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Prison de Sankuru : 12 évadés, 3 abattus et plusieurs blessés
* Toute une maison carcérale gardée par un militaire et deux policiers.
Un drame humain et sécuritaire a secoué la ville de Lodja dans la nuit du dimanche 31 août au lundi 1er septembre. Une évasion massive de douze détenus de la prison centrale a entraîné une riposte des forces de sécurité qui a causé la mort de trois fugitifs et fait plusieurs blessés.
L'évasion s'est déroulée aux alentours de 22h. Les détenus sont parvenus à forcer la porte principale de l'établissement, un point de contrôle stratégique. Immédiatement, les forces de sécurité, appuyées par des éléments de l'armée congolaise, ont lancé une opération de recherche et de ratissage.
Au cours de cette chasse à l'homme, trois des évadés ont été abattus alors qu'ils tentaient de s'enfuir. D'autres ont été interpellés, certains blessés par balle. Les autorités ont poursuivi leurs efforts pour localiser les derniers fugitifs.
DES INFRASTRUCTURES DATANT DE L'EPOQUE COLONIALE
Interrogé, le directeur de la prison de Lodja, Pascal Dimandja, a dressé un constat alarmant, soulignant une carence sécuritaire qu'il dénonce depuis longtemps. Il a révélé que la prison, bien que vaste, n'était gardée que par un militaire et trois policiers. Un effectif jugé totalement insuffisant pour surveiller des dizaines de détenus et assurer la sécurité des lieux.
"Cette situation était un drame annoncé," a déclaré le directeur. Il a également pointé la vétusté des infrastructures, construites à l'époque coloniale entre 1932 et 1933 et jamais réhabilitées en profondeur depuis l'indépendance.
L'évasion n'est que la partie visible d'une crise structurelle qui touche l'ensemble du système carcéral du Sankuru. La société civile, par la voix d'Albert Anyeme, dénonce depuis des années le délabrement des prisons. Les murs se fissurent, les toits s'affaissent, les conditions sanitaires sont inhumaines.
Selon des audits informels menés par des organisations de défense des droits de l'homme, la majorité des maisons d'arrêt et de correction de la province fonctionnent avec des moyens dérisoires et un personnel sous-payé, voire impayé pendant des mois.
Face à cette incurie, l'État n'est plus en mesure d'assurer sa fonction régalienne de prise en charge des détenus. Faute de budget, l'alimentation des prisonniers repose entièrement sur la charité des familles et des organisations, ce qui crée des inégalités criantes et sape toute notion de justice pénitentiaire.
FAILLES DE LA CHAINE SECURITAIRE
Cet incident agit comme un électrochoc, exposant au grand jour les failles de la chaîne sécuritaire. Il pose la question de la responsabilité de l'État face aux risques que fait peser un système carcéral effondré sur la sécurité publique.
Il est impératif que les autorités provinciales et nationales mettent en œuvre un plan d'urgence. Ce plan doit inclure le renforcement immédiat des effectifs de sécurité; des travaux de réhabilitation pour sécuriser les infrastructures; et une dotation budgétaire suffisante pour garantir des conditions de détention dignes.
Pour la société civile locale, la balle est dans le camp des décideurs. La population du Sankuru attend désormais des actions concrètes pour que ce genre de drame ne se reproduise plus.
Félix MULUMBA Kalemba