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La phrase « To changer lingomba kasi Nzambe te ! » est un mélange de beaucoup de mots en lingala et d’un seul en français. Les Kinois, habitants de la capitale du pays, aiment bien s’exprimer ainsi, dans un langage parfois argotique incompréhensible.
«To changer» peut avoir…
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Kinshasa sous les eaux : chronique d'un drame silencieux entre désolation et solidarité
C'est une ville en apnée, noyée sous un ciel d'encre, que l'on découvre au matin du 6 avril. Kinshasa, la bouillonnante capitale congolaise, s'est brusquement figée, emportée dans un tourbillon d'eau et de boue. Après les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la ville et sur la province voisine du Kongo Central, la rivière Ndjili, grossie et furieuse, est sortie de son lit. Les eaux venues du Bas-Congo ont amplifié la catastrophe. Le chaos a englouti des quartiers entiers.
Dans la commune de Kisenso, notamment au quartier Landa, la vie s'est arrêtée net. Ce matin-là, ce ne sont pas les klaxons ni les cris des enfants qui éveillent les rues, mais le clapotis menaçant de l'eau qui s'infiltre, envahit, emporte tout sur son passage.
L'eau monte, jusqu'aux genoux, puis à la taille. À certains endroits, elle atteint le cou. Les avenues ne sont plus que des bras de rivière, les maisons des îlots désespérés.
Des familles prisonnières sur les toits
Partout, des silhouettes désespérées tentent de se réfugier sur les toitures. Sur l'une d'elles, une mère enroulée dans un pagne serre contre elle deux enfants, hagards, les yeux rougis, non pas par le sommeil, mais par l'angoisse. De l'autre côté du pont, des dizaines d'autres habitants sont bloqués, incapables de rejoindre leurs familles. Les ponts sont devenus frontières infranchissables. L'eau, quant à elle, dicte sa loi.
Un jeune homme fend les flots avec une pirogue artisanale. C'est désormais le seul moyen de se déplacer dans ce paysage métamorphosé. "Nous avons l'impression de vivre une fin du monde", souffle-t-il.
L'improvisation est reine. On rame avec des planches, on s'accroche à des câbles, on sauve ce qui peut encore l'être : quelques vivres, un matelas trempé, ou un vieux poste radio.
Un drame de trop : la mort d'un enfant
Mais l'eau, lorsqu'elle déborde, emporte bien plus que des objets. Dans cette tragédie silencieuse, un drame déchire le cœur du quartier : un enfant de 4 ans a perdu la vie, emporté par les eaux. Son corps a été retrouvé coincé entre deux tôles arrachées par le courant. Les pleurs de sa mère, inconsolable, se mêlent au grondement des flots. Une vie fauchée, une promesse disparue, dans l'indifférence du vacarme climatique.
La solidarité s'organise, mais les moyens manquent
Face à l'impuissance des institutions, les habitants s'organisent. Des jeunes du quartier, torse nu et pieds nus dans l'eau sale, secourent les plus vulnérables. Ils improvisent des radeaux, transportent des personnes âgées sur leurs épaules.
Des femmes distribuent du pain, du thé chaud. Mais, cela ne suffit pas. L'ampleur du désastre dépasse les gestes de bonne volonté. Les appels à l'aide se multiplient, souvent sans réponse.
"Il nous faut des bateaux, des secours, de l'eau potable… On ne peut pas attendre que les eaux baissent d'elles-mêmes pendant que nos enfants meurent", s'indigne un père de famille les pieds dans l'eau, la voix tremblante de colère et de fatigue.
Cet épisode n'est pas un cas isolé. Il s'inscrit dans une série noire d'inondations de plus en plus fréquentes, signes tangibles d'un dérèglement climatique qui frappe les plus vulnérables. Le lit de la rivière Ndjili, déjà fragilisé par l'urbanisation anarchique et le manque d'entretien des caniveaux, cède à chaque pluie violente. Et Kinshasa, tentaculaire et mal préparée, paie le prix fort.
Et après ?
Alors que les nuages s'éloignent lentement, un silence lourd plane sur Kisenso. Les eaux stagnent, les regards sont perdus, mais une question revient sur toutes les lèvres : " Que fera-t-on la prochaine fois ? "
Pour l'instant, la capitale panse ses plaies comme elle peut, portée par un instinct de survie forgé par des années de résilience. Mais derrière chaque flaque, chaque toit inondé, chaque famille déplacée, un cri résonne : celui d'une ville qui refuse d'être oubliée sous la pluie. Kinshasa, noyée mais debout.
Jérémie ASOKO