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Pour s'être opposé à la révision constitutionnelle, Modeste Bahati désormais sur une chaise éjectable ?
* A seulement neuf jours de la rentrée parlementaire, le 2ème vice-président du Sénat serait visé par une motion de défiance !
Le débat sur l'avenir de la Constitution congolaise vient de franchir un seuil politique sensible. Mercredi 4 mars, le deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, a choisi de rompre le silence et d'afficher publiquement son opposition au projet de révision ou de changement constitutionnel évoqué depuis fin 2024 par le président Félix Tshisekedi.
Une prise de position directe, assumée et lourde de conséquences dans un contexte politique où la majorité présidentielle, regroupée au sein de l'Union sacrée de la nation, s'efforce de maintenir une discipline politique face aux défis sécuritaires et économiques du pays.
Pour Modeste Bahati Lukwebo, la question constitutionnelle ne constitue pas la véritable urgence nationale. Le problème, estime-t-il, ne réside pas dans les textes mais dans leur application.
"Le pays n'a pas un problème de textes, mais d'hommes censés les appliquer", a-t-il martelé, qualifiant le débat actuel de "faux débat". Une phrase brève, mais politiquement explosive.
La riposte immédiate de l'UDPS
Dans les rangs de la majorité présidentielle, la réaction n'a pas tardé. Au sein de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), pilier de l'Union sacrée, les propos de Bahati Lukwebo ont été perçus comme une ligne rouge franchie.
Le secrétaire général adjoint du parti présidentiel, Déo Bizibu, a été l'un des premiers à monter au créneau. Selon lui, la position du sénateur traduirait une rupture avec la vision politique portée par la majorité.
Plus sévère encore, le président du groupe parlementaire UDPS au Sénat, Idrissa Afani Mangala, a dénoncé une démarche "toxique", accusant le leader de l'AFDC-A d'exposer publiquement la haute autorité politique de l'Union sacrée dans un moment jugé critique pour le pays.
Car le contexte n'est pas neutre. À l'Est de la RDC, les tensions sécuritaires persistent, et la majorité cherche à afficher un front politique uni.
Mais la controverse ne s'est pas arrêtée aux déclarations politiques. Elle a rapidement glissé sur le terrain institutionnel.
Au Sénat, le sénateur Kabongo Bondanya a déposé une motion de défiance contre Modeste Bahati Lukwebo, à seulement neuf jours de la rentrée parlementaire.
Un geste qui annonce une séquence politique agitée dans la chambre haute du Parlement. Et ce n'est peut-être qu'un début : le sénateur promet déjà d'autres griefs à formuler dans les prochains jours.
Si cette initiative aboutissait, elle pourrait transformer un simple débat d'opinion en crise politique interne au sein de la majorité.
Le spectre d'un débat sensible
Le débat sur la Constitution ne date pas d'hier. Depuis fin 2024, le président Félix Tshisekedi a évoqué à plusieurs reprises la possibilité d'une réforme constitutionnelle, notamment lors de ses déplacements à Kisangani, Lubumbashi et Kalemie.
À chaque fois, le chef de l'État s'est voulu rassurant : il ne s'agirait pas, selon lui, d'ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel, mais plutôt de renforcer les mécanismes de protection et de souveraineté du pays, dans un contexte géopolitique et sécuritaire de plus en plus complexe.
Malgré ces assurances, le sujet demeure politiquement inflammable en RDC, où la question constitutionnelle a souvent été le point de départ de fortes tensions politiques.
Une fracture politique naissante ?
La sortie de Modeste Bahati Lukwebo pose désormais une question que beaucoup évitaient encore d'énoncer : l'Union sacrée peut-elle rester un bloc homogène face à un débat aussi sensible ?
Jusqu'ici, la coalition présidentielle s'est construite sur un équilibre délicat entre forces politiques diverses. Mais la question constitutionnelle pourrait bien devenir un test de loyauté politique pour ses membres.
Dans les couloirs du pouvoir comme dans les cercles politiques, une interrogation circule désormais avec insistance : s'agit-il d'une simple divergence d'opinion… ou du premier signe visible d'une fracture au sein de la majorité présidentielle ?
La réponse pourrait émerger dans les prochaines semaines, lorsque le Parlement rouvrira ses portes et que la bataille politique quittera les déclarations pour entrer dans l'arène institutionnelle.
Jérémie ASOKO