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Procès Mutamba : La justice va-t-elle couvrir Jules Alingete ?
La deuxième audience du procès de Constant Mutamba s’est tenue ce mercredi 23 juillet 2025 à la Cour de cassation de Kinshasa/Gombe. Le ministère public a annoncé la couleur dès l’ouverture : «Ce procès a plusieurs facettes», promettant une série d’auditions de hauts responsables impliqués dans la gestion douteuse des fonds publics. «Tous ceux qui ont saigné les finances de l’État seront poursuivis. Les enquêtes sont en cours», a-t-il martelé. Une déclaration qui interpelle : jusqu’où ira réellement la justice? Et surtout, jusqu’où est-elle prête à aller lorsqu’il s’agit de Jules Alingete ?
Au cœur de cette affaire tentaculaire : la gestion opaque des 195 millions de dollars versés par l’Ouganda à la RDC à titre de réparations. Une somme censée transiter intégralement par le Fonds spécial FRIVAO, comme le prévoit le Décret 19/20 du 28 novembre 2019. Or, c’est justement cette traçabilité qui a volé en éclats.
Des aveux graves
À la barre, l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, se défend : «Le compte du ministère de la Justice à la Rawbank ? Il existait avant mon arrivée. On m’a simplement informé de son existence, et j’ai continué avec ce que j’ai trouvé». Avant de lâcher une bombe : «Les 17 millions de dollars déposés dans ce compte ? On n’a jamais su où ils sont passés».
Des aveux graves. Mais Mutamba ne fait que confirmer ce que beaucoup soupçonnaient déjà : la création illégale d’un circuit financier parallèle orchestré par l’ancien Inspecteur général des finances, Jules Alingete.
La lettre qui accuse
Tout part d’une lettre explosive : la référence 2014/PR/IGF/IG-CS/JAK/NMM/2024 du 2 octobre 2024. Dans ce courrier, Jules Alingete décide unilatéralement de la répartition des fonds FRIVAO. Il crée une nouvelle rubrique baptisée «frais de gestion du ministère de la Justice», à hauteur de 5 % du montant total, soit 9,7 millions USD – une ligne totalement absente du décret régissant le FRIVAO et de la décision de la Cour internationale de justice. Ensuite, sur les 95% restants, il prélève 18,46 % supplémentaires, soit 34,2 millions USD, hors du circuit du Trésor pour les placer directement sous la gestion du ministère de la Justice.
Un montage à double détente : illégal dans la forme, opaque dans le fond. À partir de là, tout dérape.
Qui a autorisé Alingete à redessiner les règles budgétaires ?
Ces fonds détournés alimentent ensuite un projet aussi douteux qu’opaque : la construction d’une prison. Marché attribué de gré à gré, sans appel d’offres ni avis de conformité, à Zion Construction, une société créée par Willy Musheni, proche collaborateur... de Jules Alingete. Sur le papier, Zion Construction est domiciliée à l’immeuble CTC. Dans les faits ? Il s’agit d’un appartement occupé par une entreprise chinoise, Hong Feng, chargée – coïncidence? – du chantier du siège de l’Inspection générale des finances.
À ce stade, la question n’est plus seulement juridique, elle devient politique :
Qui a autorisé Jules Alingete à redessiner les règles budgétaires de l’État ?
Sur quelle base légale a-t-il décidé d’introduire une ligne budgétaire fictive de «frais de gestion» et confier illégalement la gestion des millions d’indemnisation des ressources naturelles au ministère de la Justice ? La justice va-t-elle le convoquer?
Une justification désarmante
Autre révélation accablante : le juge a confronté Constant Mutamba à deux irrégularités majeures. D’abord, la signature d’un contrat sans aucune garantie fournie par l’entreprise adjudicataire. Ensuite, et plus grave encore, le décaissement de 19 millions de dollars, soit 65,52 % du montant total du marché, alors que la loi n’autorise que 30 % au démarrage des travaux.
Face à ces accusations, Mutamba s’est retranché derrière une justification désarmante : il a simplement «écrit à l’IGF» pour qu’elle suive les décaissements. Une ligne de défense qui démontre la douce liaison entre les deux hommes. Comment, en effet, celui qui avait pour mission de faire respecter la bonne gouvernance a-t-il pu valider un tel montage sans exiger de garanties, ni se conformer à la réglementation en vigueur?
Ce point seul mérite une audition complète. La justice ne peut se contenter de demi-mesures : elle doit aussi exiger des comptes à Jules Alingete, présenté ici comme l’architecte du dispositif, mais également revenir sur les responsabilités directes de Mutamba dans l’exécution de ce système aux allures mafieuses.
Ce système, dans son organisation comme dans son exécution, porte les marques d’une opération mafieuse d’Etat. Et aucun de ses maillons – ni celui qui a signé, ni celui qui a couvert – ne doit échapper au regard de la loi.
Le procès doit remonter à la source
Alors que le procès de Mutamba se déroule sous les projecteurs, l’absence dans le box des accusés de ceux qui sont à la base de la prévarication alimente la colère de l’opinion. Beaucoup voient dans cette omission une manœuvre de protection politique, un bouclier d’impunité.
Jules Alingete sera-t-il convoqué, voire poursuivi ? Tout mène à lui : la création du compte litigieux, la répartition illégale des fonds, le lien avec l’entreprise impliquée. Le procès actuel n’aura de sens que s’il remonte à la source. Si la justice veut restaurer sa crédibilité, elle ne peut plus détourner le regard. Ce procès est un test de vérité. Et le peuple congolais attend des réponses claires, pas des boucs émissaires de circonstance.
Rhodes MASAMBA, Journaliste indépendant