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Violences numériques : les médias invités à renforcer la culture de dénonciation
Les professionnels des médias congolais ont été appelés à exercer leur métier avec une vigilance accrue et à renforcer la culture de dénonciation face à la montée des violences numériques, un phénomène dont les impacts psychologiques, sociaux et juridiques s'intensifient en RDC. Cet appel a été lancé le week-end dernier à Kinshasa lors d'un déjeuner de presse organisé par le Réseau des journalistes pour la santé sexuelle et reproductive (RJSSR), en partenariat avec MSI RDC.
Près de quatre heures d'échanges intenses, la rencontre a permis d'examiner de près les nouvelles menaces liées au numérique, dont les deepfakes, le chantage en ligne, l'usurpation d'identité, la diffusion non consentie d'images et l'exposition de données personnelles. Autant de pratiques qui se propagent rapidement à mesure que l'utilisation des technologies se généralise dans le pays.
Pour la Coordonnatrice du RJSSR, Bibiche Mbete Mokanse, le journalisme engage une responsabilité qui dépasse la simple transmission d'informations.
"Le journalisme est aussi un engagement. Un like ou un partage peut sauver ou ruiner une vie. Les violences numériques sont silencieuses mais leur impact sur la santé mentale est énorme", a-t-elle déclaré.
DONNER LA BONNE INFORMATION AU PUBLIC
Son organisation mène d'ailleurs une campagne de témoignages dans le cadre des 16 jours d'activisme contre les violences basées sur le genre.
La neuropsychiatre Grâce Bilungula, du Centre neuro-psychopathologique (CNPP), a détaillé les répercussions psychologiques souvent méconnues de ces violences.
A l'en croire, les victimes présentent une anxiété persistante, pouvant mener à la dépression, ainsi que des troubles du sommeil et une baisse de rendement professionnel ou scolaire.
"Les médias ont un rôle important à jouer. Donner la bonne information au grand public, éviter d'amplifier les contenus violents et expliquer à la population comment reconnaître les signes psychologiques chez les victimes fait partie des responsabilités du journaliste", a-t-elle insisté.
L'expert en question des droits, Serge Mamundele a rappelé que la législation congolaise dispose déjà d'outils pour lutter contre ces fléaux. Les articles 174,175 du Code pénal et 360 du Code du numérique criminalisent notamment l'atteinte à la vie privée, la diffusion non consentie d'images et l'usurpation d'identité.
UNE SEULE ERREUR SUFFIT POUR TOUT EXPOSER
Il a, par ailleurs, encouragé les journalistes à mieux maîtriser ces textes pour en faire des outils de prévention et d'éducation auprès du public.
Obul Okwess, chef de travaux à l'Unisic, a souligné la particularité du métier de journaliste: "Là où chacun exerce à circuit fermé, les journalistes travaillent à circuit ouvert. Une seule erreur suffit pour tout exposer. Ils doivent choisir l'intérêt public et humain avant toute autre considération".
Il estime que cette exposition nécessite une rigueur et une prudence constantes dans le traitement de l'information.
Les participants ont convenu de la nécessité de formations continues pour intégrer les droits humains dans toutes les productions médiatiques. Ils ont également souligné le rôle préventif des médias, qui peuvent à la fois stopper la propagation de contenus nuisibles et encourager la dénonciation des violences.
Tricya MUSANSI