa part, son conseiller spécial pour l’Afrique, Massad Boulos, a assuré que Kigali s’engageait à lever ses mesures défensives, bien que le texte ne mentionne pas explicitement le M23. De son côté, le ministre rwandais des Affaires étrangères a insisté sur la fin du soutien aux FDLR, en échange d’une cessation mutuelle des hostilités.
ÉZÉCHIEL MONTEIRIOUS MONTEIRO