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Kinshasa : La Nouvelle société civile congolaise interpelle la Snel avec des actions citoyennes en vue
C'est dans un ton grave et résolument offensif que Jonas Tshombela, Coordonnateur national de la Nouvelle société civile congolaise (NSCC), s'est adressé hier lundi 05 mai à la presse, lors d'une conférence tenue dans la capitale. Au cœur de ce face-à-face médiatique : la dégradation continue de la desserte en électricité et l'incapacité manifeste de la Société nationale d'électricité (SNEL) à garantir un service digne aux Congolais.
" L'électricité est devenue un luxe dans notre pays, principalement à Kinshasa. Ceux qui devraient garantir ce droit élémentaire aux abonnés se comportent comme s'il s'agissait d'une faveur ", a déploré Jonas Tshombela, visiblement excédé. Pour preuve, a-t-il ajouté, la conférence elle-même s'est tenue sous le ronronnement des groupes électrogènes, faute d'électricité fournie par le réseau public.
Dans son intervention, le Coordonnateur de la NSCC a dressé un tableau sombre de la situation énergétique nationale. Tout en reconnaissant les défis structurels auxquels la Snel est confrontée, il a énuméré une série de dysfonctionnements qui, selon lui, traduisent une gestion défaillante et un mépris évident envers les abonnés.
Parmi les causes évoquées figurent : la vétusté des infrastructures de production, de transport et de distribution d'électricité, sans investissement sérieux pour les moderniser.
La croissance incontrôlée de nouvelles constructions, souvent déconnectées du plan technique de cette entreprise ainsi que la pression démographique accentuée dans les grandes villes, notamment Kinshasa.
Le recours à du personnel non qualifié pour des tâches techniques sensibles, les dettes colossales des institutions publiques envers la Snel, avec des créances dépassant les 60 millions USD pour l'hôtel de ville de Kinshasa et plus de 80 millions USD pour la Gécamines.
À cela s'ajoute la question sensible des entreprises minières, grandes consommatrices d'électricité plus de 8 millions de MWh par semaine sur les 12 millions produits annuellement et qui, selon Jonas Tshombela, continuent de bénéficier d'un traitement opaque sur le plan financier.
Des interrogations majeures
Face à ces failles, la NSCC a formulé plusieurs interrogations majeures à l'endroit des autorités et de la Snel :
Pourquoi facture-t-on les abonnés sans consommation réelle constatée ? Pourquoi maintient-on un système de facturation forfaitaire en violation de la loi n°14-011 du 17 juin 2014 ? Pourquoi des personnes non engagées légalement gèrent-elles des cabines électriques dans les quartiers populaires ?
Quel est, enfin, le montant exact payé par les entreprises minières depuis 2024, et pourquoi cette information reste-t-elle confidentielle ?
Autant de questions restées sans réponse, alors que la majorité des communes de Kinshasa croupissent dans l'obscurité, pendant que les abonnés continuent de verser 1% de leur facture au titre d'éclairage public.
Des actions immediates
Ne se limitant plus aux dénonciations, la NSCC annonce plusieurs actions immédiates.
Parmi ces actions, on peut noter : l'ouverture d'un registre officiel de plaintes destiné à recenser toutes les victimes de la mauvaise qualité de service électrique; le lancement des consultations en vue d'une action en justice collective contre la Snel et les autorités jugées complices; l'exigence d'audits publics sur les flux financiers liés à l'éclairage public et aux grands consommateurs industriels.
Jonas Tshombela a lancé un ultimatum aux autorités compétentes pour apporter des réponses concrètes dans les plus brefs délais. Faute de quoi, la NSCC entend organiser, à l'échelle nationale, des mobilisations citoyennes légales et pacifiques.
" Trop, c'est trop. L'électricité est un droit fondamental et non un privilège réservé à une élite ", a martelé le coordonnateur de la NSCC sous les applaudissements nourris des participants à cette conférence de presse.
La balle est désormais dans le camp des autorités et de la direction générale de la Snel, alors que le ras-le-bol citoyen atteint son paroxysme.
Jérémie ASOKO