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À l'affiche au centre Wallonie Bruxelles de Kinshasa : Deux artistes revisitent les archives des missionnaires suédois à Luozi
Leurs navettes entre la République démocratique du Congo et la Suède portent aujourd'hui des fruits palpables. Les artistes Cecilia Järdemar et Freddy Tsimba sont fiers de révéler à la face du monde les richesses des archives centenaires des missionnaires suédois à Luozi, au Kongo Central. Ce projet a permis de monter deux films historiques présentés au public au cours de cette semaine, lors d'une soirée dénommée "Sukali ye mungwa" au Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa.
Les deux films mettent en vedette l'action des missionnaires suédois au Kongo Central avec le concours des populations autochtones. Main dans la main, le sculpteur congolais Freddy Tsimba et la photographe suédoise Cecilia Järdemar ne se sont pas seulement contentés d'extirper des archives des missionnaires suédois datant de plus d'un siècle. Ils ont tenu surtout à les revisiter pour éveiller les consciences de la nouvelle génération.
Dans leurs périples en Suède et à Kinshasa, les deux artistes ont mis le curseur sur un film documentaire réalisé au Kongo Central qui était soigneusement rangé dans les archives de ce pays scandinave. Produit en noir et blanc, dépourvu de son, cette œuvre cinématographique séculaire retrace la vie du peuple Manianga, à Luozi, à l'arrivée des missionnaires suédois.
On y voit un peuple travailleur: des forgerons, des tisserands doués dans la confection de pagnes en raphia, des artisans habiles dans la confection de poteries traditionnelles, notamment des femmes ... Bref, une population rurale dotée d'un savoir-faire que les contemporains ont du mal aujourd'hui à rééditer. On y voit, en outre, des enfants scolarisés dans les missions protestantes s'activer à aider les missionnaires suédois à construire des écoles qui ont résisté aujourd'hui au temps et aux intempéries. On les voit même jouer à cœur joie dans la cour de l'école et dans une rivière proche.
Déportation d'oeuvres d'art
Un deuxième film, tourné plusieurs décennies après, met à l'affiche un chef de groupement de Luozi qui relate "la mise à sac" d'œuvres d'art du Kongo Central, emportées en Europe. Cecilia Järdemar affirme avoir réalisé avec Freddy Tsimba cet entretien avec le Chef Mabisa Zidulu à Kibunzi. Agrippé à des statuettes ancestrales, il regrette la déportation de milliers d'œuvres d'art vers la Suède et la Belgique entre 1890 et 1925. Des œuvres qu'il réclame à cor et à cri, vu leur valeur historique et sentimentale.
"On a tout perdu. On n'a plus de puissance", s'est plaint le chef du groupement de Kibunzi dans ce film réalisé au courant de cette décennie. Aux dires du Chef Mabisa, des œuvres d'art "chargées"... étaient vite récupérées par des missionnaires auprès de leurs fidèles répentis quand ils réalisaient que ces sculptures étaient "infectées", disposant d'un pouvoir ou de fétiches.
En retour, commente-t-il, tous ceux qui se débarrassaient des objets rituels et des sculptures "chargées" obtenaient l'absolution pour leurs confessions et des cadeaux de pacotille (sel, sucre, gâteaux, couvertures, habits d'occasion...).
40.000 oeuvres d'art en Scandinavie
Enseignant à l'Académie des Beaux-Arts, le Professeur Joseph Ibongo a soutenu que 40.000 œuvres d'art de la RDC sont disséminées dans les pays du Nord de l'Europe (Suède, Norvège, Danemark...). De même, sept squelettes des ancêtres Pygmées (Mbuti) sont encore en étude en Europe. "Ces œuvres nous seront restituées", a aussitôt indiqué le Directeur Général de l'Institut National des Musées du Congo (INMC), après entretien avec un diplomate d'un pays scandinave.
Au-delà de ces initiatives décriées, l'œuvre des missionnaires suédois a été très appréciée par différents intervenants. Le Professeur Joseph Ibongo a particulièrement salué cette présence active entre 1887 et 1991, qui a joué un grand rôle dans la construction des infrastructures modernes à Luozi. Il a également salué l'initiative amorcée par Cecilia Järdemar et Freddy Tsimba qui ont sillonné le monde pour reconstituer cette belle page d'histoire.
Yves KALIKAT