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LES INSTITUTIONS PUBLIQUES TROP GOURMANDES : Budget 2027: Unis dénonce les choix budgétaires du pouvoir
À contre-courant des engagements de réduction du train de vie des institutions, le projet de loi de finances 2027 consacre une nouvelle progression des ressources allouées aux institutions politiques. Dans une note d'analyse intitulée " Les politiciens d'abord ", Unis, Réseau panafricain de lutte contre la corruption, met en évidence les déséquilibres dans les choix budgétaires du Gouvernement et invite le Parlement à réorienter 416,7 milliards de francs congolais vers les territoires, la santé ainsi que la rémunération des militaires et des policiers.
Le projet de loi de finances 2027 remet au centre du débat la question du train de vie des institutions publiques en République démocratique du Congo. Dans sa nouvelle note d'analyse, baptisée " Les politiciens d'abord ", Unis estime que le budget soumis au Parlement ne traduit pas une véritable politique de réduction des dépenses institutionnelles, mais plutôt leur consolidation, au détriment des priorités sociales et des investissements publics.
Le document pointe particulièrement l'évolution de la dotation de la Présidence de la République, qui atteint 1 554,3 milliards de francs congolais, soit environ 675,8 millions de dollars dans le projet de budget 2027. En comparaison avec le budget initial de 2024, cette enveloppe représente une multiplication par 2,6 en dollars.
Les chiffres présentés par Unis illustrent cette progression : 264 millions de dollars en 2024, 298 millions en 2025, 603 millions en 2026 et 676 millions projetés pour 2027. Une évolution qui interroge l'organisation des dépenses publiques, particulièrement dans un contexte où les besoins sociaux et sécuritaires demeurent considérables.
Autre indicateur relevé par l'organisation : au 30 juin 2026, la Présidence avait déjà consommé 99 % de son budget annuel. À l'inverse, l'exécution des crédits consacrés aux équipements de l'État ne s'établissait qu'à 0,24 %. Pour Unis, ce contraste révèle un déséquilibre préoccupant entre les dépenses de fonctionnement des institutions et les investissements destinés à renforcer les capacités publiques.
3 773 MILLIARDS FC POUR LES SIX INSTITUTIONS POLITIQUES
Au-delà de la Présidence, l'analyse élargit le regard aux quinze sections budgétaires classées parmi les institutions. Celles-ci absorbent, dans le projet de budget 2027, 5 364,4 milliards de francs congolais, soit 10,5 % du budget général.
Plus révélateur encore, les six institutions politiques Présidence, Primature, Vice-Primature, Assemblée nationale, Sénat et Secrétariat général du Gouvernement concentrent à elles seules 3 773 milliards de FC, représentant 7,4 % du budget général.
Cette enveloppe est presque équivalente aux crédits prévus pour l'ensemble du secteur de la Santé, estimés à 3 945 milliards de FC. Un rapprochement qui met en évidence l'ampleur des arbitrages budgétaires entre le fonctionnement des institutions politiques et le financement des services sociaux.
Unis relève également un autre écart significatif : le coût moyen d'un poste à la Présidence serait onze fois supérieur à celui d'un poste d'enseignant. Un indicateur qui soulève la question de l'équité dans la répartition des ressources publiques.
416,7 MILLIARDS FC A REORIENTER VERS TROIS SECTEURS
Face à ces constats, Unis ne se limite pas à dresser un état des lieux. L'organisation interpelle directement les députés et sénateurs, appelés à examiner le projet de loi de finances 2027, et leur propose deux amendements destinés à dégager 416,7 milliards de francs congolais.
L'objectif est de réorienter ces ressources vers trois secteurs jugés prioritaires : le développement des territoires, le financement de la santé et l'amélioration de la solde des militaires et des policiers.
Cette proposition remet ainsi en débat la hiérarchisation des dépenses publiques, dans un pays confronté simultanément à d'importants besoins de développement local, à des défis sanitaires et à des impératifs sécuritaires.
Pour Unis, l'enjeu dépasse donc la simple réduction de certaines lignes budgétaires. Il s'agit de revoir les choix d'affectation des ressources de l'État afin que les dépenses publiques répondent davantage aux besoins de la population.
UNE ANALYSE FONDEE SUR PLUSIEURS SOURCES DE CONTROLE
L'organisation fonde son analyse sur plusieurs sources de contrôle et de suivi des finances publiques, notamment les états de suivi budgétaire, les plans d'engagement, les travaux de la Cour des comptes ainsi que les publications de l'ODEP et du CREFDL.
Elle précise par ailleurs que son examen du projet de loi de finances porte sur le texte effectivement déposé, arrêté à 56 929,9 milliards de FC, et non sur les 57 500 milliards annoncés par le Gouvernement.
À travers cette note, Unis place donc le Parlement devant un arbitrage majeur : maintenir les équilibres proposés dans le projet gouvernemental ou profiter de l'examen budgétaire pour réorienter une partie des ressources vers les besoins sociaux et sécuritaires.
Derrière le débat sur le train de vie des institutions se pose finalement une question fondamentale de gouvernance : quelle place accorder aux dépenses politiques face aux attentes quotidiennes des Congolais ?
Jérémie ASOKO