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Les causes contemporaines de la passion de Lumumba : les interactions toxiques internes et externes
(Par Jean-Claude Matumweni Makwala, Professeur ordinaire)
Les épisodes précédents ont été consacrés à l'examen des causes lointaines, macrohistoriques, de la passion de Lumumba. Il est temps à présent d'aborder les causes contemporaines. Elles sont le résultat des interactions toxiques qui ont marqué les rapports entre Lumumba et certains de ses compatriotes politiciens d'une part, ainsi que des personnalités étrangères, de l'autre.
On peut considérer le discours du 30 juin comme un tournant décisif, qui va cristalliser les oppositions au Premier ministre congolais, quoique, bien avant cette date, des intentions de son écartement étaient déjà exprimées.
Crawford Young rapporte les déclarations de Ganshof van deer Meerch désigné ministre chargé des affaires générales du Congo avec pour missions de piloter les négociations politiques en vue de la formation du futur gouvernement congolais, mais également de maintenir l'ordre et l'administration judiciaire.
Young écrit : " Ganshof van der Meersch, ministre résident du Congo pendant les six dernières semaines, fait entendre dans son rapport sur la mission qui lui avait été confiée, qu'il avait fait tout ce qui était légalement possible pour éviter un gouvernement Lumumba, et qu'il fut l'objet de nombreuses pressions lui représentant la nécessité qu'il y avait de trouver à tout prix un autre chef de gouvernement ".
Cette tentative d'écarter Lumumba n'était pas nouvelle. Dès mars 1960, le comte Harold d'Aspremont Lynden, responsable de la Mission technique belge, la MISTEBEL, avait convenu avec Arthur Doucy, de l'Institut SOLVAY, que l'homme à éliminer était Lumumba. Plus tard, cette proposition sera interprétée comme une volonté d'élimination politique, non pas physique.
Les ennemis du Premier ministre congolais constituent un groupe hétéroclite. C'est une nébuleuse dans laquelle on retrouve des entités divergentes à maints égards, mais qui se sont liguées pour un seul et même objectif : l'élimination physique de leur ennemi commun.
Les acteurs ennemis de Lumumba sont clairement identifiés comme étant aussi bien internes qu'externes. Christophe Boisbouvier le confirme lorsqu'il déclare que l'assassinat de Lumumba résulte de " l'action collective d'une ''association de malfaiteurs'', comme le dit le collectif belge Mémoires coloniales. La responsabilité du crime est partagée entre quatre groupes d'acteurs, qui sont aujourd'hui assez bien identifiés. Chacun joue sa partition : les Américains parrainent, les Belges soutiennent, le groupe Mobutu commande et Tshombe exécute. Dans ce crime d'Etat, treize personnages se distinguent " . Et de les citer :
- Dwight Eisenhower, président des Etats-Unis ;
- Allen Dulles, directeur de la CIA ;
- Larry Devlin, responsable du bureau de la CIA à Léopoldville ;
- Baudouin 1er, roi de Belgique ;
- Gaston Eyskens, Premier ministre belge ;
- Harold d'Aspremont Lynden, ministre belge des Affaires africaines ;
- Louis Marlière, lieutenant-colonel de l'armée belge, ancien chef d'état-major de la Force publique et conseiller de Mobutu ;
- Mobutu, colonel et chef d'état-major de l'Armée nationale congolaise ;
- Joseph Kasa-Vubu, président de la République du Congo ;
- Justin Bomboko, ministre des Affaires étrangères puis président du collège des Commissaires généraux ;
- Victor Nendaka, patron de la Sûreté nationale congolaise ;
- Moïse Tshombe, président de l'Etat sécessionniste du Katanga ;
- Godefroid Munongo, ministre de l'Intérieur de l'Etat sécessionniste du Katanga.
Ces personnes se répartissent dans les quatre groupes identifiés par Boisbouvier. Mais ce dernier semble avoir oublié deux autres acteurs : d'abord Clare Timberlake, l'ambassadeur américain à Léopoldville, et puis un cinquième groupe, un acteur très important dans la tragédie : l'ONU, à travers son secrétaire général Dag Hammarskjöld ainsi que certains de ses représentants au Congo.
Le premier groupe évoque l'axe Bruxelles-Washington, auquel il faut désormais adjoindre New York, siège de l'ONU. Le second renvoie à l'axe Léopoldville-Elisabethville, axe paradoxal s'il en est, étant donné que le Katanga a fait sécession et se trouve en conflit ouvert avec Léopoldville. Si l'objectif commun que représente la disparition de Lumumba scelle une alliance objective entre les deux, il faut également dire que le vrai ciment est l'implication très forte des trois acteurs externes, dont les deux premiers (Etats-Unis et Belgique), qui téléguident les acteurs internes à leur guise. Et à l'axe Léopoldville-E'ville, il faut intégrer un autre acteur, à savoir le Bakwanga de Kalonji.
Deux cercles infernaux, interne et externe, se forment donc autour de Lumumba.
A l'interne, il s'agit en fait de dix personnalités ? et non pas six selon la liste de Boisbouvier ? des personnalités qui, en la circonstance, se donnent la main : Kasa-Vubu, Mobutu, Nendaka, le duo Tshombe/Munongo, Kalonji, Bomboko, mais aussi Mukamba, Kazadi et Kandolo.
En effet, Mukamba, Kazadi et Kandolo, ajoutés aux six de la liste de Boisbouvier, sont très largement impliqués dans les actions contre Lumumba ; bien plus, ils font partie du Collège des Commissaires généraux et à ce titre, ils ont notamment pris une part active à la fameuse réunion du 13 au 14 juin du Collège qui a statué sur la manière de mettre fin au dossier Lumumba. Il faut noter, selon Jean-Marie Mutamba Makombo que : " le procès-verbal de la séance du week-end du 13 et 14 janvier 1961 consacrée au sort de l'ancien Premier ministre est indisponible à cause de son caractère très sensible. Du reste, y eut-il vraiment un procès-verbal?," s'interroge-t-il en fin de compte .
Mais plus loin, il se résigne à constater : " Ou bien sans doute ce procès-verbal a-t-il été gardé secret. [Car] Cette réunion avait pour objet les dispositions à prendre pour mettre fin à la ''question Lumumba''. " C'est le seul PV jamais retrouvé, sur l'ensemble des 48 réunions du Collège des Commissaires généraux tenues du 21 septembre 1960 au 21 janvier 1961.
Et pour rappel, Jonas Mukamba et Ferdinand Kazadi sont les deux personnalités qui ont convoyé le "colis", à savoir Lumumba, Okito et Mpolo dans l'avion qui les conduisit de Moanda à Elisabethville, l'actuelle Lubumbashi. Quant à Damien Kandolo, il est connu pour avoir mené des actes d'espionnage pour le compte de la CIA et du MI6 britannique : il leur livrait les documents confidentiels du cabinet du Premier ministre.
A l'externe, il s'agit de trois pôles que sont : Bruxelles, Washington et New York.
Le schéma ci-après rend compte de cet encerclement de Lumumba par les dix hommes du cercle interne ainsi que par les trois pôles du cercle externe :
Les faits attestent que le premier cercle (le plus proche de la cible) est très fortement déterminé par le second : ses acteurs reçoivent leurs directives des acteurs externes, dont ils ne font dans l'ensemble qu'exécuter les ordres.
Ainsi, les instructions claires de destituer Lumumba, de l'arrêter, de l'acheminer au Katanga puis de l'éliminer proviennent de ce second cercle, notamment à la suite des télégrammes de Gaston Eyskens, Premier ministre belge, Pierre Wigny, ministre des Affaires étrangères, ou d'Harold d'Aspremont Lynden, ministre des Affaires africaines.
Ces ennemis ont des motivations diverses :
i) les autorités de Léopoldville (Kinshasa) cherchant à se débarrasser d'un dangereux rival ;
ii) celles d'Elisabethville (Lubumbashi) mues par une volonté revancharde et mortifère , Lumumba ayant pactisé avec leur pire ennemi, Jason Sendwe, dont les hommes ont causé la mort de plusieurs personnes au Katanga ;
iii) les autorités belges résolues de venger l'affront fait au roi le 30 juin et
iv) les Américains soucieux de préserver le Congo d'une emprise communiste.
Pour approfondir le sujet, notamment ses soubassements théoriques, nous vous invitons à consulter notre récent ouvrage : Ceci n'est pas qu'une dent, le tome 2 : Sens et intentions au cœur de la tragédie de Patrice Emery Lumumba, de Jean-Claude MATUMWENI MAKWALA, publié aux Editions du Net.