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Quand le mercato s’invite chez les kuluna
Depuis plusieurs années, les habitants de Kinshasa assistent, impuissants, à la montée en force d’une nouvelle forme de criminalité urbaine. Jadis inexistant, le phénomène « Kuluna » s’impose dans notre société. Et chaque jour qui passe, il s’enracine de plus en plus dans les profondeurs du quotidien des Kinois.
A Kinshasa, quand il pleur, il faut être sur ses gardes. Surtout lorsqu’on se retrouve isolé dans une rue.
Il faudrait donc éviter de circuler pendant la pluie; bien consulter sa montre avant de rentrer chez soi; vérifier les itinéraires à emprunter… Ce sont là des nouvelles habitudes de vie que nous impose aujourd’hui le phénomène « Kuluna« .
Au parfum des us et coutumes des « Kuluna », certains observateurs révèlent qu’entre les gangs, existe une réelle collaboration. Presqu’une solidarité. Au point qu’un combattant d’un groupe peut être appelé en renfort dans un autre gang, d’un autre quartier ou même d’une autre commune, pour certaines opérations demandant une certaine expertise sur le terrain des affrontements.
Il arrive qu’un kuluna opérant à Yolo-Nord aille renforcer un gang de Yolo-Sud, où il a des contacts, et vice-versa. Ou même qu’un autre évoluant de Kalamu soit convoqué à Makala voisine pour les mêmes raisons.
En empruntant au vocabulaire du football, on parlerait d’une espèce de prêt de membres, entre deux gangs, le temps d’une bagarre. Dans le langage footballistique toujours, on peut même, parler d’un mercato dans le chef des « Kuluna« .
Et ce n’est pas sans risque. Certains y ont laissé leur peau. A l’instar de ce « Kuluna » de Makala, parti renforcer un groupe au quartier Kauka, dans la commune de Kalamu. Les choses ont mal tourné. Son équipe s’est dispersée. Ne maîtrisant bien pas la géographie du secteur, le « mercenaire » s’est retrouvé dans un cul-de-sac. Il s’est fait prendre et a subi le prix le plus fort.
Si le véritable mercato constitue un marché officiel, celui des « Kuluna » n’est régi par aucune loi. Et si pour le vrai mercato le transfert se fait entre clubs professionnels, chez les « Kuluna », par contre, le transfert est négocié entre gangs.
Comme quoi, le mercato est sorti de son périmètre habituel: les aires des jeux, ou autres terrains de football. Il a aussi atteint des gangs des « Kuluna ». Aimé TUTI